Chapitre 5 – Résumer des articles d’analyse

Objectifs d’apprentissage
  • Explorer des moyens de lire de façon active et critique des articles d’analyse
  • Formuler de façon très synthétique la thèse présentée dans un article
  • Déceler les mots dont la compréhension est essentielle pour comprendre un article
  • Analyser en détail un article et passer du plan du texte à un plan de résumé
  • Manipuler les relations de synonymie, d’hyperonymie et d’hyponymie pour reformuler
  • Résumer des articles d’analyse

1. Introduction

Dans le chapitre 4, nous avons travaillé le résumé d’articles de nouvelle en analysant leur structure :

  • les composantes informatives de la description d’un événement (qui, quoi/ pourquoi ?, etc.)
  • l’intégration fréquente de commentaires sur la nouvelle (souvent par des citations)
  • une contextualisation fréquente de l’événement dans une chaîne d’événements semblables

Dans ce chapitre[1], nous allons travailler le résumé d’articles d’analyse. Leur visée n’est pas d’informer, mais de faire réfléchir, de faire comprendre une problématique. Ils seront donc généralement plus longs que les articles de nouvelles et notre façon de les aborder pour les comprendre et les résumer sera différente.

Nous y lierons un travail guidé sur les aspects suivants du décodage (lecture) et de l’encodage (écriture du résumé) :

  • le cadre de production du texte et le décodage culturel
  • l’appréhension de l’idée générale, ou thèse
  • l’analyse lexicale de mots porteurs
  • l’analyse détaillée des idées, paragraphe par paragraphe
  • la mise en plan
  • les reformulations lexicales, syntaxiques et discursives

2. Lire pour comprendre, lire pour résumer

Une lecture efficace demande qu’on comprenne bien le cadre de production du texte et sa visée afin de situer l’information, l’analyse et l’argumentation qu’il véhicule.

Une lecture efficace est aussi une lecture active, qui met le texte en relation avec ce qu’on sait déjà.

C’est également une lecture critique, qui soupèse l’intérêt de l’article en évaluant la fiabilité et la pertinence des informations et en analysant la validité des argumentations.

Une lecture active et critique permet de s’approprier le contenu pour pouvoir résumer le texte ou réutiliser des idées, des analyses dans d’autres textes.

2.1 Faire des hypothèses sur le contenu d’un article avant de le lire

L’article que nous allons travailler, « Peut-on rire de tout ?, est tiré de L’actualité, un mensuel québécois grand public qui traite d’affaires publiques et fait une large place aux questions de société et aux sujets culturels.

Le titre, « Peut-on rire de tout ? », résume parfaitement le thème de l’article. Faire une lecture active commence dès le titre : à quoi peut-on s’attendre ? à quelles conclusions pense-t-on que l’article arrivera ? Une façon de donner corps à la représentation a priori qu’on se fait du contenu texte est de reformuler le titre.

 

Exercice n° 1 – Reformuler un titre pour faire des hypothèses sur le traitement du sujet

Reformulez le titre « Peut-on rire de tout ? » de quatre façons différentes, deux fois sous forme de groupe nominal (GN) et deux fois sous forme de phrase, interrogative ou non (P).

  • GN :
  • GN :
  • P :
  • P :

 

On comprend aisément que l’article répond à la question posée dans le titre. En transposant au niveau du texte la structure informative de la phrase (CE DONT ON PARLE + CE QU’ON EN DIT, ou, formulé autrement, THÈME + PROPOS ou encore, THÈME + RHÈME), on peut formuler le contenu de l’article sous forme binaire :

 

CE DONT ON PARLE (thème) CE QU’ON EN DIT (propos)
Quelles limites, s’il y en a, à l’humour ? Dénégation de limites ou, au contraire, affirmation de limites
  • Si dénégation : justification du refus de limites
  • Si affirmation : nature et raisons des limites (et sans doute des exemples)

Il n’est pas trop difficile de prévoir, sur la base de notre connaissance du monde et du magazine L’actualité que l’article affirmera l’existence de limites et s’appuiera sur des cas concrets d’humoristes québécois.

 

Exercice n° 2 – Faire des hypothèses sur le contenu d’un article

Faites quelques prédictions supplémentaires sur le contenu de l’article « Peut-on rire de tout ? ».

2.2 Réfléchir à ce qu’on sait sur le sujet traité dans un article avant de le lire

Souvent, l’étape de prélecture se fait inconsciemment… et parfois trop rapidement. Or, prendre le temps de s’arrêter un peu sur le sujet, de faire le tour dans sa tête de ce qu’on sait déjà avant d’entamer la lecture accroît la compréhension. Quand on commencera à lire, on relèvera plus vite ce qu’on sait déjà, on jugera mieux les idées, on fera plus facilement des liens entre ce qui est écrit dans l’article et ce qu’on sait et pense soi-même.

Exercice n° 3 – Faire une réflexion de prélecture

Répondez aux questions suivantes.

  1. Que savez-vous sur les humoristes québécois ?
  2. Comment envisagez-vous, vous-même l’humour ? Y a-t-il des sujets tabous pour vous ? Y a-t-il des humoristes qui devraient être censurés ? Etc.

3. Résumer une analyse : une question de cadrage

Résumer un article d’analyse requiert qu’on cerne bien le cadre de l’analyse :

  • Qui est la personne qui produit l’analyse, non pas son nom, mais sa fonction, ses réalisations, le cadre dans lequel elle exerce, l’étendue de son expérience ?
  • Pour qui produit-elle cette analyse ? S’agit-il d’une analyse pour des spécialistes, pour le grand public ? L’analyse est-elle motivée par un événement particulier, par une préoccupation sociale particulièrement actuelle ? Bref, qu’est-ce qui suscite l’intérêt pour la question au moment particulier où l’article est écrit ?
  • Quels sont les « préalables » pour comprendre le texte ? Un article est écrit à un moment donné, dans un lieu donné, avec une intention donnée. Ses références sont donc ancrées dans un moment particulier d’une société particulière. Lu plus tard, lu ailleurs, tout texte pose des difficultés de compréhension supplémentaires. Les références, les savoirs partagés ne sont jamais totalement les mêmes pour l’auteur et le lecteur, et ils le sont encore moins quand il y a un décalage spatiotemporel et culturel[2]. Cerner ces présupposés (savoirs et valeurs) partagés entre l’auteur et le lectorat originellement visé est nécessaire pour comprendre et reconstruire l’analyse.
Exercice n° 4 – Comprendre le cadre de production d’un article, les références culturelles, les allusions, les concepts

Lisez l’article « Peut-on rire de tout ? » de Catherine Dubé (L’actualité, vol. 40, no 3, 2015), que vous trouverez ici : http://lactualite.com/societe/2015/02/13/peut-on-rire-de-tout/, puis lisez les questions suivantes et répondez à celles qui, selon vous, vous aideront à mieux pénétrer le sens du texte.

Toutes les références culturelles n’ont pas besoin d’être élucidées pour comprendre l’analyse et la résumer, mais on a certainement besoin d’en comprendre une partie, sinon on risque de déformer le sens, de passer à côté d’une partie de l’analyse.

Le but de cet exercice n’est pas de vous faire nécessairement trouver la réponse à toutes les questions, mais de vous faire voir dans quelle mesure vous êtes capable d’identifier les références et allusions culturelles, d’en comprendre certaines sans faire de recherche et d’élucider celles que vous sentez avoir besoin de bien comprendre pour suivre les raisonnements.

Téléchargez l’exercice en format MS Word ici

 

4. Résumer une analyse : le résumé en une seule phrase

Avant d’entamer la rédaction d’un résumé, il est essentiel d’avoir dégagé l’idée dominante de l’article, ce que les anglophones appellent la « thèse », c’est-à-dire le point de vue, la conception globale qui se dégage du texte. Ce travail vous permet ensuite de rattacher chaque élément de la réflexion à ce fil directeur.

Pour que l’opération soit vraiment synthétique, il est bon de formuler la thèse en une seule phrase. Ce « résumé extrême » aide par la suite à situer chaque point développé, son poids, son rôle argumentatif et les rapports avec le reste de la réflexion.

Exercice n° 5 – Formuler l’idée centrale en une seule phrase

Formulez en une seule phrase ce que Louise Richer, la directrice de l’École nationale de l’humour du Québec, dit sur l’humour (ou plus précisément sur son évolution au Québec).

 

5. Résumer une analyse : la compréhension lexicale

Dans tout texte, il y a des mots, des expressions dont la compréhension fine est essentielle pour bien comprendre. Or, il arrive souvent qu’on ne relève même pas ces mots et ces expressions qui sont vitales pour appréhender le sens du texte.

Comprendre à quoi réfère un mot, un terme dans un texte signifie davantage que reconnaître le mot. Cela implique de comprendre exactement dans quel sens il est employé. Si les termes (unités lexicales d’un domaine particulier) sont généralement monosémiques, ce n’est pas le cas des mots de la langue courante.

Exercice n° 6 – Décoder les mots et expressions centraux pour bien comprendre

Donnez une brève définition ou un synonyme des 11 mots et expressions en gras dans les phrases de l’exercice. Aidez-vous au besoin d’Antidote, du Petit Robert, de Word Reference, du Wikitionnaire ou d’une autre ressource, mais ne vous limitez pas à une ressource strictement bilingue qui vous donne seulement un équivalent en anglais.

Il n’est à peu près jamais nécessaire (ni souhaitable) de chercher le sens de tous les mots d’un texte qu’on ne connaît pas ou qu’on connaît mal. N’hésitez pas à ajouter d’autres mots et expressions.

Téléchargez l’exercice en format MS Word ici.

 

Exercice n° 7 – Décoder par le contexte

Sans doute avez-vous pu décoder certains des mots et expressions de l’exercice précédent par le contexte, même si vous ne les connaissiez pas. Ce devrait être encore plus le cas pour les mots et expressions de cet exercice

Expliquez brièvement les mots et expressions en gras par une paraphrase ou un synonyme (ou un équivalent en anglais si vous préférez).

Téléchargez l’exercice en format MS Word ici.

 

6. Résumer une analyse : le décorticage paragraphe par paragraphe et l’élaboration d’un plan

Comprendre un texte demande de comprendre son ancrage sociotemporel et culturel (dont les références et allusions), sa visée, le vocabulaire qui porte le sens… En même temps que ce décodage se fait le décorticage idéationnel et structurel.

Contrairement à ce qui se passe dans les articles de nouvelles, dont la paragraphaison est le plus souvent « extrême » (un paragraphe = une phrase ou deux, rarement plus de trois), l’article d’analyse demande des développements autour de chaque idée.

Comme vous l’avez vu, l’article « Peut-on rire de tout » est en réalité une interview de la directrice de l’École nationale de l’humour du Québec. L’interview a ensuite été abondamment édité pour avoir une forme écrite. Les questions structurent l’article en sous-thèmes et guident la lecture à une premier niveau. Au lecteur de pousser plus loin la représentation schématique

 

Exercice n° 8 – Analyser en détail

Recopiez dans le tableau du document que vous trouverez ici en format MS Word les parties de l’article qui correspondent à l’analyse proposée dans la colonne de droite. Améliorez, précisez l’analyse fournie dans la colonne de droite pour qu’elle vous aide ensuite à produire un résumé qui fasse justice à ce que dit Louise Richer de l’humour au Québec.

 

7. Résumer une analyse : du décorticage du texte au plan du résumé

Dans l’exercice 8 de la section précédente, chaque section a été analysée, synthétisée. À partir de ce travail, on peut élaborer un plan de résumé, qui sera fonction de la longueur du texte à produire : plus le résumé sera court, plus il faudra abstraire et moins on retiendra d’exemples.

Nous lisons l’article « Peut-on rire de tout ? » à une date ultérieure, dans un lieu probablement autre que le Québec, avec notre connaissance du monde, tel que le monde est actuellement. Notre ancrage détermine notre lecture, l’oriente. Notre compréhension et notre interprétation de l’article ne sont pas exactement les mêmes de ce qu’elles auraient été en 2015. Pour objectif qu’il soit, notre résumé sera conditionné par notre représentation du monde tel qu’il est actuellement (sinon, autant laisser un robot faire l’extraction).

 

Exercice 9 – Faire des plans de résumé

L’article « Peut-on rire de tout » fait juste un peu au-dessus de 1000 mots (1040 au compte de MS Word).

Concevez un plan pour un résumé de 250 mots (soit environ le quart) et pour un résumé de 125 mots (environ le huitième).

 

8. Les reformulations lexicales : synonymie, hyperonymie et hyponymie

Le travail de résumé repose largement sur la reformulation. On ne peut que rarement faire du collage; pour joindre les idées dans un nouveau texte plus court, on a besoin de trouver de bonnes reprises, de recréer des liens pertinents et même parfois d’ajouter des explicitations (par exemple, au Québec), puisque le résumé n’a pas nécessairement le même cadre de production et de lecture que l’article, et aussi parce qu’en retranchant les détails qui soutiennent les idées, on perd certains liens.

Les deux exercices qui suivent vous amènent à penser la reformulation du point de vue lexical.

Comme vous le savez, il n’existe pas de synonymes totaux; il y a toujours une différence entre deux synonymes, qu’elle soit de registre ou d’affectivité (livre/bouquin; bicyclette/vélo), d’intensité (aimer/adorer), de point de vue ou d’appréciation (foule /cohue), de contexte d’emploi (affronter qqch / braver la tempête), etc.

Le champ des synonymes se distingue aussi dans l’échelle de l’hyperonymie (sens plus général) et de l’hyponymie (sens plus spécifique). Cette dimension de la synonymie est constitutive de la structuration d’un champ de connaissance, d’activité.

Exercice n° 10 – Explorer les synonymes

Trouvez dans l’article et dans le dictionnaire des synonymes d’Antidote des synonymes des mots humour, humoriste et blague en les caractérisant dans leur valeur spécifique ou dans l’échelle l’hyperonymie/hyponymie.

Intensif Int.
soutenu Sout.
– soutenu ( familier) – Sout.
Péjoratif Péj.
Mélioratif Mél.
Hyperonyme Hyper
Hyponyme Hypo
  • humour :

 

  • humoriste (en tant qu’artiste) :

 

  • blague :
Exercice 11 – Travailler les périphrases

Relever les périphrases analytiques et évaluatrices utilisées dans l’article pour parler de l’humour, des humoristes et des blagues, qu’elles contiennent ou non le terme clé.

 

  • humour :

 

  • humoriste (en tant qu’artiste) :

 

  • blague :

 

 

9. Les reformulations syntaxiques et discursives : utilisation de l’apposition, suppression de présentatifs et de mises en relief, dépersonnalisation

Parmi les structures qui permettent le mieux d’« économiser » des mots, mentionnons les suivantes :

 

Utilisation de l’apposition

 

L’humour bitch est moins toléré par le public. Je ne pense pas qu’une émission comme Piment fort pourrait exister aujourd’hui. Ce type d’humour, bête et méchant, qui fait d’une personnalité une tête de Turc, ça ne passe plus.

Reformulation :
Bête et méchant, l’humour bitch ne passe plus.

 

Suppression de présentatifs et de mises en relief

Il y a des sujets qui divisent. / Il y a des sujets qui sont tabous.

Reformulation :
Certains sujets divisent. / Certains sujets sont tabous.

 

Ce sont presque les avocats qui décident de ce qui peut être présenté ou non.

Reformulation :
Les avocats contrôlent le contenu des émissions.

 

C’est fondamental pour les jeunes issus des communautés culturelles d’avoir des modèles.

Reformulation :
Avoir des modèles est fondamental/vital pour les jeunes des nouvelles communautés.

 

 

Dépersonnalisation

On a eu nombre de discussions sur la charte des valeurs.

Reformation :
La charte des valeurs a suscité bien des discussions.

 

10. Application : écrire le résumé d’un article d’analyse

Dans les exercices de résumé scolaires traditionnels, on aime bien demander de produire un « résumé au quart de mots ». Vous comprendrez que cette contrainte n’est pas d’ordre théorique : qu’on raccourcisse un texte à la moitié, au quart, au huitième du texte ou en une phrase relève d’une démarche de résumé

Le résumé au quart est cependant intéressant à travailler pour les textes d’idées (ce que sont des articles d’analyse) de quelques pages parce qu’il permet de rendre le raisonnement dans toutes ses étapes ou composantes. Nous emprunterons donc ce modèle ici.

 

Application

Rédigez un résumé de l’article « Peut-on rire de tout ? » qui représente environ le quart de la longueur. L’article comptant environ 1040 mots ( selon le compte de MS Word), votre résumé en fera autour de 250 (donnez-vous une fourchette de 225 à 275 mots)[3]. Suivez les conseils et consignes suivants.

N.B. : Votre professeure vous donnera peut-être des instructions différentes ou même un autre texte à résumer.

  • Faites les reformulations utiles, que ce soit pour raccourcir, pour abstraire ou parfois même pour expliciter. Ne changez pas les mots-clés et ne faites pas de reformulations gratuites, juste pour changer.
  • Pensez à éliminer les répétitions de verbes et de propositions qui attribuent le discours à tel ou tel locuteur.
  • Ajoutez, si nécessaire des marqueurs logiques pour clarifier les relations entre les idées.
  • Donnez à votre résumé un titre pleinement informatif qui soit différent de celui de l’article.
  • Soignez la typographie.
  • Indiquez le nombre de mots à la fin.

 


  1. Nous remercions Sylvie Déjy-Blakeley, qui a collaboré à la rédaction de ce chapitre.
  2. La traduction d’œuvres littéraires illustre parfaitement cette difficulté. Lisez par exemple l’article humoristique « Steal My Book » pour vous en convaincre (Mountford, P. (nov. 2012). Steal My Book, dans The Atlantic. Repéré à http://www.theatlantic.com/magazine/archive/2012/11/steal-my-book/309105/.
  3. Pour rappel, le compte de MS Word se fait sur la base des espaces et donc « l’humoriste » = un seul mot pour MS Word, même si la séquence en compte réellement deux. Comme le compte de mots de l’article est celui de MS Word, le compte du résumé le sera aussi.

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Chapitre 5 - Résumer des articles d'analyse by Sylvie Clamageran, Henriette Gezundhajt is licensed under a Creative Commons Attribution-NonCommercial-ShareAlike 4.0 International License, except where otherwise noted.

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