Résumer, synthétiser, argumenter

Résumer, synthétiser, argumenter

Sylvie Clamageran

Henriette Gezundhajt

Sylvie Clamageran, Henriette Gezundhajt

Toronto

Résumer, synthétiser, argumenter

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Résumer, synthétiser, argumenter by Sylvie Clamageran, Henriette Gezundhajt is licensed under a Creative Commons Attribution-NonCommercial-ShareAlike 4.0 International License, except where otherwise noted.

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Résumer, synthétiser, argumenter, Sylvie Clamageran, Henriette Gezundhajt, 2018

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Présentation du manuel

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Niveau, contenu et objectifs du manuel

Le manuel Résumer, synthétiser, argumenter s’adresse aux étudiants de français langue seconde de niveau avancé (3e ou 4e année universitaire, essentiellement).

Comme son titre l’indique, le manuel couvre l’écriture de résumés et de synthèses (cinq chapitres) et de textes argumentatifs (cinq chapitres). Les dix chapitres permettent de couvrir facilement un cours de six crédits; on peut également se servir du manuel pour un cours de trois crédits axé sur le résumé et la synthèse ou sur l’écrit argumentatif (ou sur une combinaison des deux en opérant une sélection).

Mis à part le premier chapitre, qui présente la vision du résumé et de la synthèse adoptée dans ce manuel, les neuf autres chapitres visent tous à amener les étudiants à des activités de rédaction. Les chapitres s’ouvrent généralement sur des analyses de textes et des considérations théoriques, souvent accompagnées d’exercices. Résumer, synthétiser, argumenter contient des exercices de grammaire, mais n’est pas un manuel de grammaire; il demande donc à être utilisé en conjonction avec une ou des grammaires de référence, ouvrages que les étudiants auront généralement déjà en main au niveau avancé. Si Résumer, synthétiser, argumenter n’est pas non plus un manuel d’acquisition du vocabulaire, une large place y est néanmoins faite au travail lexical.

Résumer, synthétiser, argumenter est ainsi centré autour d’activités rédactionnelles que nous avons voulu rendre aussi diversifiées que possibles afin que les étudiants prennent plaisir à expérimenter des formes d’écriture variées.

Les activités de rédaction de résumé sont aussi variées en raison de la conception fonctionnelle du résumé adoptée, qui n’est pas celle du résumé comme exercice académique de contraction, mais comme production de textes courts ayant une pertinence communicationnelle, à partir de textes plus longs. Cette conception change fondamentalement la donne : il ne s’agit pas de contracter des textes en gardant les proportions, l’ordre des informations ou du raisonnement et en montrant l’étendue de son vocabulaire par un jeu de substitution synonymique, mais de reconstruire un texte court qui réponde bien à une nouvelle finalité.

Les chapitres sur l’argumentation ont quant à eux pour objectif de faire travailler les étudiants à partir d’angles diversifiés, comme la polémique ou l’écriture heuristique.

 

Exercices interactifs et compléments théoriques sur des points de langue

Profitant des possibilités qu’offre le format multimédia, le manuel intègre un certain nombre d’exercices autocorrigés et de présentations sur des points de langue. Les exercices sont directement intégrés dans les chapitres et ils sont également regroupés dans la section « Exercices interactifs ». Les points de langue qui font l’objet d’un développement se trouvent dans la rubrique « Points de langue » de la table des matières. Signalons que les éléments multimédias (présentations, diaporamas, vidéos) peuvent être visionnés en plein écran, en cliquant sur l’icône , en bas à droite du cadre.

 

Outils linguistiques conseillés

Tout au long du manuel, nous faisons référence aux dictionnaires d’Antidote et au Petit Robert. Ce sont des outils auxquels les étudiants devraient avoir accès pour tirer pleinement profit du manuel. D’autres outils intéressants sont mentionnés au fil des chapitres.

 

Plateformes

Ce manuel se présente dans un format multistandard et multiplateforme. On peut le consulter à partir d’ordinateurs, de tablettes et de téléphones. Il est également possible de le télécharger en format « pdf » (amputé des éléments multimédias) pour mieux le redécouper ou l’imprimer. Il faut toutefois garder à l’esprit que, même en format Web,  l’interface peut quelque peu changer selon les navigateurs et que les documents sont moins lisibles sur des écrans trop petits comme ceux d’un téléphone.

 

Corrigés

Tous les exercices interactifs sont autocorrigés. Pour les autres exercices, le corrigé sera fourni dans le Guide des enseignants aux professeurs qui en feront la demande par courriel.

 

Navigation

La table des matières en haut à gauche de l’écran permet de voir la liste des chapitres, mais également d’aller directement à des présentations et à des exercices interactifs et autocorrigés portant sur des points de langues particuliers ainsi qu’aux pages de la rubrique culturelle.

On peut aussi rechercher un élément précis en se servant de l’index qui se trouve dans la section finale.

Les références bibliographiques sont intégrées aux différents chapitres sous forme de notes de bas de page.

Remerciements

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Les auteures tiennent à remercier eCampusOntario pour le fonds de développement à l’origine de l’élaboration de ce manuel d’enseignement en ligne.
Nous voudrions également exprimer notre reconnaissance aux collègues Anat Avitzur, Sylvie Blakeley-Dejy, Marie-Élaine Bourgeois et Sylvie Rosienski qui ont relu et commenté ces pages pour y apporter des améliorations.
Enfin, un grand merci à nos consultants en informatique Roger Bannister et Patrick Thibaudeau qui nous ont indiqué les subtilités du maniement des outils numériques mis à notre disposition, nous permettant ainsi d’optimiser notre ouvrage en lui apportant une dimension fortement multimédia et interactive.

Pages centrales

I

Chapitre 1 - Résumer : une tâche ancrée dans la communication

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Objectifs d’apprentissage

  • Distinguer l’opération cognitive (résumer) et le texte (résumé) qui peut en résulter
  • Appréhender théoriquement les trois opérations en cause : cognitive, communicationnelle et linguistique
  • Comprendre la pertinence des résumés d’un point de vue fonctionnel
  • Placer correctement les adjectifs dans la phrase, et bien les orthographier et les accorder

 1.     Introduction : résumer et résumé

Le mot résumer est un verbe; le mot résumé est un participe passé, un adjectif ou un nom dérivé du participe passé.

Cette différence grammaticale implique une différence de sens. En tant que verbe, résumer désigne une action : selon le dictionnaire Petit Robert (PR), le fait de « présenter brièvement en conservant l’essentiel ». En tant que nom dérivé d’un participe passé, le mot résumé désigne un produit : un résumé est un texte qui présente brièvement   un sujet, une histoire, une analyse à partir d’un document plus long.

Lorsqu’on résume, on produit du résumé, mais pas nécessairement un résumé, c’est-à-dire qu’on ne produit pas nécessairement un texte appartenant au genre « résumé ». Ainsi, un article appartenant au genre « fait divers » dans un journal résume le fait divers, mais n’est pas pour autant un texte qu’on appellerait un résumé. De même, des notes de cours résument le cours, mais incluent des commentaires, des notes personnelles et ne sont pas strictement un résumé. Autre exemple : une critique de film comprend généralement un résumé de l’intrigue du film, mais ne constitue pas un résumé.

Il faut donc bien distinguer entre résumer comme opération mentale et résumé comme produit textuel. Lorsqu’on écrit à l’université ou au travail, on est presque toujours appelé à résumer, à synthétiser de l’information, mais cela ne signifie pas que le texte résultant peut être catégorisé comme résumé.

 

2. De l’opération intellectuelle à sa matérialisation

C’est par le langage que la pensée se matérialise. Résumer est donc aussi une action langagière, qui est déterminée par des paramètres communicationnels (qui est mon destinataire ? quelles sont les visées de la communication ? qui m’a demandé de faire le résumé? , etc.) et prend une forme linguistique conditionnée par ces paramètres.

Résumer est ainsi une opération triple :

  • cognitive/intellectuelle (chaque élément d’information doit être classé, hiérarchisé…)
  • communicationnelle (même si le résumé m’est destiné – notes de cours, par exemple – je dois déterminer la meilleure façon de présenter, d’organiser pour que le texte produit remplisse sa fonction)
  • linguistique (comment se fait la mise en mots)

Ces trois opérations sont indissociables : elles se répondent, se relancent l’une l’autre tout au long de la production.

Résumer est ainsi une action complexe qui mobilise l’esprit de synthèse, depuis la conception jusqu’à la mise en mots.

 

3. Classifier pour comprendre et résumer

Dans l’introduction, nous avons dit que les « textes résumants » n’étaient pas tous des résumés et que souvent les « séquences résumantes » s’intégraient dans des textes plus vastes, dont la fonction générale n’est pas de résumer.

3. 1 La classification des textes et autres documents

Pourquoi avons-nous besoin de classer les textes et autres documents par genres ? Comment cette catégorisation est-elle construite par l’esprit humain pour comprendre des films, des émissions de télévision, des tableaux, des spots publicitaires, des articles de presse, des articles savants, des textes littéraires, des discours publics, des messages dans des réseaux sociaux, parmi bien d’autres productions langagières ?

La démarche de classification, ou taxinomie, ou typologie, est constitutive de l’organisation des savoirs. En lecture, la catégorisation est une clé essentielle pour l’interprétation. On classe ainsi les textes par genres : s’agit-il d’un roman (novel), d’une nouvelle (short story), d’un essai, d’une biographie, d’un article d’actualité, d’un reportage, d’une critique, d’une lettre ouverte polémique, d’un manuel scolaire, d’un formulaire, d’une lettre administrative, d’un mode d’emploi, etc. Bien sûr, la classification est plus qu’une simple liste. On obtiendra différents modèles de classification, et un nombre différent de niveaux de classification, selon les critères que l’on retient : on peut avoir une première opposition « littéraire / non littéraire », ou « ludique / utilitaire » ou « à usage interne /à usage externe » au sein d’une institution, etc. Les paramètres dépendront de la finalité de cette classification.

À un niveau peu complexe, nous classons généralement de façon automatique, parce que nous avons « fréquenté » assez de documents pour savoir comment ils sont codifiés, par leur forme physique, leur mise en page, le cadre dans lequel ils s’inscrivent, etc. Pour bien situer un document (c’est-à-dire pouvoir bien le comprendre et éventuellement bien le résumer), il est cependant utile de s’arrêter consciemment à ce travail de catégorisation.

3.2 La classification des résumés : fonction et fonctionnement

Dans ce manuel, nous éclairerons la démarche d’écriture des résumés que nous produirons par leur finalité – leur fonction donc (quel but le résumé vise-t-il ?), ce qui implique aussi de déterminer quels sont (ou seraient) ses destinataires (au-delà du professeur qui corrige). Nous nous plaçons ainsi en quelque sorte dans une perspective professionnelle du résumé : il ne s’agit pas strictement d’un exercice de rédaction, mais de la production d’un texte qui puisse exister réellement à l’extérieur du cadre de ce cours de rédaction.

Définir le cadre de production « dans la vraie vie » permet de déterminer en quoi doit consister le résumé, en d’autres mots son fonctionnement :

Fonctionnement

  • Quel est son contenu (quels éléments d’information, d’analyse retient-on ?
  • Comment est-il structuré ? Que met-il en relief ?
  • Quel style adopte-t-il ?
  • De quelle longueur est-il par rapport au texte de départ ?
  • Etc.

 

4. Point de langue : place, accord et forme des adjectifs

L’adjectif pose des difficultés aux non-francophones à trois points de vue : sa place, son accord et aussi, tout simplement, la formation du féminin et du pluriel.

  1. Si, en français, l’adjectif se place le plus souvent après le nom, ce n’est pas du tout une règle absolue. Bon nombre d’adjectifs courts et courants se placent devant le nom; il en va de même pour les adjectifs courts ayant une valeur affective ou appréciative; même chose aussi quand le nom qualifié est un nom propre (voir les exemples à la diapositive 6 du document  Les adjectifs : place, morphologie et accord).
  2. En français, contrairement à ce qui se passe en anglais (et dans d’autres langues), l’adjectif s’accorde en genre et en nombre avec le nom qu’il qualifie. Par exemple, dans les petites filles, l’adjectif prend la marque du féminin et du pluriel même si, du point de vue du sens, la redondance du féminin et du pluriel est inutile. C’est d’autant plus difficile pour les non-francophones de penser à ces accords « inutiles » que souvent on ne les entend pas : la seule marque sonore du pluriel dans les petites filles se trouve dans l’article. Et si dans les petites filles, on entend le féminin de l’adjectif, on n’entend ni le genre ni le nombre de l’adjectif dans ces chères filles.
  3.  La morphologie du féminin et du pluriel des adjectifs est beaucoup moins complexe que celle des conjugaisons des verbes; néanmoins, les erreurs dans la formation du féminin et du pluriel restent relativement nombreuses même à un niveau avancé, en raison notamment de mauvais parallèles avec l’anglais : he/she is naive = il est naïf / elle est naïve.

En bref, l’adjectif mérite un peu de révision…

Exercices sur la morphologie et l’accord de l’adjectif

Vous trouverez  ici un document qui vous rappellera les règles de positionnement et d’accord des adjectifs. Des exercices suivent les explications.

 

Chapitre 2 - Résumer des textes narratifs

2

Objectifs d’apprentissage

  • Analyser le fonctionnement narratif d’un roman d’aventures
  • Identifier les fonctions des résumés de textes narratifs
  • Décrire la construction du résumé d’un texte narratif selon sa fonction
  • Appliquer des structures syntaxiques aidant à résumer
  • Faire des choix stylistiques appropriés au type de résumé recherché
  • Produire des résumés de textes narratifs répondant à des critères donnés

1. Introduction

Dans le chapitre 1, il a été établi qu’un résumé est fonction de sa finalité : pour qui et pourquoi l’écrit-on ? Dans ce deuxième chapitre, nous travaillerons le résumé de textes narratifs en prenant comme matériau de départ des chapitres de romans d’aventures. Nous analyserons des résumés de textes narratifs ainsi que des chapitres de romans avant de proposer des tâches de résumés.

2. Caractérisation textuelle du roman et du texte narratif

2.1 Le genre « roman » : petits rappels

On peut définir le genre « roman » (novel) par les traits suivants. C’est un texte :

Le roman d’aventures est un genre regroupant divers types de récits où le héros, souvent masculin, vit des aventures jonchées de péripéties qui le mettent régulièrement en danger. Le réalisme des situations y est délaissé au profit d’une trame remplie d’intrigues et de suspense. À la fin, il convient que la morale soit sauve et que le bien l’emporte sur le mal. Dans les littératures francophone et anglophone, ce genre littéraire a connu ses heures de gloire à la fin du XIXe siècle et dans la première moitié du XXe siècle; on pense notamment à des auteurs comme Jules Verne ou Joseph Conrad, ou encore Alexandre Dumas plus tôt au XIXe siècle. Le roman d’aventures a donné naissance à des sous-genres comme le roman policier, avec de nouveaux héros populaires parmi lesquels les célèbres Hercule Poirot d’Agatha Christie, Sherlock Holmes de Conan Doyle et Arsène Lupin de Maurice Leblanc.

2.2 Le schéma narratif au service du résumé d’un texte narratif

Comme narration fictionnelle, le roman est codifié dans sa structure. Dans les romans grand public, ce sont généralement les péripéties qui sont le moteur de l’intérêt du lecteur (s’il ne se passe rien, l’intérêt tombera pour la majorité des lecteurs). Durant vos études secondaires, vous avez d’ailleurs sans doute étudié le « schéma narratif » classique :

  1. Situation initialeLe schéma narratif
  2. Élément perturbateur
  3. Péripéties
  4. Dénouement ou élément de résolution
  5. Situation finale

Ce schéma aide à décoder le texte, à prévoir la suite du récit. Il correspond au script attendu : à partir d’une situation initiale, quelque chose survient qui entraîne une série d’événements et de rebondissements qui trouvent leur résolution, ce qui amène à la fin du roman.

On peut s’appuyer sur ce schéma pour construire un résumé. Prenons Roméo et Juliette, de Shakespeare, que vous avez sans doute étudié au niveau secondaire :

  1. Situation initiale : Deux grandes familles de Vérone, les Capulet et les Montaigu, s’opposent dans une rivalité féroce.
  2. Élément perturbateur : Roméo (un Montaigu) tombe amoureux de Juliette (une Capulet), ce qui déclenchera toute une série de péripéties.
  3. Péripéties : Ils se marient secrètement, ce qui provoquera un enchaînement d’événements, qui culmineront avec la pseudo-mort de Juliette.
  4. Dénouement ou élément de résolution : Ce voyant, Roméo se tue. Juliette, à son réveil, voit Roméo mort et, patatras !, se tue aussi.
  5. Situation finale : Les deux familles se réconcilient.

Ce découpage en cinq étapes résume l’ensemble de la trame narrative, mais ne donne pas particulièrement envie de lire Roméo et Juliette. Le résumé est strictement utilitaire (on en trouvera sur Wikipédia une version plus longue, qui permet de connaître l’œuvre sans l’avoir lue ou vue, comme pièce ou en film dérivé). Si l’on résume pour « faire mousser l’intérêt » – pour donner l’envie d’aller voir la pièce, par exemple – on emploiera une langue plus dramatique, un vocabulaire plus riche, plus emphatique, un ton plus interactif, et on n’insistera pas sur le dénouement (qui, de surcroît, dans ce cas-ci, est connu de tous).

 

3. Différents types de résumés de textes narratifs

Comme nous voulons travailler l’expression d’un déroulement d’actions, nous nous concentrerons sur les romans d’aventures , forts en péripéties et rebondissements. Le but est de vous aider à acquérir des savoir-faire rédactionnels essentiels pour mettre en récit un enchaînement d’actions : de bonnes reprises, de bons marqueurs chronologiques et une utilisation judicieuse du passé composé pour marquer l’accompli, ainsi que du plus-que-parfait pour marquer l’antériorité par rapport à un fait passé.

3.1 Le résumé promotionnel

Prenons le cas du best-seller français L’extraordinaire voyage du fakir qui était resté coincé dans une armoire IKEA. Sur le site de l’éditeur original, Le Dilettante, on trouve le résumé suivant, qui, manifestement, vise à donner envie de lire le livre :

Résumé

Premier roman de la Révélation de la Rentrée 2013 : Romain Puértolas

Il était une fois Ajatashatru Lavash Patel (à prononcer, selon les aptitudes linguales, « j’arrache ta charrue » ou « achète un chat roux »), un hindou de gris vêtu, aux oreilles forées d’anneaux et considérablement moustachu. Profession : fakir assez escroc, grand gobeur de clous en sucre et lampeur de lames postiches. Ledit hindou débarque un jour à Roissy, direction La Mecque du kit, le Lourdes du mode d’emploi : Ikea, et ce aux fins d’y renouveler sa planche de salut et son gagne-pain en dur : un lit à clous. Taxi arnaqué, porte franchie et commande passée d’un modèle deux cents pointes à visser soi-même, trouvant la succursale à son goût, il s’y installe, s’y lie aux chalands, notamment à une délicieuse Marie Rivière qui lui offre son premier choc cardiaque, et s’y fait enfermer de nuit, nidifiant dans une armoire… expédiée tout de go au Royaume-Uni en camion.

Digne véhicule qu’il partage avec une escouade de Soudanais clandestins. Appréhendés en terre d’Albion, nos héros sont mis en garde à vue. Réexpédié en Espagne comme ses compères, Ajatashatru Lavash Patel y percute, en plein aéroport de Barcelone, le taxi floué à qui il échappe à la faveur d’un troisième empaquetage en malle-cabine qui le fait soudain romain… et romancier (l’attente en soute étant longue et poussant à l’écriture). Protégé de l’actrice Sophie Morceaux, il joue une nouvelle fois la fille de l’air, empruntant une montgolfière pour se retrouver dans le golfe d’Aden puis, cargo aidant, à Tripoli. Une odyssée improbable qui s’achèvera festivement en France où Ajatashatru Lavash Patel passera la bague au doigt de Marie dans un climat d’euphorie cosmopolite.

Sur le mode rebondissant des périples verniens et des tours de passe-passe houdinesques, voici donc, pour la première fois dans votre ville, L’extraordinaire voyage du fakir qui était resté coincé dans une armoire Ikea, un spectacle en Eurovision qui a du battant, du piquant et dont le clou vous ravira. Non, mais.

https://www.ledilettante.com/livre-9782842637767.htm

Le résumé ci-dessus rend compte de toutes les étapes du schéma narratif ou presque :

  1. Situation initiale: Un fakir hindou débarque à l’aéroport Roissy à Paris pour aller acheter un lit à clous à IKEA.
  2. Élément perturbateur : Il se rend à IKEA en taxi, mais arnaque le chauffeur.
  3. Péripéties : Il rencontre une jolie femme, Marie (qu’il arnaque aussi un peu), et passe la nuit dans le magasin parce qu’il n’a pas d’argent pour aller ailleurs. Quand des employés surviennent, il se cache dans une armoire… L’armoire part pour l’Angleterre et Ajatashatru Lavash Patel commence ainsi un tour d’Europe, avec une pointe en Afrique, durant lequel il connaît une série d’aventures plus rocambolesques les unes que les autres.
  4. Dénouement ou élément de résolution : De retour en France, il retrouve Marie… et le chauffeur de taxi.
  5. Situation finale : Il se marie avec Marie.

Si le « résumé » de l’éditeur rend bien compte de toutes les étapes du schéma narratif, son but est évidemment de susciter un plaisir de lecture par le recours à des effets de style reposant surtout sur la cocasserie, à commencer par cet « hindou de gris vêtu, aux oreilles forées d’anneaux et considérablement moustachu », formulation qui peut notamment évoquer le grand méchant loup (aux grandes oreilles et bien velu) de plusieurs contes.

Au-dessus de ce résumé, la maison d’édition Le Dilettante présente le roman d’une façon plus analytique, mais qui résume aussi :

Un voyage low-cost … dans une armoire Ikea ! Une aventure humaine incroyable aux quatre coins de l’Europe et dans la Libye post-Kadhafiste. Une histoire d’amour plus pétillante que le Coca-Cola, un éclat de rire à chaque page mais aussi le reflet d’une terrible réalité, le combat que mènent chaque jour les clandestins, ultimes aventuriers de notre siècle, sur le chemin des pays libres.
https://www.ledilettante.com/livre-9782842637767.htm

On trouve dans ces quelques lignes le périple en Europe et en Afrique, les aventures, l’histoire d’amour, le ton du récit et le message que l’auteur veut véhiculer. Un résumé « extrême » donc, auquel se combine un commentaire évaluatif. C’est le genre de texte qu’on lit souvent sur la « quatrième de couverture » (l’arrière du livre), où l’on présente le propos de l’ouvrage ou encore des commentaires de critiques littéraires. Les présentations de films, dans des programmes, prennent aussi cette forme très succincte avec ou sans commentaire évaluatif.

3.2 Le résumé d’étape

Un résumé narratif peut ne couvrir qu’une partie du récit. Dans les histoires sérialisées, on résume souvent l’épisode précédent au début de l’épisode qu’on aborde. Cette forme était courante dans les romans en feuilletons (ou « romans-feuilletons ») du XIXe siècle, qui étaient publiés dans les journaux; en anglais, on pensera à Dickens; en français, à Alexandre Dumas, à Honoré de Balzac, à Eugène Sue (moins connu aujourd’hui) et aux célèbres aventures de Rocambole, le personnage haut en couleur des Drames de Paris de Ponson du Terrail, qu’on connaît surtout maintenant par l’adjectif « rocambolesque » (adjectif d’ailleurs souvent utilisé pour décrire L’extraordinaire voyage du fakir qui était resté coincé dans une armoire IKEA). Le résumé d’un épisode précédent est également courant dans les séries télévisées et les webséries.

On retrouve aussi des résumés de l’épisode précédent ou encore du chapitre à venir  en tête de chapitre dans des œuvres diverses. Si vous avez lu Candide de Voltaire ou Gulliver’s Travels de Jonathan Swift, vous vous souviendrez peut-être d’y avoir vu des résumés en tête de chapitre :

Chapitre troisième. Comment Candide se sauva d’entre les Bulgares, et ce qu’il devint

Rien n’était si beau, si leste, si brillant, si bien ordonné que les deux armées. Les trompettes, les fifres, les hautbois, les tambours, les canons formaient une harmonie telle qu’il n’y en eut jamais en enfer. Les canons renversèrent d’abord à peu près six […]

http://www.fcsh.unl.pt/docentes/rmonteiro/pdf/Candide.pdf

CHAPTER I.

THE AUTHOR GIVES SOME ACCOUNT OF HIMSELF AND FAMILY: HIS FIRST INDUCEMENTS TO TRAVEL. HE IS SHIPWRECKED, AND SWIMS FOR HIS LIFE; GETS SAFE ASHORE IN THE COUNTRY OF LILLIPUT; IS MADE A PRISONER, AND CARRIED UP THE COUNTRY.

My father had a small estate in Nottinghamshire; I was the third of five sons. He sent me to Emmanuel College in Cambridge at fourteen years old, where I resided three years, and applied myself close to my studies; but the charge of maintaining me, although I had a very scanty allowance, being too great for a narrow fortune, I was bound apprentice to Mr. James Bates, an eminent surgeon in London, with whom I continued four years; and my father now and then sending me small sums of money, I laid them out in learning navigation, and other parts of the mathematics useful to those who intend to travel, as I always believed it would be, some time or other, my fortune to do.

Première partie, chapitre un

L’AUTEUR REND UN COMPTE SUCCINCT DES PREMIERS MOTIFS QUI LE PORTÈRENT À VOYAGER. IL FAIT NAUFRAGE ET SE SAUVE À LA NAGE DANS LE PAYS DE LILLIPUT. ON L’ENCHAÎNE ET ON LE CONDUIT EN CET ÉTAT PLUS AVANT DANS LES TERRES.

Mon père, dont le bien, situé dans la province de Nottingham, était médiocre, avait cinq fils : j’étais le troisième, et il m’envoya au collège d’Emmanuel, à Cambridge, à l’âge de quatorze ans. J’y demeurai trois années, que j’employai utilement. Mais la dépense de mon entretien au collège était trop grande, on me mit en apprentissage sous M. Jacques Bates, fameux chirurgien à Londres, chez qui je demeurai quatre ans. Mon père m’envoyant de temps en temps quelques petites sommes d’argent, je les employai à apprendre le pilotage et les autres parties des mathématiques les plus nécessaires à ceux qui forment le dessein de voyager sur mer, ce que je prévoyais être ma destinée.

http://www.gutenberg.org/ebooks/17157?msg=welcome_stranger#CHAPTER_I

http://www.cosmovisions.com/Swift-Gulliver-Lilliput-1.htm

Les romans-feuilletons recouraient aussi le plus souvent à ces résumés en tête de chapitre (ou feuilleton). Voici par exemple un résumé d’un chapitre du Fantôme de l’opéra, de Gaston Leroux :

Chapitre 8.

Où MM. Firmin Richard et Armand Moncharmin ont l’audace de faire représenter « Faust » dans une salle « maudite » et de l’effroyable événement qui en résulta.

Mais le samedi matin, en arrivant dans leur bureau, les directeurs trouvèrent une double lettre de F. de l’O. ainsi conçue :

« Mes chers directeurs, C’est donc la guerre ?

Si vous tenez encore à la paix, voici mon ultimatum. Il est aux quatre conditions suivantes :

1° Me rendre ma logeet je veux qu’elle soit à ma libre disposition dès maintenant ;

2° Le rôle de « Marguerite » sera chanté ce soir par Christine Daaé. Ne vous occupez pas de la Carlotta qui sera malade ;

http://fr.feedbooks.com/book/590/le-fantôme-de-l-opéra

Dans ces trois cas (Candide, Gulliver’s Travels, Le fantôme de l’opéra), le résumé présente le chapitre qui commence.

Dans d’autres cas, par exemple dans les petits romans du magazine pour enfants J’aime lire, c’est le chapitre précédent qui est résumé afin de permettre à l’enfant de « fractionner sa lecture s’il le souhaiteJ’aime lire, https://pages.bayard-editions.com/feuilletages/jaime-lire/ ». Ainsi, en tête du chapitre 2 du roman Sur la trace du blaireau perdu de Céline Claire, trouve-t-on le résumé suivant du premier chapitre :

Manon et Alex viennent de rejoindre Tonton Jacques à vélo. Il leur montre sa découverte : un blaireau blessé au bord de la route… (J’aime lire, no 459 bis, 2015)

Comme on le voit, on peut résumer un texte narratif ou un extrait de texte narratif de bien des façons selon la finalité du résumé. Voyons maintenant quelques caractéristiques linguistiques et stylistiques essentielles du résumé du texte narratif.

 

4. Quelques caractéristiques linguistiques et stylistiques des résumés de textes narratifs

4.1 Le temps des verbes

Le temps le plus communément employé pour résumer une narration est le présent narratif. Pourquoi ? Parce que le résumé n’est pas la narration même. D’où la difficulté à rédiger le résumé au passé simple, qui est un temps du récit, un temps qui distancieLes deux verbes du résumé du chapitre 3 de Candide présenté ci-dessus sont au passé simple, mais c'est un texte du XVIIIe siècle : autres temps, autres mœurs linguistiques; le résumé fonctionne en quelque sorte comme le récit même en version courte. Les résumés des chapitres des deux autres œuvres (Les voyages de Gulliver et Le fantôme de l'opéra) recourent au passé simple pour marquer l'antériorité par rapport au présent des verbes rendant compte des actions et événements relatés dans le chapitre; de nos jours, on utilise plutôt le passé composé pour marquer l'antériorité par rapport au présent.. Or, le résumé d’un texte narratif fonctionne comme un dialogue direct avec le lecteur. Même le passé composé est difficile : on ne raconte pas quelque chose qui est arrivé,  on rend compte d’une histoire fictive, comme si on y était; le présent narratif ou présent historique crée cet effet. Bien évidemment, on aura tout de même besoin du passé composé (et parfois du plus-que-parfait) pour relater des faits antérieurs à ceux qui construisent la chaîne narrative de base du résumé.

C’est bien le présent qui est utilisé dans le résumé long de L’extraordinaire voyage du fakir qui était resté coincé dans une armoire IKEA :

débarque un jour à Roissy, … s’y installe… nos héros sont mis en garde à vue (présent passif) … à qui il échappe … il joue une nouvelle fois la fille de l’air…

Mais, si on veut rappeler des faits et des situations antérieurs aux événements qu’on est en train de résumer, on utilisera le passé composé :

Lavash Patel débarque à Roissy pour acheter un matelas à clous. Il a quitté l’Inde la veille avec pour seul pécule un faux billet de 100 euros.

On peut aussi utiliser le passé composé simplement pour marquer l’aspect résultatif d’une action par rapport aux autres dans une séquence :

Lavash Patel s’interroge. Lui, un homme bon ? Il s’est plutôt toujours vu comme un charlatan !

Lavash Patel entre dans le magasin, trouve le rayon des lits, choisit le modèle et le commande. Il a accompli sa mission. Il peut maintenant se reposer jusqu’au lendemain.

Pour marquer l’antériorité par rapport à un moment dont on parle au passé composé, on utilisera le plus-que-parfait :

Lavash Patel arrive à Paris un peu fatigué. Il a pris l’avion la veille et comme il n’avait jamais pris l’avion avant, il n’a pas fermé l’œil de la nuit.

Ou encore pour marquer une antériorité lointaine par rapport au moment du récit :

Lavash Patel se remémore son enfance : sa rencontre avec un pédophile qui l’avait sodomisé, mais aussi la tendresse infinie de sa mère adoptive.

Le plus-que-parfait s’utilise aussi pour marquer l’aspect résultatif dans le passé.

Il était heureux. Il avait trouvé l’âme sœur.

Exercice n° 1 : passé composé ou plus-que-parfait ?

RAPPELS

  • Passé composé : antériorité par rapport au présent de la narration ou résultat dans le présent
  • Plus-que-parfait : antériorité par rapport à un moment du passé ou résultat dans le passé

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4.2 Le style

Comme nous l’avons dit plus haut, le résumé d’un texte narratif écrit vise à donner aux lecteurs potentiels l’envie de lire l’ouvrage : il doit être expressif et susciter des représentations quasi cinématographiques des personnages et du cadre de l’action; sa visée est publicitaire. Lorsque le résumé porte seulement sur une partie du roman, un chapitre par exemple, la langue peut être plus sobre : le but premier est alors d’aider le lecteur à se remémorer ce qui précède (ou à sauter des parties du récit); cela n’empêche cependant pas de chercher à reconstruire l’atmosphère, à reproduire le ton, ou l’effet de suspense (s’il y en a).

Vous trouverez ci-dessous deux parcours d’applications rédactionnelles et d’exercices. Le premier porte sur les trois premiers chapitres de L’extraordinaire voyage du fakir qui était resté coincé dans une armoire IKEA. Le second sur l’un des romans de la célèbre série des Arsène Lupin : Arsène Lupin contre Herlock Sholmès : La dame blonde.

 

5. Applications rédactionnelles et exercices à partir de deux extraits de romans

5.1 Autour de la syntaxe dans L’extraordinaire voyage du fakir qui était resté coincé dans une armoire IKEA

Pour bien résumer, il faut faire des phrases qui condensent l’information, ce qui passe notamment par une syntaxe dense, autant dans la partie thématique (the topic) de la phrase, c’est-à-dire ce qui est en début de phrase : circonstants en tête de phrase et sujet, que dans la partie rhématique (the comment), c’est-à-dire le verbe et ses compléments ainsi que les circonstants placés en fin de phrase.

Exercice nº 2 :  la structure thématique de la phrase

Remplissez le tableau que vous trouverez ici avec les structures demandées : sujets comprenant une subordonnée relative explicative, différentes formes syntaxiques de compléments circonstanciels de cause antéposés, etc.; dans la colonne 3, vous placez des exemples tirés des troispremiers chapitres du roman; dans la colonne 4, vous construisez des exemples qui pourraient s’intégrer dans votre résumé. Le but de l’exercice est de vous aider à enrichir vos débuts de phrases en vous amenant à avoir une vision synthétique des constructions les plus courantes qui densifient les thèmes et structurent la progression du texte.

5.2 Autour du vocabulaire dans L’extraordinaire voyage du fakir

a) Les synonymes

Savoir choisir le mot qui convient le mieux parmi une série de mots de sens proches est au coeur de toute écriture. Parmi les outils les plus efficaces pour comprendre les nuances de sens entre synonymes et mots de sens proches, Antidote figure en très bonne place, en raison, notamment, de la convivialité de l’interface de son sous-dictionnaire des synonymes. Sans doute d’ailleurs, l’utilisez-vous déjà, la plupart des universités étant abonnées à Antidote.  Les deux exercices qui suivent vous amèneront à travailler systématiquement avec Antidote pour explorer des champs synonymiques autour de thèmes clés de L’extraodinaire voyage du fakir qui était resté coincé dans une armoire IKEA.

Exercices n° 3 et n° 4 sur les synonymes

Exercice no 3
Explorez les synonymes des mots voyage et aventure dans Antidote,
puis faites l’exercice autocorrigé que vous trouverez ici.

Exercice no 4
Explorez les synonymes du mot bizarredans Antidote,
puis faites l’exercice autocorrigé que vous trouverez  Cliquezici.

b) Le genre des noms

Apprendre des noms en français, c’est les apprendre avec leur genre grammatical : masculin ou féminin ! Lisez le premier chapitre de L’extraordinaire voyage du fakir qui était resté coincé dans une armoire IKEA, puis faites l’exercice suivant pour vérifier si vous avez la mémoire du genre grammatical.

Exercice n° 5 sur le genre des noms
dans le chapitre 1 de L’extraordinaire voyage du fakir qui était resté coincé dans une armoire Ikea
(extrait sur le site du Livre de poche)

Cet exercice vise à vous entraîner à mobiliser une petite partie de votre attention pour observer le genre (et le retenir). Il est conçu de façon à vous permettre de le faire rapidement : la liste des noms suit le chapitre 1, de la page 13 à la page 16. Dans certains cas, le genre des noms est donné dans le texte (ex. : son costume, sa cravate) et parfois non (ex. : à mi-voix ne dit pas si voix est un nom masculin ou féminin – et on dit bien un choix, mais une noix).

Avec ou sans l’aide du livre, vous devriez trouver la majorité des réponses. À la deuxième tentative, vous devriez obtenir 30 sur 30.


Ajoutez « un » ou « une » devant les noms.

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 5.3 Résumé guidé du début de L’extraordinaire voyage du fakir qui était resté coincé dans une armoire IKEA

Résumé des trois premiers chapitres de L’extraordinaire voyage du fakir…
(extrait sur le site du Livre de poche)

L’extraordinaire voyage du fakir qui était resté coincé dans une armoire IKEA est un roman de Romain Puértolas, paru en 2013. Grand succès de librairie en France, le livre a été traduit dans plusieurs langues; un film en a aussi été tiré.

L’écriture est alerte et un rebondissementDéveloppement nouveau et surprenant dans une histoire. n’attend pas l’autre. Quoi de mieux pour un exercice de résumé d’un texte narratif? Quelques exercices accompagnent la tâche de résumé proprement dite.

  1. Vous trouverez sur le site du Livre de pocheLe site du Livre de poche permet d’enregistrer et d’imprimer l’extrait. les trois premiers mini-chapitres de L’extraordinaire voyage du fakir qui était resté coincé dans une armoire IKEA :

http://www.livredepoche.com/lextraordinaire-voyage-du-fakir-qui-etait-reste-coince-dans-une-armoire-ikea-romain-puertolas-9782253179900

Lisez ces trois mini-chapitres en pensant aux étapes du schéma narratif. Ensemble, ils présentent la situation initiale et l’élément déclencheur...

  1. Élaborez mentalement un résumé et racontez oralement le début du récit à quelques autres étudiants de votre cours. En écoutant les résumés des autres, relevez les différences d’un résumé à l’autre :
    • Qu’est-ce qui est dit, qu’est-ce qui n’est pas dit ?
    • Comment les phrases s’enchaînent-elles ?
    • Emploie-t-on beaucoup de compléments circonstanciels pour exprimer les circonstancesQuand un complément circonstanciel est déplaçable dans la phrase, en particulier pour aller en tête de phrase, certaines grammaires parlent plutôt de « complément de phrase ». Exemples : Il est parti pour l’aéroport (pour l’aéroport = complément circonstanciel lié au verbe). / À l’aéroport, il y avait une grève des bagagistes, si bien que son vol a été annulé (À l’aéroport = complément de toute la proposition et non uniquement du verbe; on peut donc parler de complément de phrase). ?
    • La phrase qui clôt le petit résumé a-t-elle du punch ? Ouvre-t-elle sur la suite ?..

Pour bien rendre compte de la situation initiale et de l’élément déclencheur, pensez à camper le décor (le lieu), les personnages et l’arnaque en termes vivants : qu’est-ce qui arrive à qui et pourquoi ? Ouvrez sur les péripéties à venir, comme le fait la fin du chapitre 3.

  1. Rédigez un résumé de 150 à 200 mots des trois premiers chapitres de L’extraordinaire voyage du fakir qui était resté coincé dans une armoire IKEA. Imaginez que vous écrivez votre résumé pour un ami francophone qui n’aurait pas encore lu le livre.
    Faites un bon usage de la subordonnée relative et de l’apposition, notamment pour décrire les personnages. Soignez la progression thématique: n’utilisez pas toujours « le fakir » ou « il » en sujet; mettez des compléments circonstanciels en tête de phrase.

5.4 Résumés guidés de séquences de Arsène Lupin contre Herlock Sholmès : La dame blonde

Résumés des deux séquences constituant le premier chapitre d’Arsène Lupin contre Herlock Sholmès : La dame blonde
(Wikisource, la bibliothèque libre)

Arsène Lupin, c’est le célèbre personnage de gentleman-cambrioleur d’une série de romans du début du XXe siècle. Publiés au départ en feuilleton dans la revue encyclopédique Je sais tout, les romans de Maurice Leblanc mettant en scène Arsène Lupin ont connu une telle postérité qu’on ne compte plus les œuvres qui en sont dérivées : films, séries télévisées, chansons, bandes dessinées, mangas, jeux…La page « Arsène Lupin » de Wikipédia montre l’étendue de la postérité de l’œuvre.

Arsène Lupin contre Herlock Sholmès rassemble trois récits. Nous travaillerons ici le premier chapitre du premier récit, La dame blonde. Si la société dépeinte est évidemment bien différente du monde que vous connaissez, vous verrez en lisant le premier chapitre que la langue n’est pas particulièrement vieillotte; en fait, le texte se lit très facilement. Vous verrez aussi que les rebondissementsDéveloppement nouveau et surprenant dans une histoire. ne manquent pas.

a) Lecture guidée du premier chapitre

  1. Faites une première lecture au complet du chapitre 1,  « Le numéro 514-série 23 » de La dame blonde. Certains mots et éléments culturels sont expliqués.
  2. Vocabulaire. Cherchez dans Antidote (ou le Petit Robert) cinq synonymes du verbe voler (to steal) que vous pourriez réutiliser dans vos résumés. Faites une phrase pour chacun.

b) Résumés de la première séquence du premier chapitre

  1. La première séquence du chapitre, qui se termine sur l’annonce de l’enlèvement de Suzanne Gerbois, a été découpée en 12 étapes dans un tableau MS Word (ici ). Résumez l’essentiel de chaque étape en 1-3 phrases courtes et expressives, en gardant l’intensité dramatique. Des exemples sont donnés pour les premières étapes.
  2. En vous aidant de vos mini-résumés pour chaque étape de la séquence, composez un résumé global d’environ 200 mots. N’hésitez pas à remanier abondamment pour que le résumé coule bien. Comme dans le résumé du début de L’extraordinaire voyage du fakir…, faites un bon usage de la subordonnée relative et de l’apposition, notamment pour décrire les personnages. Soignez la progression thématique en variant les sujets et en mettant des compléments circonstanciels en tête de phrase.
  3. Produisez un second résumé plus objectif, moins dramatique (n’utilisez pas un ton exclamatif). Faites des phrases plus complexes, plus analytiques.

c) Résumés de la deuxième séquence du premier chapitre

Produisez deux résumés d’environ 200 mots de la deuxième séquence du chapitre : dans le premier, vous jouerez des effets dramatiques (exclamations, modalisations émotives fortes…); dans le second, vous utiliserez un ton plus sobre, plus neutre.

Chapitre 3 - Résumer des scènes de film

3

Objectifs d’apprentissage

  • Construire des descriptions à partir du visuel
  • Reconnaître la présence de propriétés physico-culturelles du monde en cause qui demandent des inférences qui peuvent être difficiles pour qui ne fait pas partie de la culture en cause
  • Comprendre les implications sociales et relationnelles du tutoiement et du vouvoiement par l’intermédiaire de scènes de cinéma
  • Résumer des scènes de films (donc du « texte » sans support écrit)
  • Passer du résumé au compte rendu / Intégrer le résumé dans du compte rendu
  • Travailler le discours indirect
  • Travailler le lexique cinématographique et, dans le compte rendu, le vocabulaire appréciatif

1. Introduction : visées

Dans ce chapitre, nous allons résumer des scènes de films. Le travail de rédaction est similaire à celui qu’on fait pour résumer une séquence narrative de roman, à la différence qu’on n’a pas de texte écrit sur lequel s’appuyer pour rédiger.

Autre différence, le résumé écrit d’une scène de film n’a guère d’application concrète « dans la vraie vie, contrairement aux résumés de chapitres de livres, qui peuvent servir à soutenir une lecture interrompue (qui lit un roman entier d’un seul coup, sans interruption ?). Il s’agit donc essentiellement d’un exercice d’écriture – mais quel bon exercice d’écriture ! Voici en quoi.

Sur le plan rédactionnel, l’absence d’un texte écrit apporte des difficultés particulières. Le passage de l’audio-visuel (la scène de film) à l’écrit (le résumé) constitue un changement de système de signes; c’est donc un « résumé intersémiotique » qu’on produit. Certes, les dialogues constituent du texte, mais vous ne disposez pas d’une version écrite de ce texte. Et si les dialogues construisent l’histoire, le contexte, lui, n’est communiqué que visuellement (à moins qu’il y ait une voix hors champVoix hors champ : procédé narratif utilisé dans un film consistant à faire intervenir dans un plan la voix d’un personnage absent de ce plan; aussi appelé voix off. qui décrive). Le cadre socio-culturel, les allusions peuvent ainsi être plus difficiles à comprendre que dans du texte écrit.

Le premier objectif des exercices de résumé proposés dans ce chapitre est donc de construire par écrit le cadre descriptif en l’intégrant au résumé de l’action proprement dite.

Les trois scènes de film à partir desquelles nous travaillerons dans ce chapitre portent sur des situations de changement de code entre le tutoiement et le vouvoiement ou de décalage par rapport aux attentes. Pour résumer ces scènes, vous aurez besoin de comprendre les positionnements sociaux et les sentiments qui motivent le changement dans le pronom d’adressePronom d’adresse : pronom qu’on utilise pour s’adresser à quelqu’un; en français, les pronoms d’adresse normaux sont le tu et le vous. et d’en rendre compte. Le deuxième objectif du chapitre est donc de vous aider à mieux comprendre le fonctionnement social du tu et du vous, dont les valeurs gardent souvent leurs mystères pour les anglophones. En témoigne d’ailleurs cet algorithme humoristique  (http://www.latimes.com/opinion/op-ed/la-og-bastile-vous-tu-20140711-htmlstory.html)William Alexander, « Brush up on your French with this Bastille Day flowchart », Los Angeles Times, 12 juillet 2014, http://www.latimes.com/opinion/op-ed/la-og-bastile-vous-tu-20140711-htmlstory.html du journaliste américain William Alexander, également auteur de Flirting with French.

2. Plongée dans les arcanes mystérieuses du tu et du vous

L’algorithme d’Alexander présenté dans « Brush up on your French with this Bastille Day flowchart » vous rappelle entre autres qu’à moins que votre professeur soit assez jeune pour être votre fille ou votre fils, les conventions veulent que vous le vouvoyiez. Cela, vous le savez. Mais tout en le sachant, vous l’oubliez parfois ou encore, vous combinez le tu et le vous dans un même texte, une même conversation. Ou encore, vous oubliez de faire les accords et les renvois coréférentiels qui s’imposent avec le tu et le vous.

Nous allons donc en premier revoir les valeurs du tu et du vous et les relations de coréférenceCoréférence : le fait, pour plusieurs expressions au sein d’une phrase, d’un paragraphe, d’un texte, de désigner la même personne, le même objet. qu’ils commandent.

Normes d’usage de tu et de vous selon les liens socioculturels et la situation de communication

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Exercice sur le tutoiementÉgalement intégré dans la vidéo.

 

Choisissez la forme la plus appropriée pour la situation.

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Tu/vous et les possessifs y renvoyant : rappel des formes et des coréférences de base

tu
vous
Pronoms personnels
tu /te
Pronoms personnels
vous
Pronom réfléchi
te
Pronom réfléchi
vous
Déterminants possessifs
ton/ta/tes
Déterminants possessifs
votre/vos
Pronoms possessifs
le tien / la tienne
/les tiens / les tiennes
Pronoms possessifs
le vôtre / la vôtre
/les vôtres

 

Exercice sur la coréférence

Exercice : tu et vous et leurs coréférents

3. Les trois extraits de film : quels enjeux de compréhension ?

Voici les trois extraits de film que nous travaillerons :

3.1 Un thème commun : tutoyer ou vouvoyer ?

Les trois extraits présentent des situations où l’un des personnages change de pronom pour s’adresser à un autre personnage ou emploie un pronom d’adresse qui n’est pas normal compte tenu de la relation qui existe entre les deux. Ce changement de pronom constitue l’élément central des scènes en cause. Pour résumer les extraits, il faut donc bien comprendre sur quelles valeurs du tutoiement et du vouvoiement ils jouent.

3.2 Des cadres socioculturels à comprendre

Les trois scènes sont tirées de films français. Le décodage culturel demande donc de comprendre des réalités qui nous sont étrangères, comme Canadiens et Nord-Américains. Qui plus est, le 3e extrait, tiré d’un film de Claude Zidi, date de 1978, une époque totalement révolue pour la quasi-totalité d’entre vous, une époque que vous ne vous représentez peut-être pas mieux que l’« Entre-deux-guerresPour la plupart des Français, l’« entre-deux-guerres », c’est forcément la période entre 1918 et 1939. » (quelles guerres, direz-vous ?) ou le début du XXe siècle; le travail de décodage des propriétés physico-culturelles du monde en cause et les inférences qu’il faut donc tirer de la scène et des dialogues est d’autant plus grand. Or la compréhension du monde représenté est ce qui permet de comprendre la séquence narrative ainsi que les dialogues et le décor qui y contribuent.

 3.3 Une séquence narrative à rendre

La troisième dimension du travail est évidemment de reconstruire la chaîne narrative (situation initiale, élément déclencheur, etc.) à partir du décodage du décor et de la compréhension des dialogues.

 3.4 L’alternance tu/vous comme ressort comique

Les trois films dont sont tirés les extraits sont des comédies : les deux premiers sont des comédies sentimentales qui font une bonne part au comique; le troisième, La zizanie, est carrément un film comique. Or le comique a ses ressorts, ses procédés, ses recettes : le punch, évidemment, mais aussi les jeux d’opposition, la caricature, etc.

« Procédé comique », Assistance scolaire personnalisée.
https://www.assistancescolaire.com/eleve/2nde/francais/lexique/P-procede-comique-fx095

Verdier, A. « Ressorts comiques », Dramaturgie et scénario.
https://architecriture.wordpress.com/2007/08/02/ressorts-comiques/
Page d’un blog de conseils pour les apprentis scénaristes. L’article décortique en quoi le comique ne fonctionne pas dans une série française (Nerdz) qui copie la célèbre série américaine The Big Bang Theory.

 

Dans les trois scènes, les pronoms d’adresse sont au cœur de la construction comique. Pour résumer la scène en rendant compte de ce qui la rend comique, il faut donc bien comprendre leur rôle dans l’histoire.

 

Application A

Vous la trouverez ici

Cette première série d’exercices d’application vise à vous aider à bien comprendre les trois extraits afin d’en faire ensuite des résumés et des comptes-rendus écrits.

Les trois films sont des comédies qui font une bonne place au comique. Les deux premiers sont des comédies sentimentales; le troisième est purement de la comédie comique. Or le comique au cinéma a ses ressorts, ses recettes : le punch, évidemment, mais aussi les jeux d’opposition, la caricature, etc. Le choix des pronoms d’adresse fait partie du comique et il faut bien comprendre leur signification dans l’histoire pour pouvoir résumer la scène en intégrant ce qui la rend comique.

Chaque scène dépeint un événement. Les premiers éléments à identifier sont donc le qui, quoi, où, etc.

Regardez chacun des extraits et répondez aux questions qui s’y rapportent. Cherchez les termes dont vous aurez besoin dans vos dictionnaires si vous ne les entendez pas dans la scène.

 

1. ROUVE, J.-P. (2014). Les souvenirs. Extrait « Commissariat ».
https://www.youtube.com/watch?v=xefYht84UMc

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2. ZIDI, C. (1978). La zizanie. Extrait « On ne se tutoie plus ? ».
https://www.youtube.com/watch?v=eREZWMS5xQE

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3. MOURET, E. (2006). Changement d’adresse. Extrait « On se dit tu ? ».

Extrait court comprenant seulement la proposition de tutoiement : https://www.youtube.com/watch?v=B5dxEZCX5cw

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Extrait plus long : https://www.youtube.com/watch?v=voznHjiYydQ

 

4. Tutoiement et vouvoiement : synthèse des usages

Le choix du tutoiement ou du vouvoiement pour s’adresser à une personne dépend :

Typiquement :

En cas de doute, on demande : « Est-ce qu’on peut se tutoyer ? » Si on veut garder ses distances, on répondra : « Je préfère qu’on se vouvoie. »

 

5.    Résumer des scènes de films : objectifs et démarches

5.1 Le synopsis d’un film entier : construction et fonction

Un synopsis, c’est soit une ébauche de scénario de film qu’un cinéaste écrit comme point de départ d’un projet de film, soit un résumé (partiel) très bref d’un film qui a été réalisé. Comme résumé d’une œuvre cinématographique, il permet aux spectateurs éventuels de déterminer a priori si le film les intéresse ou non. Les critiques (reviews) du film qu’en font les journalistes peuvent confirmer ou infirmer l’intérêt de départ; ces critiques intègrent d’ailleurs le synopsis d’une façon ou d’une autre, puisque le thème et l’histoire sont des facteurs clés dans le choix des films qu’on regarde.

Observons ce synopsis du film Pour vivre ici, de Bernard Émond, présenté notamment au festival CinéFranco de Toronto au printemps 2018 :

 

Ébranlée par la mort subite de son époux, modeste ouvrier de Baie-Comeau reconnu pour sa bonté, Monique erre sans but dans les rues enneigées de la ville. Puis, au contact d’un ami de la famille, l’infirmière retraitée décide d’aller visiter ses enfants à Montréal. Mais son fils, architecte surchargé de travail jonglant avec les exigences de la garde partagée, a peu de temps à lui consacrer. Monique trouve encore moins de réconfort auprès de sa fille journaliste, qui quitte d’urgence pour l’étranger, lui laissant la garde de son appartement. Sans se démonter, la visiteuse de la Côte-Nord appelle Sylvie, l’ex-petite amie de son autre fils, décédé il y a quinze ans. Auprès de la jeune éducatrice qui a voué sa vie aux enfants autistes, Monique trouve enfin l’occasion de partager des souvenirs de son défunt mari. L’idée lui vient alors de retourner dans son patelin natal du nord de l’Ontario, où elle n’a pas mis les pieds depuis l’adolescence.

http://2018.cinefranco.com/en/component/k2/item/492

Analysons la façon dont les personnages et les lieux sont décrits au fil des 7 phrases (P) du synopsis :

(P1) Ébranlée par la mort subite de son époux, modeste ouvrier de Baie-Comeau reconnu pour sa bonté, Monique erre sans but dans les rues enneigées de la ville.

(P2) Puis, au contact d’un ami de la famille, l’infirmière retraitée décide d’aller visiter ses enfants à Montréal.

(P3) Mais son fils, architecte surchargé de travail jonglant avec les exigences de la garde partagée, a peu de temps à lui consacrer.

(P4) Monique trouve encore moins de réconfort auprès de sa fille journaliste, qui quitte d’urgence pour l’étranger, lui laissant la garde de son appartement.

(P5) Sans se démonter, la visiteuse de la Côte-Nord appelle Sylvie, l’ex-petite amie de son autre fils, décédé il y a quinze ans.

(P6) Auprès de la jeune éducatrice qui a voué sa vie aux enfants autistes, Monique trouve enfin l’occasion de partager des souvenirs de son défunt mari.

(P7) L’idée lui vient alors de retourner dans son patelin natal du nord de l’Ontario, où elle n’a pas mis les pieds depuis l’adolescence.

 

PERSONNAGES :

Monique :

En P1 sa situation de départ est donnée en apposition devant son nom (le noyau du sujet).

En P2, on la situe professionnellement.

En P3, 4 et 5, on situe ses enfants et son ex quasi belle-fille.

En P5, elle est désignée par son lieu d’origine.

 

Les enfants et l’ex-petit amie de son fils décédé :

En P3, longue apposition nominale qui donne à la fois la profession et la situation familiale du fils.

En P4, profession de la fille avec, en subordonnée relative les exigences de son travail.

En P6, profession de l’ex petite amie avec un jugement de caractère positif.

 

LIEUX :

Le film est un road movie. Trois lieux : Baie-Comeau sur la Côte-Nord (précision apportée en P5); Montréal; le nord de l’Ontario, lieu de la jeunesse (patelin = village, avec une connotation affective soit positive, soit négative).

Le synopsis campe parfaitement les personnages et les lieux. Il ne couvre pas tout le déroulement du film, ce qui est la norme dans ce type de résumé, qui vise à faire découvrir avant de voir le film et non à rappeler l’action d’un film vu ou à se substituer au visionnement.

 

5.2 Le résumé d’une scène de film : construction et fonction

Réglons tout de suite la question de la fonction : le résumé d’une scène de film ne sert aucune fonction autre que de vous faire écrire (et comprendre); il n’a aucune utilité documentaire ou publicitaire : c’est strictement un exercice d’écriture. Jamais dans votre vie professionnelle n’aurez-vous à écrire un résumé d’une scène de film.

Comme nous l’avons vu en 5.1, le synopsis du film ne rend généralement pas compte de la trame narrative entière. Le résumé d’une scène, par contre, rend bien compte de toute la scène, mais sans comprendre nécessairement toutes les étapes du schéma narratif (voir le chapitre précédent); il rend compte de la série d’actions formant la scène et leur dénouement : cet enchaînement forme l’épine dorsale du résumé. S’y tissent la description des personnages et du lieu. Le résumé d’une scène de film comprend donc :

 

 

Application B

Faites le résumé en moins de 100 mots de chacune des trois scènes de film (Rouve, Mouret et Zidi) que vous avez décortiquées dans l’Application A. Cette première application vous a fourni l’essentiel de votre matière première : les étapes de l’action et la description des personnages et du lieu; il vous faut maintenant les tisser ensemble. Intégrez le plus clairement possible la situation de tutoiement ou de vouvoiement, mais ne la commentez pas plus que nécessaire pour que le lecteur la comprenne : c’est la description de la scène qui doit donner à voir le côté cocasse.

Pensez à bien utiliser :

  • l’apposition (antéposée ou postposée)
  • les subordonnées relatives
  • des reprises nominales riches pour décrire les personnages
  • Apposition antéposée
    Ulcéré, le père…
  • Apposition postposée
    Le père, ulcéré par la question de l’inspecteur,
  • Subordonnée relative
    Le père, qui est ulcéré par la question de l’inspecteur, …
  • Reprise nominale
    L’inspecteur de police… Le policier

 

Veillez aussi à bien construire le discours indirect. Il vous faut donc penser :

  • aux changements de pronoms et au choix des déterminants possessifs
  • au choix des verbes introducteurs de discours indirect
  • au choix de la conjonction de subordination (que, si…) ou de l’adverbe ou du pronom interrogation
  • à la répétition de la conjonction s’il y a deux subordonnées coordonnées

Comme les verbes introducteurs sont au présent et qu’il y a peu de discussion sur des événements passés dans les trois scènes, le temps des verbes ne devrait pas poser de problème. Le petit tableau qui suit vous rappelle quelques éléments de la transposition au discours indirect. (Il ne s’agit pas de phrases à intégrer; ce sont des exemples formels.)

 

Exemples formels de transposition
Discours direct Discours indirect
Mais bon, c’est pas la première fois, c’est une vraie passoire là-bas. Le policier dit que ce n’est pas la première fois et que c’est une vraie passoire.
Du coup, concrètement, vous pouvez faire quoi ? Le petit-fils demande ce que la police peut faire concrètement.
/Que voulez-vous que la police fasse ? Il lui demande ce qu’il veut que la police fasse.
On ne peut pas lancer un avis de recherche ? Le père voudrait qu’on lance un avis de recherche.
Est-ce que votre mère est majeure ? Le policier lui demande si sa mère est majeure.
/ Quel âge a votre mère ? Il lui demande quel âge a sa mère.
Pour en savoir plus et pour s’exercer

Gezundhajt, H. Le connectigramme : « Le discours indirect ».
http://www.connectigramme.com/d-indirect.html/odyframe.htm
(Tableaux détaillés de tous les cas de figure.)

Lingolia. « Le discours indirect ».
https://francais.lingolia.com/fr/grammaire/la-phrase/le-discours-indirect
(Bon résumé en une page. Deux bons exercices autocorrigés avec des phrases à compléter.)

Rochat, D. (2010). Contrastes, « Le discours indirect au passé », p. 192-204.
(Le chapitre est détaillé et les règles ne touchant pas aux temps s’appliquent exactement de la même façon quel que soit le temps.)

 

Dernières recommandations :

  • La langue des dialogues dans les deux premiers extraits a de nombreux traits d’oralité (c’est moins le cas dans l’extrait de La zizanie). Votre résumé, cependant, sera d’un registre totalement écrit.
  • Veillez aussi à être précis lexicalement dans la description des personnages et des lieux.
  • Utilisez judicieusement les compléments circonstanciels pour organiser et hiérarchiser les éléments de l’histoire.

5.3 Du résumé de la scène au compte-rendu analytique et critique

Dans son sens le plus étroit, celui qu’on lui donne généralement dans un contexte scolaire, un résumé est fondamentalement objectif : on résume strictement le contenu, tout le contenu, sans analyse et sans appréciation. Vous vous souviendrez cependant que les « résumés » du Fakir qui était resté coincé dans une armoire IKEA de la maison d’édition ne sont absolument pas objectifs.

Les résumés que vous avez produits dans l’Application B sont quant à eux des descriptions objectives des trois scènes. Le vocabulaire appréciatif utilisé reflète strictement la façon dont les personnages vivent la situation et ce qu’ils pensent des autres protagonistes ou ce que d’autres éléments filmiques indiquent directement (par exemple le son triste du cor à la fin de la scène de Changement d’adresse qui signale le sentiment qu’on attribue au professeur). Aucun renseignement contextuel n’est donné : on n’indique pas où s’inscrit la scène dans le film ni quel est le film en cause. Il n’y a pas d’analyse, mais éventuellement, il peut y avoir une synthèse de ce qui se dégage.

Un compte rendu, au contraire, situe le texte, le film, l’événement, la situation dont il traite; il analyse et porte souvent un jugement. C’est comme un exposé, un rapport sur la chose. Un compte rendu peut donc être relativement objectif ou à l’inverse très évaluatif.

Comme étudiants à l’université, vous écrivez beaucoup de comptes rendus de lecture. Selon les domaines, selon le niveau du cours, selon les professeurs, le modèle à suivre, la « recette » variera, mais l’idée de base reste la même : rapporter le contenu en donnant à voir ce qui est important, intéressant, original, etcVoir par exemple ces deux descriptions du travail impliqué : - Département des sciences historiques (s. d.). « Le compte rendu de lecture », Université Laval [Québec].http://www.hst.ulaval.ca/services-et-ressources/guides-pedagogiques/le-compte-rendu-de-lecture/ - Gingras, F.P. (2005). « Le compte rendu critique », Cybermétho.http://aix1.uottawa.ca/~fgingras/cybermetho/modules/compterendu.html.

Dans le cadre d’un cours de français langue seconde, nos objectifs sont essentiellement langagiers. Peut-être avez-vous déjà travaillé dans un cours précédent le compte rendu d’événement, de livre ou de filmVoir par exemple :
. Blakeley-Dejy, S. (2017). Le goût de l’écrit [notes de cours du cours FRAN 2810 au Collège Glendon],
. Black, C.& Chaput, L. (2016) Invitation à écrire, 2eEdition, Canadian Scholars' Press.
. Fort probablement, vous aurez alors travaillé les formulations usuelles (Le livre traite de… / Le roman de Romain Puertolas raconte… / Cet article aborde la question de…, etc.) en plus de la structure de base du compte rendu.

 

Attention !

  • A book/movie by
  • Un livre/film/tableau de
  • Un livre écrit par /Un film réalisé par / Un tableau peint par
  • La zizanie, de Claude Zidi, met en scène…

On n’utilise par que si la préposition est « étoffée » par un adjectif qui la précède.

 

Les savoir-faire rédactionnels pour écrire une compte rendu analytique ou critique sont donc différents de ce que demande un résumé.

Voyons comment vous pourrez écrire des comptes de nos trois extraits. Vous devrez :

Application C

En atelier d’écriture en classe ou en exercice chez soi.

Écrivez un bref compte rendu d’environ 150 mots de l’un des trois extraits en expliquant bien en quoi la scène est drôle, particulièrement le jeu concernant les pronoms d’adresse.

  • Consultez Wikipédia ou AlloCiné pour vous renseigner sur les réalisateurs, les films, les acteurs.
  • Assurez-vous d’utiliser du vocabulaire et des formulations bien françaises pour présenter l’œuvre (inspirez-vous des formulations que vous trouverez dans vos sources).
  • Intégrez des éléments d’appréciation dans la composante résumé; ne faites pas que « plaquer » votre appréciation à la fin.

Chapitre 4 - Résumer des articles de nouvelles

4

Objectifs d’apprentissage

  • Comprendre la structure d’un article de nouvelle /Analyser des articles de nouvelle
  • Connaitre le vocabulaire nécessaire pour analyser des articles de la presse, en particulier des articles de nouvelles
  • Produire des articles de nouvelles courts (des brèves) à partir d’articles plus longs
  • Bien utiliser les marqueurs de relation explicatifs en fait et en effet

1. Qu’est-ce qu’un article de nouvelle ?

Dans la presse écrite, on trouve différents genres d’articles : nouvelles, éditoriaux, articles d’analyse, interviews et articles de témoignage, chroniques, articles d’opinion de contributeurs externes, etc. Prenons des journaux quotidiens comme Le Devoir (quotidien du Québec), Le Monde (France), Le Soir (Belgique) ou Le Temps (Suisse), ou encore le Toronto Star : sur la plateforme web des quotidiens, on peut observer différentes organisations de l’actualité et des nouvelles. Ainsi, Le Monde range les articles d’actualité (nouvelles ou autres) dans la catégorie « En ce moment » (premier onglet à gauche).

Exercice n° 1 – Le classement de l’actualité dans les quotidiens

Cherchez sur les plateformes web des quotidiens Le Devoir (quotidien du Québec), Le Soir (Belgique), Le Temps (Suisse), ainsi que dans le Toronto Star et The Globe & Mail la façon dont les articles portant sur l’actualité est classée (ou non classée).

Exercice n° 2 – Différence entre « actualités » et « nouvelles »

Quelle différence établir entre « actualités » et « nouvelles » dans le classement des informations dans un journal quotidien ? Appuyez-vous sur au moins un exemple.

Exercice n° 3 – Connaissances médiatiques : nouvelle ou non ?

Répondez aux questions 1-4 du quiz de La Presse.ca sur les connaissances médiatiques.

Comme le montrent les exercices no 1 à 3, les conditions à remplir pour qu’un article soit bien un article de nouvelle sont les suivantes :

1.1 La structure journalistique de l’article de nouvelle

Les journaux ne sont pas des manuels scolaires : personne n’est obligé de les lire ! Ils doivent donc « aller chercher » le lecteur. C’est vrai au niveau du journal et au niveau de chaque article. Différents journaux ont différentes politiques éditoriales pour vendre de la copie (prix, plateforme et format, iconographie, type de traitement de l’information, etc.). Cela n’empêche pas qu’on peut identifier certaines constantes pour les articles de nouvelles.

Constantes dans la structure de l’article de nouvelle

  1. Un titre accrocheur qui résume l’essentiel de la nouvelle
  2. L’essentiel de la nouvelle dans le premier paragraphe
  3. Une structure générale de l’information sur le modèle de la pyramide inversée, du plus important (qui, quoi) au moins important du point de vue de la nouvelle (pourquoi, comment, etc.) (= les wh-questions de l’anglais)
  4. Selon la longueur de l’article, une place plus ou moins grande à la contextualisation de l’événement

Modèle de la pyramide inversée 

image image

 

1.2 Diversité dans l’origine, la forme, la longueur, la circulation

Les articles de nouvelles prennent différentes formes dans les journaux et autres plateformes d’information. Ils peuvent être courts : la nouvelle « brute » reçue du fil de presse (newswire) d’une agence de presse (Associated Press, Agence France Presse, La Presse Canadienne, etc.) dès que l’événement survient. Ils peuvent être plus étoffés : autour de l’événement, le journaliste de l’agence de presse peut construire un article en faisant appel à des témoins et à des autorités, en situant l’événement dans son contexte (passé et futur), etc. Par ailleurs, les journalistes des différentes publications qui reçoivent le fil de presse des agences de presse peuvent eux aussi développer la nouvelle pour en faire un article plus substantiel ou, à l’inverse, raccourcir le texte reçu pour en faire un article plus court, par exemple un entrefilet ou une brève.

En ce qui concerne les nouvelles locales, les journalistes des médias locaux rédigeront le plus souvent directement les articles (qui peuvent ensuite être partagés avec d’autres médias au sein d’un groupe de presse, comme peuvent l’être d’autres articles).

Les institutions publiques et les grandes institutions privées sont aussi de grandes productrices de nouvelles. Elles peuvent les faire connaître par voie de conférence de presse (press conference) ou par voie de communiqué (press release) ou par un fil de presse, relayé ou non par une agence de presse.

Les différents genres de textes de nouvelles sont très codifiés. Les communiqués émanant des grandes institutions suivent presque tous le même modèle, avec très peu de variantes. L’article de nouvelle a aussi ses conventions, que le journaliste doit appliquer, à commencer par le modèle de la pyramide inversée (structure qu’on retrouve aussi dans le communiqué et qui permet de passer facilement du communiqué à l’article de nouvelle).

L’écriture d’articles de nouvelles s’enseigne dans les écoles de journalisme, mais bien des journalistes apprennent « sur le tas », n’étant pas passés par une école de journalisme. La « recette » est en fait simple et facile à appliquer. De même pour les communiqués : tous les directeurs de relations publiques et chefs des communications ne sont pas passés par des formations en relations publiques ou en communications.

Dans ce chapitre, vous allez « jouer au journaliste » pour produire à partir d’articles de nouvelles d’une certaine longueur des articles plus brefs. Le cadre fictif que vous donnerez est que vos articles courts pourraient être communiqués au public pour le mettre au courant de l’événement.

Afin de définir nos « recettes », analysons quelques articles de nouvelles pour en détailler la structure et le fonctionnement.

2. Analyser des articles de nouvelles

Article no 1 (Radio-CanadaRadio-Canada (25 août 2017). Repéré à https://ici.radio-canada.ca/nouvelle/1052355/plus-quun-x-certains-reclament-labolition-de-la-designation-de-sexe-sur-les-passeports. Article reproduit avec l’autorisation de Radio-Canada dans le cadre de ce manuel uniquement. Il est exclu de de la licence Creative Commons.)

Lisez l’article, puis l’analyse de la structure qui suit.

Plus qu’un « X », certains réclament l’abolition
de la désignation de sexe sur les passeports

Publié le 25 août 2017.

À partir du 31 août, les personnes qui ne s’identifient ni au sexe féminin, ni au sexe masculin, pourront ajouter la mention « X » sur leurs documents officiels. Le Canada se joint ainsi à une poignée de pays à travers le monde qui offrent déjà cette option, mais si certains militants s’en réjouissent d’autres disent que ce n’est pas suffisant et qu’il faut abolir la désignation de sexe.

Jeudi prochain, le passeport canadien sera plus adapté aux droits des personnes transgenres non binaires. Elles pourront exprimer leur identité de genre sans être limitées à un choix binaire : homme ou femme, mais pourront inscrire un « X », pour genre non spécifié.

La militante torontoise, Davina Hader croit que « ça permet d’entamer une conversation à travers le monde et ça reconnaît enfin le spectre des genres ».

L’Organisation de l’aviation civile internationale permet l’usage du « X » et sept pays y ont déjà recours, dont l’Allemagne, le Pakistan et la Nouvelle-Zélande.

L’approche aide à limiter la confusion aux douanes, lorsque l’apparence de la personne ne correspond pas au sexe indiqué sur le passeport.

Selon Arnaud Baudry, président de l’association FrancoQueer à Toronto estime que « ça peut mettre la personne dans une situation inconfortable, où la personne en face d’elle pense qu’elle ment, qu’elle a usurpé l’identité de quelqu’un d’autre ».

Le ministre canadien de l’Immigration, des Réfugiés et de la Citoyenneté, Ahmed Hussen, dit vouloir favoriser l’égalité pour tous les Canadiens, quelle que soit leur identité sexuelle, mais certains lui reprochent de ne pas aller assez loin comme Dominique Dubuc, qui est une militante LGBTQ à Sherbrooke au Québec.

« Pourquoi est-ce qu’on est obligé d’avoir un marqueur du sexe sur nos papiers d’identité ? Autrefois on avait la race, la religion, à quoi ça sert d’avoir le sexe ? »

Dominique Dubuc, militante LGBTQ

D’autres craignent d’être refoulés à la frontière de pays comme l’Arabie Saoudite ou la Russie, où les personnes non binaires risquent d’être persécutées. « Ça forcera les gens à faire leur coming-out en tant que personne trans, et ils pourraient avoir des problèmes », croit Arnaud Baudry.

Le Canada recommande d’ailleurs aux personnes non binaires de consulter les mises en garde au voyageur avant de se rendre dans un de ces pays.

L’Ontario est la seule province à accepter le genre neutre sur les permis de conduire. Depuis le mois de mars, 160 personnes ont choisi le « X ».

Avec le reportage de Natasha MacDonald-Dupuis

Analyse de la structure de l’article

À partir du 31 août, les personnes qui ne s’identifient ni au sexe féminin, ni au sexe masculin, pourront ajouter la mention « X » sur leurs documents officiels. Le Canada se joint ainsi à une poignée de pays à travers le monde qui offrent déjà cette option, mais si certains militants s’en réjouissent d’autres disent que ce n’est pas suffisant et qu’il faut abolir la désignation de sexe.
 

Titre sous forme de phrase qui vise à résumer la nouvelle.
(Remarquer l’absence de point à la fin du titre.)Chapeau (lead) qui résume l’essentiel.

  • 1re phrase : qui, quoi et quand
  • 2e phrase : contexte (pourquoi) et réactions, commentaires (du même ordre que la conséquence)

En somme, toute la nouvelle est ici résumé

Jeudi prochain, le passeport canadien sera plus adapté aux droits des personnes transgenres non binaires. Elles pourront exprimer leur identité de genre sans être limitées à un choix binaire : homme ou femme, mais pourront inscrire un « X », pour genre non spécifié.
 

Précision sur le quand.
Précisions sur le quoi.

La militante torontoise, Davina Hader croit que « ça permet d’entamer une conversation à travers le monde et ça reconnaît enfin le spectre des genres ».
 

Propos rapportés : témoignage.

L’Organisation de l’aviation civile internationale permet l’usage du « X » et sept pays y ont déjà recours, dont l’Allemagne, le Pakistan et la Nouvelle-Zélande.
 

Contexte.

L’approche aide à limiter la confusion aux douanes, lorsque l’apparence de la personne ne correspond pas au sexe indiqué sur le passeport.

Selon Arnaud Baudry, président de l’association FrancoQueer à Toronto, « ça peut mettre la personne dans une situation inconfortable, où la personne en face d’elle pense qu’elle ment, qu’elle a usurpé l’identité de quelqu’un d’autre ».

Le ministre canadien de l’Immigration, des Réfugiés et de la Citoyenneté, Ahmed Hussen, dit vouloir favoriser l’égalité pour tous les Canadiens, quelle que soit leur identité sexuelle, mais certains lui reprochent de ne pas aller assez loin comme Dominique Dubuc, qui est une militante LGBTQ à Sherbrooke au Québec.

« Pourquoi est-ce qu’on est obligé d’avoir un marqueur du sexe sur nos papiers d’identité ? Autrefois on avait la race, la religion, à quoi ça sert d’avoir le sexe ? » (Dominique Dubuc, militante LGBTQ)

 

Explication du pourquoi (cause, but), notamment par des propos rapportés.

D’autres craignent d’être refoulés à la frontière de pays comme l’Arabie Saoudite ou la Russie, où les personnes non binaires risquent d’être persécutées. « Ça forcera les gens à faire leur coming-out en tant que personne trans, et ils pourraient avoir des problèmes », croit Arnaud Baudry.Le Canada recommande d’ailleurs aux personnes non binaires de consulter les mises en garde au voyageur avant de se rendre dans un de ces pays.

L’Ontario est la seule province à accepter le genre neutre sur les permis de conduire. Depuis le mois de mars, 160 personnes ont choisi le « X »

 

Avec le reportage de Natasha MacDonald-Dupuis
 

Conséquence négative anticipée.

 

 

 

Contexte : mesure du même ordre en Ontario

Article no 2

Une gravure de Banksy dérobée
dans une exposition à Toronto


Monique Santé, chroniqueuse indépendante, Toronto, jeudi 14 juin 2018.

La police de Toronto a annoncé aujourd’hui l’ouverture d’une enquête concernant le vol d’une gravure de Banksy dans une galerie d’art qui consacre une exposition au célèbre artiste de rue britannique.

« Nous avons reçu un appel concernant une entrée par effraction dans l’ouest de la ville, a expliqué une porte-parole de la police, Jenifferjit Sidhu. Dans les petites heures du matin, dimanche dernier, une gravure de Banksy a disparu de l’exposition. »

Une vidéo de surveillance de la galerie a été diffusée. On y voit un individu s’introduire sur la pointe des pieds dans le bâtiment vers 5 heures du matin, décrocher une des gravures du mur et repartir avec elle sous le bras. Un appel à témoins a été lancé.

La valeur de l’œuvre dérobée, Trolley Hunters, est estimée à environ 45 000 dollars. On y aperçoit des hommes en tenue primitive dans un champ de hautes herbes pointant des lances affûtées en direction de caddies vides.

« C’est une très belle pièce et nous espérons bien la retrouver », a affirmé Corey Ross, président de Starvox Entertaiment, qui parraine l’événement.

L'Art de BanksyL’exposition L’Art de Banksy, montée sans son autorisation par l’ancien gérant de l’artiste, Steve Lazarides, s’est ouverte le 13 juin dans un bâtiment industriel transformé en galerie d’art. On y présente environ 80 œuvres (sculptures, sérigraphies, toiles et pièces multimédias) provenant de collections privées. On peut y admirer des œuvres célèbres , comme La petite fille au ballon, dans laquelle on voit une fillette qui lâche un ballon en forme de cœur, ou encore Flag Wall, une interprétation urbaine de la célèbre photo de soldats américains qui hissent le drapeau des États-Unis sur l’île japonaise d’Iwo Jima en 1945 pour signaler la prise de l’île par les États-Unis.

Artiste contestataire, Banksy a toujours cultivé le plus grand mystère sur sa véritable identité et il n’a pas parlé à son ancien gérant depuis plus de dix ans, aux dires de l’intéressé lui-même. Lazarides a beau présenter l’événement comme l’exposition la plus grande à ce jour consacrée à Banksy, il admet lui-même qu’il s’agit d’une exposition sur l’art de Banksy et non d’une exposition de Banksy.

À 35 $, le prix du billet d’entrée dépasse celui des plus grandes expositions de l’année à Toronto ou à Ottawa : 30 $ pour Yayoi Kusama à l’AGO ce printemps et 20 $ pour Trésors impressionnistes (de la collection du musée Ordrupgaard de Copenhague) au Musée des beaux-arts du Canada, à Ottawa. De nombreux amateurs ont d’ailleurs réagi à ce prix élevé sur les réseaux sociaux, dénonçant la récupération commerciale d’un artiste de rue. Lazarides explique pour sa part que monter une exposition de cette ampleur engendre des coûts considérables qui ont besoin d’être amortis.

L’exposition, qui s’est ouverte le 13 juin, se poursuit jusqu’au 11 juillet prochain au 213, rue Sterling, dans le quartier de la Jonction, dans l’ouest de la ville.

Exercice no 4 – Analyser la structure d’un article

Mettez des étiquettes sur chacun des paragraphes de l’article sur le vol d’une gravure de Banksy, selon le modèle de l’analyse faite pour l’article sur les passeports non genrés.

Version MS Word de l’exercice ici

3. Résumer des nouvelles, écrire des brèves

Résumer une nouvelle implique qu’on s’assure que le résumé comprendra bien les réponses à toutes les questions pertinentes compte tenu du sujet. Pour qu’il y ait nouvelle, il faudra toujours au moins le qui, le quoi et le quand. Un article du genre « nouvelle » comprend souvent une ou des citations. Ces citations sauteront presque assurément dans la version courte.

3.1 Agencer les éléments d’information : complémentation, subordination et progression thématique

Un peu comme dans le résumé d’un texte narratif, il vous faudra presque assurément « délinéariser » le texte de départ : le « quand » et le « où » seront sans doute intégrés en complément dans la 1re phrase (comme c’est d’ailleurs souvent déjà le cas, dans une nouvelle plus longue). Lisez attentivement le titre et le « chapeau », qui comprennent déjà l’essentiel de la nouvelle.

De façon générale, portez une attention particulière à l’ensemble des compléments facultatifs qui vous permettent d’intégrer des éléments d’information subordonnés dans les phrases. Il s’agit en particulier des subordonnées relatives (notamment les subordonnées relatives explicatives intégrées dans un sujet) et des compléments circonstanciels (quelle que soit leur forme syntaxique).

Pour bien jouer de la complémentation, pour bien choisir les éléments d’information à subordonner, pensez à la structure informative de la phrase : ce qui est en tête (les compléments antéposés, le sujet) est le point de départ, le donné; ce qui est en prédicat (le verbe et ses compléments, les subordonnées circonstancielles en fin de phrase) constitue l’information importante, nouvelle dans la phrase. Du point de vue informatif, la phrase a ainsi deux composants :

Ce dont on parle (le thème) + ce qu’on en dit (le propos, ou le rhème)

Ainsi, dans la 1re phrase du 1er article ci-dessus, la date est placée complètement en tête parce que le but de la phrase de la phrase n’est pas de dire à partir de quand la mesure sera effective, mais de dire quelle est la mesure :

Ce dont on parle :

À partir du 31 août, les personnes qui ne s’identifient ni au sexe féminin, ni au sexe masculin

Ce qu’on en dit :

pourront ajouter la mention « X » sur leurs documents officiels.

Le scripteur répartit ainsi l’information entre thème et propos en fonction de sa vision de la construction de l’information. La 1re phrase du 2e article sur le vol d’une gravure de Banksy se présente ainsi :

La police de Toronto a annoncé aujourd’hui l’ouverture d’une enquête concernant le vol d’une gravure de Banksy dans une galerie d’art qui consacre une exposition au célèbre artiste de rue britannique.

Ce dont on parle :

La police de Toronto

Ce qu’on en dit :

a annoncé aujourd’hui l’ouverture d’une enquête concernant le vol d’une gravure de Banksy dans une galerie d’art qui consacre une exposition au célèbre artiste de rue britannique.

La police de Toronto n’étant en rien le thème de l’article, on pourrait remettre en cause ce début de texte, mais les articles de nouvelles sont construits pour se lire vite et le premier paragraphe fonctionne dans la continuité du titre :

Une gravure de Banksy dérobée dans une exposition à Toronto

Il est donc normal, sur le plan informatif, de passer du vol à la police : la progression thématique est en fait efficace.

 

3.2 Paragrapher : paragraphe graphique et paragraphe sémantique

Il est devenu coutume de découper à l’extrême les paragraphes dans les articles de nouvelle. Sur les onze paragraphes du 1er article sur les passeports canadiens, neuf ne sont constitués que d’une seule phrase graphiqueLa phrase graphique est délimitée par la majuscule initiale et le point à la fin. Elle ne correspond pas nécessairement à la phrase syntaxique, qui ne comprend qu’une seule proposition principale et les subordonnées qui en dépendent. Par exemple, la phrase graphique dans laquelle cette note s’insère est constituée de deux phrases du point de vue syntaxique.; seuls deux paragraphes (les deux premiers) comprennent plus d’une phrase graphique (deux phrases graphiques chacun).

Ce découpage graphique extrême des paragraphes convient bien dans un article de nouvelle (sans grande analyse), où l’on veut de surcroit bien détacher les propos rapportés. Il permet plus facilement aux lecteurs de sauter par-dessus les éléments d’information qui ne les intéressent pas (ou les intéressent moins).

Dans un entrefilet ou une brève (article de nouvelle très bref, souvent de trois à cinq phrases), on regroupe généralement toutes les phrases en un seul paragraphe, en resserrant les liens entre les éléments pour assurer une forte cohésion sémantique au sein du paragraphe.

3.3 Lier les idées : les marqueurs de relation

Pour rendre compte des tenants et des aboutissants d’une situation, d’un événement, vous avez besoin de bien manier les marqueurs de relation. Dans vos cours de français de niveau intermédiaire, vous avez abondamment travaillé l’expression de la cause et de la conséquence. Reportez-vous à vos manuels des cours précédents pour vous remémorer ce travail. Vous trouverez en annexe dans ce manuel des tableaux récapitulatifs sur les marqueurs de cause et de conséquence. Vous en trouverez aussi bien d’autres sur Internet; faites simplement attention à ne pas choisir des tableaux qui ne fournissent que des listes « toutes nues », sans explications. De façon générale, choisissez soigneusement vos adverbes de phrase, vos conjonctions de subordination et vos prépositions.

 

Exercice no 4 – En effet /in effect; en fait /in fact : des faux-amis à distinguer

En effet etin effect n’ont pas le même sens en français et en anglais. Ce sont de faux amis (false cognates). Il en est de même pour en fait et in fact.

Cherchez la définition de en effet /in effect et en fait /in fact dans vos dictionnaires. Employez ensuite en effet et en fait dans des séquences de deux phrases qui porteront sur la désignation ou non du sexe sur les passeports et qui montreront bien le sens de ces deux marqueurs en français (et donc la différence avec l’anglais).

Exercice no 5– En effet /in effect; en fait /in fact : utilisation

An interactive or media element has been excluded from this version of the text. You can view it online here:
https://ecampusontario.pressbooks.pub/resumersynthetiserargumenter/?p=28

4. Applications

4.1 Écrire des brèves

Une brève est une nouvelle abrégée. C’est une forme très fréquente à la radio, mais on trouve aussi des brèves dans les médias écrits, en particulier pour des nouvelles saugrenues (parfois dans une rubrique « Insolite »). Même pour la radio, la brève est généralement rédigée avant d’être lue en ondes. Une école de journalisme, un média en particulier imposera peut-être un format très précis. Aux fins des tâches de rédaction ci-dessous, nous nous arrêterons aux 3 critères suivants :

  • longueur bien définie
  • titre et première phrase qui ensemble résument l’essentiel
  • de 2 à 4 phrases supplémentaires pour ce que vous considérez comme important pour rendre compte de l’événement, de la nouvelle (tout le monde ne retiendra pas exactement la même chose)
Pour en savoir plus sur la brève, vous pouvez consulter ces deux sources :

 

Rédaction n° 1

Écrivez une « longue brève » de 100 à 120 mots (compte de MS WordPour que MS Word compte, sélectionnez le texte et le nombre de mots de la sélection s’affichera dans le bas; Sinon sélectionnez « Statistiques » dans le menu de révision.) à partir de l’article :
« Plus qu’un “X”, certains réclament l’abolition de la désignation de sexe sur les passeports ».

  • Changez le titre pour qu’il renvoie plus directement à la nouvelle.
  • Écrivez votre brève en vous positionnant à la même date que celle où l’article a été écrit (25 août 2017).
  • Vous pouvez reprendre des formulations de l’article, mais vous ne pouvez pas vous limiter à sélectionner 5 ou 6 phrases.

Rédaction n° 2

a) Écrivez une « longue brève » de 110 à 130 mots (compte de MS Word) à partir de l’article :
 « Une gravure de Banksy dérobée dans une exposition à Toronto ».

Vous pouvez reprendre des formulations de l’article, mais vous ne pouvez pas vous limiter à sélectionner 5 ou 6 phrases.

b) Transformez votre première version en une version plus courte ne dépassant pas 70 mots.

 

4.2 Écrire une fausse nouvelle (fake news)

En cette ère de post-vérité (le mot post-vérité a été ajouté dans le Petit Robert en 2018), les fausses nouvelles abondent. Comment les reconnaît-on ? En premier lieu par leur source et leur modalité de circulation.

Lisez la page de Bibliothèque et Archives nationales du Québec sur les fausses nouvelles pour savoir mieux les reconnaître, puis finissez le quiz de La Presse.ca commencé dans l’exercice no 3 de ce chapitre.

Rédaction n° 3

a) Créez une brève d’environ 125 mots rapportant une fausse nouvelle selon les critères suivants :

  • L’événement se passe à Toronto le jour où vous écrivez votre brève.
  • Il s’agit d’un vol.
  • Votre brève sera fortement modalisée, c’est-à-dire qu’elle fera un large usage de marques montrant les sentiments du rédacteur par rapport à l’événement, en l’occurrence peut-être bien la surprise (voir la section 4.2 du chapitre 8 sur la modalisation si besoin est).

b) Récrivez votre brève en environ 70 mots en retirant notamment les marques de modalisation.

Chapitre 5 - Résumer des articles d'analyse

5

Objectifs d’apprentissage

  • Explorer des moyens de lire de façon active et critique des articles d’analyse
  • Formuler de façon très synthétique la thèse présentée dans un article
  • Déceler les mots dont la compréhension est essentielle pour comprendre un article
  • Analyser en détail un article et passer du plan du texte à un plan de résumé
  • Manipuler les relations de synonymie, d’hyperonymie et d’hyponymie pour reformuler
  • Résumer des articles d’analyse

1. Introduction

Dans le chapitre 4, nous avons travaillé le résumé d’articles de nouvelle en analysant leur structure :

Dans ce chapitreNous remercions Sylvie Déjy-Blakeley, qui a collaboré à la rédaction de ce chapitre., nous allons travailler le résumé d’articles d’analyse. Leur visée n’est pas d’informer, mais de faire réfléchir, de faire comprendre une problématique. Ils seront donc généralement plus longs que les articles de nouvelles et notre façon de les aborder pour les comprendre et les résumer sera différente.

Nous y lierons un travail guidé sur les aspects suivants du décodage (lecture) et de l’encodage (écriture du résumé) :

2. Lire pour comprendre, lire pour résumer

Une lecture efficace demande qu’on comprenne bien le cadre de production du texte et sa visée afin de situer l’information, l’analyse et l’argumentation qu’il véhicule.

Une lecture efficace est aussi une lecture active, qui met le texte en relation avec ce qu’on sait déjà.

C’est également une lecture critique, qui soupèse l’intérêt de l’article en évaluant la fiabilité et la pertinence des informations et en analysant la validité des argumentations.

Une lecture active et critique permet de s’approprier le contenu pour pouvoir résumer le texte ou réutiliser des idées, des analyses dans d’autres textes.

2.1 Faire des hypothèses sur le contenu d’un article avant de le lire

L’article que nous allons travailler, « Peut-on rire de tout ?, est tiré de L’actualité, un mensuel québécois grand public qui traite d’affaires publiques et fait une large place aux questions de société et aux sujets culturels.

Le titre, « Peut-on rire de tout ? », résume parfaitement le thème de l’article. Faire une lecture active commence dès le titre : à quoi peut-on s’attendre ? à quelles conclusions pense-t-on que l’article arrivera ? Une façon de donner corps à la représentation a priori qu’on se fait du contenu texte est de reformuler le titre.

 

Exercice n°1 – Reformuler un titre pour faire des hypothèses sur le traitement du sujet

Reformulez le titre « Peut-on rire de tout ? » de quatre façons différentes, deux fois sous forme de groupe nominal (GN) et deux fois sous forme de phrase, interrogative ou non (P).

  • GN :
  • GN :
  • P :
  • P :

 

On comprend aisément que l’article répond à la question posée dans le titre. En transposant au niveau du texte la structure informative de la phrase (CE DONT ON PARLE + CE QU’ON EN DIT, ou, formulé autrement, THÈME + PROPOS ou encore, THÈME + RHÈME), on peut formuler le contenu de l’article sous forme binaire :

 

CE DONT ON PARLE (thème) CE QU’ON EN DIT (propos)
Quelles limites, s’il y en a, à l’humour ? Dénégation de limites ou, au contraire, affirmation de limites
  • Si dénégation : justification du refus de limites
  • Si affirmation : nature et raisons des limites (et sans doute des exemples)

Il n’est pas trop difficile de prévoir, sur la base de notre connaissance du monde et du magazine L’actualité que l’article affirmera l’existence de limites et s’appuiera sur des cas concrets d’humoristes québécois.

 

Exercice n° 2 – Faire des hypothèses sur le contenu d’un article

Faites quelques prédictions supplémentaires sur le contenu de l’article « Peut-on rire de tout ? ».

2.2 Réfléchir à ce qu’on sait sur le sujet traité dans un article avant de le lire

Souvent, l’étape de prélecture se fait inconsciemment… et parfois trop rapidement. Or, prendre le temps de s’arrêter un peu sur le sujet, de faire le tour dans sa tête de ce qu’on sait déjà avant d’entamer la lecture accroît la compréhension. Quand on commencera à lire, on relèvera plus vite ce qu’on sait déjà, on jugera mieux les idées, on fera plus facilement des liens entre ce qui est écrit dans l’article et ce qu’on sait et pense soi-même.

Exercice n° 3 – Faire une réflexion de prélecture

Répondez aux questions suivantes.

  1. Que savez-vous sur les humoristes québécois ?
  2. Comment envisagez-vous, vous-même l’humour ? Y a-t-il des sujets tabous pour vous ? Y a-t-il des humoristes qui devraient être censurés ? Etc.

3. Résumer une analyse : une question de cadrage

Résumer un article d’analyse requiert qu’on cerne bien le cadre de l’analyse :

Exercice n° 4 – Comprendre le cadre de production d’un article, les références culturelles, les allusions, les concepts

Lisez l’article « Peut-on rire de tout ? » de Catherine Dubé (L’actualité, vol. 40, no 3, 2015), que vous trouverez ici : http://lactualite.com/societe/2015/02/13/peut-on-rire-de-tout/, puis lisez les questions suivantes et répondez à celles qui, selon vous, vous aideront à mieux pénétrer le sens du texte.

Toutes les références culturelles n’ont pas besoin d’être élucidées pour comprendre l’analyse et la résumer, mais on a certainement besoin d’en comprendre une partie, sinon on risque de déformer le sens, de passer à côté d’une partie de l’analyse.

Le but de cet exercice n’est pas de vous faire nécessairement trouver la réponse à toutes les questions, mais de vous faire voir dans quelle mesure vous êtes capable d’identifier les références et allusions culturelles, d’en comprendre certaines sans faire de recherche et d’élucider celles que vous sentez avoir besoin de bien comprendre pour suivre les raisonnements.

Téléchargez l’exercice en format MS Word ici

 

4. Résumer une analyse : le résumé en une seule phrase

Avant d’entamer la rédaction d’un résumé, il est essentiel d’avoir dégagé l’idée dominante de l’article, ce que les anglophones appellent la « thèse », c’est-à-dire le point de vue, la conception globale qui se dégage du texte. Ce travail vous permet ensuite de rattacher chaque élément de la réflexion à ce fil directeur.

Pour que l’opération soit vraiment synthétique, il est bon de formuler la thèse en une seule phrase. Ce « résumé extrême » aide par la suite à situer chaque point développé, son poids, son rôle argumentatif et les rapports avec le reste de la réflexion.

Exercice n° 5 – Formuler l’idée centrale en une seule phrase

Formulez en une seule phrase ce que Louise Richer, la directrice de l’École nationale de l’humour du Québec, dit sur l’humour (ou plus précisément sur son évolution au Québec).

 

5. Résumer une analyse : la compréhension lexicale

Dans tout texte, il y a des mots, des expressions dont la compréhension fine est essentielle pour bien comprendre. Or, il arrive souvent qu’on ne relève même pas ces mots et ces expressions qui sont vitales pour appréhender le sens du texte.

Comprendre à quoi réfère un mot, un terme dans un texte signifie davantage que reconnaître le mot. Cela implique de comprendre exactement dans quel sens il est employé. Si les termes (unités lexicales d’un domaine particulier) sont généralement monosémiques, ce n’est pas le cas des mots de la langue courante.

Exercice n° 6 – Décoder les mots et expressions centraux pour bien comprendre

Donnez une brève définition ou un synonyme des 11 mots et expressions en gras dans les phrases de l’exercice. Aidez-vous au besoin d’Antidote, du Petit Robert, de Word Reference, du Wikitionnaire ou d’une autre ressource, mais ne vous limitez pas à une ressource strictement bilingue qui vous donne seulement un équivalent en anglais.

Il n’est à peu près jamais nécessaire (ni souhaitable) de chercher le sens de tous les mots d’un texte qu’on ne connaît pas ou qu’on connaît mal. N’hésitez pas à ajouter d’autres mots et expressions.

Téléchargez l’exercice en format MS Word ici.

 

Exercice n° 7 – Décoder par le contexte

Sans doute avez-vous pu décoder certains des mots et expressions de l’exercice précédent par le contexte, même si vous ne les connaissiez pas. Ce devrait être encore plus le cas pour les mots et expressions de cet exercice

Expliquez brièvement les mots et expressions en gras par une paraphrase ou un synonyme (ou un équivalent en anglais si vous préférez).

Téléchargez l’exercice en format MS Word ici.

 

6. Résumer une analyse : le décorticage paragraphe par paragraphe et l’élaboration d’un plan

Comprendre un texte demande de comprendre son ancrage sociotemporel et culturel (dont les références et allusions), sa visée, le vocabulaire qui porte le sens… En même temps que ce décodage se fait le décorticage idéationnel et structurel.

Contrairement à ce qui se passe dans les articles de nouvelles, dont la paragraphaison est le plus souvent « extrême » (un paragraphe = une phrase ou deux, rarement plus de trois), l’article d’analyse demande des développements autour de chaque idée.

Comme vous l’avez vu, l’article « Peut-on rire de tout » est en réalité une interview de la directrice de l’École nationale de l’humour du Québec. L’interview a ensuite été abondamment édité pour avoir une forme écrite. Les questions structurent l’article en sous-thèmes et guident la lecture à une premier niveau. Au lecteur de pousser plus loin la représentation schématique

 

Exercice n° 8 – Analyser en détail

 

Recopiez dans le tableau du document que vous trouverez ici en format MS Word les parties de l’article qui correspondent à l’analyse proposée dans la colonne de droite. Améliorez, précisez l’analyse fournie dans la colonne de droite pour qu’elle vous aide ensuite à produire un résumé qui fasse justice à ce que dit Louise Richer de l’humour au Québec.

 

7. Résumer une analyse : du décorticage du texte au plan du résumé

Dans l’exercice 8 de la section précédente, chaque section a été analysée, synthétisée. À partir de ce travail, on peut élaborer un plan de résumé, qui sera fonction de la longueur du texte à produire : plus le résumé sera court, plus il faudra abstraire et moins on retiendra d’exemples.

Nous lisons l’article « Peut-on rire de tout ? » à une date ultérieure, dans un lieu probablement autre que le Québec, avec notre connaissance du monde, tel que le monde est actuellement. Notre ancrage détermine notre lecture, l’oriente. Notre compréhension et notre interprétation de l’article ne sont pas exactement les mêmes de ce qu’elles auraient été en 2015. Pour objectif qu’il soit, notre résumé sera conditionné par notre représentation du monde tel qu’il est actuellement (sinon, autant laisser un robot faire l’extraction).

 

Exercice 9 – Faire des plans de résumé

L’article « Peut-on rire de tout » fait juste un peu au-dessus de 1000 mots (1040 au compte de MS Word).

Concevez un plan pour un résumé de 250 mots (soit environ le quart) et pour un résumé de 125 mots (environ le huitième).

 

8. Les reformulations lexicales : synonymie, hyperonymie et hyponymie

Le travail de résumé repose largement sur la reformulation. On ne peut que rarement faire du collage; pour joindre les idées dans un nouveau texte plus court, on a besoin de trouver de bonnes reprises, de recréer des liens pertinents et même parfois d’ajouter des explicitations (par exemple, au Québec), puisque le résumé n’a pas nécessairement le même cadre de production et de lecture que l’article, et aussi parce qu’en retranchant les détails qui soutiennent les idées, on perd certains liens.

Les deux exercices qui suivent vous amènent à penser la reformulation du point de vue lexical.

Comme vous le savez, il n’existe pas de synonymes totaux; il y a toujours une différence entre deux synonymes, qu’elle soit de registre ou d’affectivité (livre/bouquin; bicyclette/vélo), d’intensité (aimer/adorer), de point de vue ou d’appréciation (foule /cohue), de contexte d’emploi (affronter qqch / braver la tempête), etc.

Le champ des synonymes se distingue aussi dans l’échelle de l’hyperonymie (sens plus général) et de l’hyponymie (sens plus spécifique). Cette dimension de la synonymie est constitutive de la structuration d’un champ de connaissance, d’activité.

Exercice n° 10 – Explorer les synonymes

Trouvez dans l’article et dans le dictionnaire des synonymes d’Antidote des synonymes des mots humour, humoriste et blague en les caractérisant dans leur valeur spécifique ou dans l’échelle l’hyperonymie/hyponymie.

Intensif Int.
soutenu Sout.
– soutenu ( familier) – Sout.
Péjoratif Péj.
Mélioratif Mél.
Hyperonyme Hyper
Hyponyme Hypo
  • humour :

 

  • humoriste (en tant qu’artiste) :

 

  • blague :

Exercice 11 – Travailler les périphrases

Relever les périphrases analytiques et évaluatrices utilisées dans l’article pour parler de l’humour, des humoristes et des blagues, qu’elles contiennent ou non le terme clé.

 

  • humour :

 

  • humoriste (en tant qu’artiste) :

 

  • blague :

 

 

9. Les reformulations syntaxiques et discursives : utilisation de l’apposition, suppression de présentatifs et de mises en relief, dépersonnalisation

Parmi les structures qui permettent le mieux d’« économiser » des mots, mentionnons les suivantes :

 

Utilisation de l’apposition

 

L’humour bitch est moins toléré par le public. Je ne pense pas qu’une émission comme Piment fort pourrait exister aujourd’hui. Ce type d’humour, bête et méchant, qui fait d’une personnalité une tête de Turc, ça ne passe plus.

Reformulation :
Bête et méchant, l’humour bitch ne passe plus.

 

Suppression de présentatifs et de mises en relief

Il y a des sujets qui divisent. / Il y a des sujets qui sont tabous.

Reformulation :
Certains sujets divisent. / Certains sujets sont tabous.

 

Ce sont presque les avocats qui décident de ce qui peut être présenté ou non.

Reformulation :
Les avocats contrôlent le contenu des émissions.

 

C’est fondamental pour les jeunes issus des communautés culturelles d’avoir des modèles.

Reformulation :
Avoir des modèles est fondamental/vital pour les jeunes des nouvelles communautés.

 

 

Dépersonnalisation

On a eu nombre de discussions sur la charte des valeurs.

Reformation :
La charte des valeurs a suscité bien des discussions.

 

10. Application : écrire le résumé d’un article d’analyse

Dans les exercices de résumé scolaires traditionnels, on aime bien demander de produire un « résumé au quart de mots ». Vous comprendrez que cette contrainte n’est pas d’ordre théorique : qu’on raccourcisse un texte à la moitié, au quart, au huitième du texte ou en une phrase relève d’une démarche de résumé

Le résumé au quart est cependant intéressant à travailler pour les textes d’idées (ce que sont des articles d’analyse) de quelques pages parce qu’il permet de rendre le raisonnement dans toutes ses étapes ou composantes. Nous emprunterons donc ce modèle ici.

 

Application

Rédigez un résumé de l’article « Peut-on rire de tout ? » qui représente environ le quart de la longueur. L’article comptant environ 1040 mots ( selon le compte de MS Word), votre résumé en fera autour de 250 (donnez-vous une fourchette de 225 à 275 mots)Pour rappel, le compte de MS Word se fait sur la base des espaces et donc « l’humoriste » = un seul mot pour MS Word, même si la séquence en compte réellement deux. Comme le compte de mots de l’article est celui de MS Word, le compte du résumé le sera aussi.. Suivez les conseils et consignes suivants.

N.B. : Votre professeure vous donnera peut-être des instructions différentes ou même un autre texte à résumer.

  • Faites les reformulations utiles, que ce soit pour raccourcir, pour abstraire ou parfois même pour expliciter. Ne changez pas les mots-clés et ne faites pas de reformulations gratuites, juste pour changer.
  • Pensez à éliminer les répétitions de verbes et de propositions qui attribuent le discours à tel ou tel locuteur.
  • Ajoutez, si nécessaire des marqueurs logiques pour clarifier les relations entre les idées.
  • Donnez à votre résumé un titre pleinement informatif qui soit différent de celui de l’article.
  • Soignez la typographie.
  • Indiquez le nombre de mots à la fin.

 

Chapitre 6 - Écrire des synthèses

6

Objectifs d’apprentissage

  • Caractériser différents types de synthèse
  • S’exercer à compiler de l’information à partir d’un petit corpus de textes dans une démarche d’addition
  • Écrire des synthèses explicatives et des synthèses biographiques
  • Vérifier la cohérence temporelle dans une synthèse écrite à partir de plusieurs sources (en particulier quand il s’agit d’une biographie)
  • Utiliser efficacement les compléments circonstanciels en tête de phrase ainsi que les compléments appositifs devant le noyau du sujet pour créer une progression thématique riche
  • S’exercer à faire du relevé lexical et phraséologique
  • Revoir l’utilisation des pronoms relatifs composés

1. Introduction

On trouve dans l’écriture de synthèses la même diversité de démarches et de finalités que dans l’écriture de résumés. De quels genres de textes part-on : articles de presse, rapports, articles savants, etc. ? Quel traitement est donné au sujet dans les textes : explication, argumentation, description ? Les différents textes qu’on utilise vont-ils tous dans le même sens, auquel cas la synthèse sera une espèce de compilation additive ou présentent-ils des analyses, des points de vue opposés, auquel cas la synthèse visera plutôt à mettre en lumière les différences de points de vue ? Et quelle est la visée de la synthèse au-delà de l’exercice de rédaction ? Comme dans les chapitres précédents sur le résumé, nous chercherons à donner une réalité discursive aux synthèses produites par des mises en situation.

 

2. La synthèse : quelques notions théoriques

2.1 Mises au point terminologiques : synthèse, synthétique, synthétiser

On oublie parfois de s’appuyer sur la racine et les affixes (préfixes et suffixes) d’un mot pour en analyser le sens. Dans le mot synthèse (et ses dérivés), on trouve l’élément grec syn-, qui signifie « avec », « ensemble » (pensez à symphonie, synergie, syntaxe, syntagme…) et thesis, également du grec, et renvoie à ce qui est posé, affirmé dans le discours.

Si vous lisez maintenant l’article synthèse dans le Petit RobertÉdition 2018. (PR), vous verrez que celui-ci propose un découpage des sens plus complexe que ce à quoi on pourrait s’attendre. La première grande division oppose l’action à son produit :

I. Opération qui procède du simple au composé, de l’élément au tout.

II. Ensemble constitué par les éléments réunis ; résultat d’une synthèse (I).

On retrouve ici la même opposition qu’entre résumer (opération) et résumé (produit de l’opération de résumer). Il est important de bien percevoir cette dualité : on synthétise constamment de l’information, mais un texte résultant de cette opération mentale n’est pas toujours ce qu’on appelle une synthèse.

Revenons à la synthèse comme opération (regroupement I dans le PR) : le PR divise l’opération entre la démarche générale et son application à des objets spécifiques :

A. Activité de l’esprit sur des objets de pensée.

B. Fusion, réunion d’éléments concrets ou abstraits en un tout.

Du point de vue de l’opération mentale, c’est ce travail de fusion, de réunion d’éléments en un tout qui nous intéresse dans ce chapitre : pour fusionner, pour réunir, il faut déterminer quelles sont les relations entre les morceaux d’information qu’on cherche à réunir. C’est cette analyse qui guidera le travail concret de production d’un texte de synthèse.

L’adjectif synthétique, pour sa part, renvoie et à l’opération (ex. : un esprit synthétique est un esprit qui sait construire une vision globale à partir des morceaux) et au produit (ex. : un exposé synthétique dégage l’essentiel en mettant en lumière les relations entre les éléments).

Le verbe synthétiser, quant à lui, désigne l’action soit comme opération mentale, soit comme opération concrète portant sur un ensemble de textes. Lorsqu’il désigne l’opération mentale, il concerne aussi bien le résumé que la synthèse.

 

2.2. La démarche synthétique appliquée au résumé et à la synthèse

Souvenons-nous que la démarche mentale pour produire un résumé est double :

Synthétiser à partir de plusieurs sources, plusieurs documents, c’est également construire un nouvel ensemble d’informations selon une démarche alliant analyse et synthèse :

L’organisation de l’information consiste à créer un plan additif ou oppositif, selon les quatre opérations suivantes : sélection, regroupement, hiérarchisation et ordonnancement.

 

À retenir, à appliquer :
Pour effectuer la synthèse de plusieurs textes, il est primordial de déterminer quelles relations s’établissent entre les informations fournies dans les différents textes : y a-t-il simplement accumulation (addition) de données ou y a-t-il des points de vue différents qui s’opposent ? Entre des textes strictement informatifs, le rapport sera davantage de l’ordre de l’addition ; entre des textes analytiques, on aura plus facilement des points de vue divergents.

 

3. La synthèse comme texte

3.1 Le texte de synthèse : une question de contexte

Tout comme on peut distinguer différents types de résumé (résumé-contraction scolaire, résumé analytique, compte rendu…), on peut distinguer différents types de textes de synthèse.

La synthèse comme exercice scolaire varie selon les disciplines et les niveaux scolaires. Dans un programme de commerce, de comptabilité, d’administration, par exemple, on s’exercera à produire des bilans en tous genres. Dans les domaines technique et scientifique, on s’exercera à la rédaction de rapports d’expérimentation, de faisabilité et de recherche. Enfin, toutes les recherches scientifiques impliquent la rédaction d’études; la thèse de maîtrise ou de doctorat comporte une démarche synthétique : synthèse des recherches/expériences préalables (état de la question, revue de la littérature) et synthèse de sa propre recherche, sa propre expérimentation et réflexion. Dans le cadre d’un cours de rédaction générale, on fabrique des exercices de synthèse ne reposant pas sur un corpus de données trop riche ou trop spécialisé, mais permettant un travail de synthèse sur les plans cognitif (de cognition, c’est-à-dire la pensée) et linguistique.

La synthèse comme document professionnel ou scientifique couvre les rapports, études, bilans et fiches de synthèse en tous genres, notamment les notes de breffage. La fiche de synthèse est d’ailleurs un genre fondamental dans les études comme au travail : des notes de cours, de stage ou de lecture, par exemple, sont plus utiles sous forme synthétique que chronologique.

 

3.2 La synthèse selon la visée et le destinataire

Une synthèse n’est pas écrite de la même façon selon qu’on la fait pour soi ou pour d’autres lecteurs, selon qu’on l’écrit comme trace d’un ensemble de connaissances, comme outil didactique ou comme outil de travail à part entière.

Prenons l’exemple des textes encyclopédiques, qui sont tous, par définition, synthétiques. Ils varieront du tout au tout selon qu’ils s’adressent à des spécialistes ou au grand public, à des personnes savantes ou à des personnes peu éduquées, à des adultes ou à des enfants.

L’écriture d’une synthèse, quelle qu’elle soit, demande donc en premier lieu qu’on précise la situation de communication : à quel titre écrit-on, dans quel but et pour qui ?

 

4. Mandat et cadre de production

Depuis les premiers chapitres, nous avons visé à inscrire les tâches de rédaction dans des situations de communication possibles au-delà de l’exercice strictement scolaire. Orienter l’écriture vers une finalité réelle (même fictive) permet de faire des choix discursifs, stylistiques, structurels ancrés dans une représentation concrète de destinataires fictifs qui ne sont pas uniquement votre professeure.

Dans les applications qui suivent, nous nous servirons des termes mandat d’écriture et cadre de production pour définir les situations de communication. Un mandat, c’est ce qu’une cliente, une patronne vous confie comme travail. L’utilité du terme pour la rédaction, c’est qu’il aide les deux parties (dans notre cas, le professeur et l’étudiant) à vérifier que tous les paramètres de l’écriture sont bien définis. Dans un mandat d’écriture professionnel, on précisera entre autres le tarif, l’échéance, les pénalités de retard. Dans un travail scolaire, on précisera les critères d’évaluation, le barème de correction, etc. Certains paramètres s’appliquent autant à un texte scolaire que professionnel : longueur et date de remise, notamment.

Le mandat, c’est donc plus que le sujet; c’est toutes les « obligations contractuelles » que le texte doit remplir. Or, tant dans le monde professionnel qu’à l’université, les mandats ne sont pas toujours clairs : quelle est la longueur, qu’est-ce qui le plus important, quelle liberté a-t-on… ? Aborder la tâche comme un mandat permet de valider que toutes les instructions nécessaires sont fournies, que tous les paramètres sont définis. Trop souvent, des rédacteurs et des étudiants se font dire, une fois leur travail remis, que le texte ne correspond pas à ce qui était demandé. Mais les attentes étaient-elles clairement formulées ? C’est à la rédactrice, à l’étudiante de s’assurer qu’elle a en main des instructions complètes et claires.

Pour qu’un mandat d’écriture soit complet, il faut que le cadre de production soit clair. À quel titre la personne qui écrit le texte l’écrit-elle ? Comme expert, comme personne en position d’autorité, comme témoin ? Comment le texte va-t-il être utilisé, à quoi au juste servira-il ? Définir le cadre de production, c’est définir ces paramètres, qu’on ne peut pas toujours inférer à partir des indications générales.

 

5. Applications

Les sujets de rédaction qui vous sont proposés ci-dessous appellent tous trois une démarche de synthèse d’ordre additif. Il ne s’agit pas de confronter des descriptions, des analyses divergentes, mais de rassembler des informations venant de différentes sources au sein d’un nouveau texte.

Votre professeur vous donnera peut-être ensuite un sujet demandant une démarche comparative ou oppositive plutôt que simplement additive.

5.1 Application n° 1 : synthèse sur le haïku

Rédaction balisée

MANDAT D’ÉCRITURE

Écrivez un texte de synthèse de 350 à 400 mots sur le haïku pour un manuel de français de 10e année. Présentez votre texte dans un encadré. Découpez-le en trois ou quatre sections, qui auront chacune leur sous-titre. Donnez un titre accrocheur à votre synthèse.

Étapes à suivre

  1. Trouvez sur Internet trois documents intéressants sur le haïku. Assurez-vous que vos documents no 2 et no 3 ajoutent quelque chose par rapport au premier. Vous pouvez bien sûr inclure la page de Wikipédia dans vos trois sources.
  2. Écrivez correctement, selon le modèle APA(6e édition), les références de vos trois sources. Aidez-vous du guide de la bibliothèque de l’Université de Montréal, « Citer selon les normes de l’APA », en particulier la section 8. Pages Web / Documents sur Internet, de la page « En bibliographie (Modèles) »Il n’existe pas de version française officielle du modèle APA (voir la section « À propos de la traduction française » à la page « À propos » du guide de l’Université de Montréal. L’adaptation proposée par les bibliothécaires de l’Université de Montréal de la 6e édition de l’APA a le mérite d’être exhaustive et claire. Cependant, votre professeure vous imposera peut-être un modèle un peu différent, voire un tout autre style..
    Sous votre référence, en retrait et en caractères plus petits pour distinguer de la référence même, écrivez une annotation sur l’intérêt de cette source pour faire votre synthèse.

Exemple :

 

  1. Recopiez vos trois textes dans un document MS Word. Annotez-les pour sélectionner de l’information en vue du mandat de rédaction donné ci-dessus.
  1. Écrivez le plan de votre texte selon le modèle suivant :

Titre provisoire : [ ]

Intro provisoire : [situer le haïku au sein de la poésie et donner une définition

Sous-titre 1 : [ ]

Sous-titre 2 : [ ]

Sous-titre 3 : [ ]

  1. Écrivez votre synthèse en ayant bien à l’esprit votre visée : présenter le haïku à des élèves de 10e année afin de leur faire apprécier cette forme de poésie. N’oubliez pas que certains d’entre eux auront déjà découvert le haïku plus tôt dans leur cursus scolaire. Vous pouvez vous appuyer sur cette connaissance préalable supposée.
  1. Relisez votre synthèse avec comme objectif d’apporter des modifications qui l’amélioreront. N’hésitez pas à échanger votre copie avec un ou une collègue de classe pour avoir un regard critique. Remettez les étapes 2-5 à votre professeure (ou suivez ses directives si elles sont autres).

Quelques références qui pourront vous être utiles

  • Le haïku (s. d.). Dans Cours autodidactiques de français écrit. Université de Montréal. Repéré à http://www.cafe.umontreal.ca/genres/n-haiku.html
    • Voir en particulier la section 3. Définition et fonction dans la société et la section 4. Origines et postérité.

 

5.2 Application n° 2 : synthèse sur le patrimoine culturel immatériel

Réflexion pré-écriture
Savez-vous ce qu’est le patrimoine culturel immatériel ? Donnez-en une définition écrite à partir de ce que vous en connaissez ou, à défaut, en faisant une paraphrase définitoire du terme.

Rédaction

MANDAT D’ÉCRITURE

À partir des deux textes reproduits ci-après et d’au moins une autre source (vous pouvez utiliser les trois références qui suivent les deux textes reproduits), construisez un texte original de 250 à 300 mots qui présente BIEN ce qu’est le patrimoine culturel immatériel et ses enjeux.

Précisions sur le cadre de production
Vous vous adressez à des gens instruits, au Canada. Donnez un ancrage canadien (au moins minimal) à votre texte. Votre texte aura une visée encyclopédique : il vise à faire connaître le concept, l’intérêt du patrimoine immatériel et les enjeux qui s’y rattachent.

Consignes et conseils

Réfléchissez bien à votre plan de synthèse AVANT de rédiger. Comme vous ne présenterez pas l’ensemble de l’information proposée dans les documents, il vous faudra construire une nouvelle démarche explicative en réorganisant l’information. Utilisez de l’information venant d’au moins trois textes.

Produisez un plan écrit de votre texte. Intégrez-le dans le travail que vous remettrez (le cas échéant). Confrontez votre plan à votre texte quand vous aurez fini celui-ci; faites les changements appropriés soit dans le plan, soit dans le texte.

Donnez les références bibliographiques pour tous les textes que vous utiliserez (ceux proposés ci-après et tout autre texte dont vous vous serez servi).

Limitez les citations directes. Préférez la paraphrase, sauf, par exemple, pour une définition venant d’une autorité (l’Unesco, par exemple) ou pour un commentaire fort venant d’un intervenant important.
Certains éléments explicatifs généraux, qui peuvent se répéter dans plusieurs textes, n’ont pas besoin d’être attribués à une source particulière : vous n’êtes pas en train d’écrire un travail de recherche ou d’analyse pour un cours de sociologie ou autre, mais un texte d’information générale, lequel, avec les adaptations pertinentes, pourrait trouver sa place dans une encyclopédie, un manuel scolaire, un magazine. Ce genre de texte ne donne pas systématiquement de références sur la sources des idées (qu’il soit bien clair que l’absence d’attribution des idées aux différentes sources ne s’applique pas à la rédaction de vos travaux de recherche et notes de lectures de façon générale).

 

Texte no 1

Qu’est-ce que le patrimoine culturel immatérielUNESCO (s.d). Qu’est-ce que le patrimoine culturel immatériel ? Repéré à http://www.unesco.org/culture/ich/index.php?lg=fr&pg=00002 (Autorisation de reproduction en instance d’obtention.) ?

Ce que l’on entend par « patrimoine culturel » a changé de manière considérable au cours des dernières décennies, en partie du fait des instruments élaborés par l’UNESCO. Le patrimoine culturel ne s’arrête pas aux monuments et aux collections d’objets. Il comprend également les traditions ou les expressions vivantes héritées de nos ancêtres et transmises à nos descendants, comme les traditions orales, les arts du spectacle, les pratiques sociales, rituels et événements festifs, les connaissances et pratiques concernant la nature et l’univers ou les connaissances et le savoir-faire nécessaires à l’artisanat traditionnel.

Bien que fragile, le patrimoine culturel immatériel est un facteur important du maintien de la diversité culturelle face à la mondialisation croissante. Avoir une idée du patrimoine culturel immatériel de différentes communautés est utile au dialogue interculturel et encourage le respect d’autres modes de vie.

L’importance du patrimoine culturel immatériel ne réside pas tant dans la manifestation culturelle elle-même que dans la richesse des connaissances et du savoir-faire qu’il transmet d’une génération à une autre. Cette transmission du savoir a une valeur sociale et économique pertinente pour les groupes minoritaires comme pour les groupes sociaux majoritaires à l’intérieur d’un État, et est tout aussi importante pour les pays en développement que pour les pays développés.

Le patrimoine culturel immatériel est :

  • Traditionnel, contemporain et vivant à la fois: le patrimoine culturel immatériel ne comprend pas seulement les traditions héritées du passé, mais aussi les pratiques rurales et urbaines contemporaines, propres à divers groupes culturels.
  • Inclusif : des expressions de notre patrimoine culturel immatériel peuvent être similaires à celles pratiquées par d’autres. Qu’elles viennent du village voisin, d’une ville à l’autre bout du monde ou qu’elles aient été adaptées par des peuples qui ont émigré et se sont installés dans une autre région, elles font toutes partie du patrimoine culturel immatériel en ce sens qu’elles ont été transmises de génération en génération, qu’elles ont évolué en réaction à leur environnement et qu’elles contribuent à nous procurer un sentiment d’identité et de continuité, établissant un lien entre notre passé et, à travers le présent, notre futur. Le patrimoine culturel immatériel ne soulève pas la question de la spécificité ou de la non-spécificité de certaines pratiques par rapport à une culture. Il contribue à la cohésion sociale, stimulant un sentiment d’identité et de responsabilité qui aide les individus à se sentir partie d’une ou plusieurs communautés et de la société au sens large.
  • Représentatif : le patrimoine culturel immatériel n’est pas seulement apprécié en tant que bien culturel, à titre comparatif, pour son caractère exclusif ou sa valeur exceptionnelle. Il se développe à partir de son enracinement dans les communautés et dépend de ceux dont la connaissance des traditions, des savoir-faire et des coutumes est transmise au reste de la communauté, de génération en génération, ou à d’autres communautés.
  • Fondé sur les communautés : le patrimoine culturel immatériel ne peut être patrimoine que lorsqu’il est reconnu comme tel par les communautés, groupes et individus qui le créent, l’entretiennent et le transmettent ; sans leur avis, personne ne peut décider à leur place si une expression ou pratique donnée fait partie de leur patrimoine.

Texte no 2

N.B. : Soyez bien conscient que le texte ci-dessous a été écrit dans un contexte québécois et que ce qui porte spécifiquement sur le Québec ne sera pas pertinent pour votre synthèse.

Enjeux du patrimoine immatérielTexte sans date et maintenant indisponible sur Internet qui avait été affiché sur le site du ministère de la Culture, des Communications et de la Condition féminine du Québec (maintenant ministère de la Culture, et des Communications).

La déclaration d’Istanbul (septembre 2002) et, un an plus tard la Convention pour la sauvegarde du patrimoine culturel immatériel (octobre 2003) sont venues confirmer la position de plusieurs pays membres de l’UNESCO quant à la reconnaissance formelle du patrimoine culturel immatériel comme vecteur de l’identité culturelle des peuples et assise à la diversité.

Contexte de mondialisation

Facteur vital de l’identité et de la diversité des peuples, le patrimoine immatériel représente, dans le contexte de la mondialisation, un atout de taille pour lutter contre la tendance à l’uniformisation et à la banalisation des cultures. En soi, la mondialisation n’a pas que des effets pervers, bien au contraire. Elle est aussi une formidable occasion pour les peuples de s’ouvrir au monde et d’accéder à des marchés autrefois inaccessibles. S’insérer dans la mondialisation, ce n’est pas perdre sa différence mais la cultiver.

Cette différence est fortement identitaire. Les cultures étant constituées de multiples identités individuelles et collectives, l’identité dont il est question ici n’est pas singulière mais plurielle. L’exemple du Québec est fort éloquent. La société québécoise, en effet, s’est formée au cours des siècles au contact des nombreuses communautés, autochtone, francophone, anglophone, italienne, grecque, asiatique et autres, qui ont habité, développé et modelé le pays.

Si pendant longtemps l’identité a été définie par rapport à soi, à partir de ses propres traditions, elle est de plus en plus considérée comme découlant aussi de l’Autre, c’est-à-dire d’emprunts faits à d’autres cultures. C’est ce que certains spécialistes appellent le « métissage des cultures ». La diversité culturelle est désormais perçue comme une source d’innovation, de créativité et de richesse économique.

Cette diversité se manifeste dans la vie sociale et économique des villes et des campagnes. Elle se découvre à travers des pratiques « portées » par des hommes et des femmes, des individus et des groupes, qui en sont les détenteurs et les agents de transmission. Dans ce contexte, le citoyen (ou le groupe) est considéré comme un praticien de la culture dans son milieu. C’est à travers lui, ou à travers le groupe, que ce développe le sentiment d’appartenance au milieu. L’enjeu n’est donc pas que culturel, il est aussi social, la culture de proximité étant un important facteur de cohésion sociale, d’ancrage au territoire.

Développement économique

Le patrimoine immatériel peut aussi servir de levier au développement économique. Il favorise la diversification des économies, donc l’autonomie des territoires. Au même titre que les richesses naturelles, les éléments constitutifs du patrimoine immatériel sont des ressources à développer et à exploiter.

Les ressources du patrimoine représentent un potentiel économique souvent ignoré. Comme pour les richesses naturelles, il importe cependant d’utiliser ces ressources judicieusement, dans une perspective de développement durable. Les savoirs et savoir-faire techniques, scientifiques et artistiques sont autant de potentialités qui peuvent être à la source de projets structurants tant sur le plan national que sur le plan local ou régional.

Le patrimoine culturel immatériel s’inscrit également dans les travaux des gouvernements portant sur la propriété intellectuelle (OMPI) et l’économie du savoir. Il suffit, par exemple, d’évoquer l’énorme potentiel économique que représentent les connaissances ancestrales des autochtones en matière de plantes et d’herbes et leur utilisation en pharmacopée moderne pour comprendre les enjeux qui sont en cause.

Patrimoine immatériel – Innovation et création

Facteur d’identité et de diversité, le patrimoine immatériel est depuis toujours source de créativité. En culture comme en nature, il n’y a pas de génération spontanée. Les pratiques culturelles traditionnelles ont toujours servi de terreau à la création. Qu’il en soit conscient ou pas, c’est le plus souvent son héritage historique et culturel que l’artiste, l’artisan des métiers d’art et d’artisanat, l’entrepreneur artisan de produits du terroir tire son inspiration, trouve son originalité et marque sa différence ou sa spécificité.

La possibilité de produire et de mettre en marché, ici et à l’étranger, des produits de qualité, novateurs, diversifiés, reflétant la spécificité du Québec dépend pour une grande part de la conservation et de la transmission de compétences acquises et développées au cours des générations et transmises dans la communauté d’origine.

 

Autres textes

 

5.3 Application n° 3 : synthèse biographique (Charles Azanavour) (rédaction balisée)

Comment écrit-on une biographie courte sur une personnalité ? La question est simple, la réponse l’est moins.

Prenons deux monstres sacrésMonstre sacré : vedette de la chanson, du cinéma, du théâtre qui a atteint le sommet de la gloire. internationaux de la chanson française, que vos grands-mères – et peut-être vous-mêmes – connaissez : Edith Piaf et Charles Aznavour.

Étape 1

Si vous connaissez l’une ou l’autre de ces stars de la chanson, écrivez une courte biographie sur l’une ou l’autre. Sinon, faites l’exercice sur un autre chanteur ou une autre chanteuse française que vous connaissez. Comparez ensuite ce que vous avez écrit avec quelques collègues de classe.

(Rappel : Utilisez Antidote pour trouver les termes nécessaires et des expressions utiles.)

Étape 2

Observons maintenant des biographies courtes tirées de dictionnaires encyclopédiques, de sites sur la chanson française, etc. Par exemple :

 

1. Examinons le premier paragraphe des deux notices suivantes, tirées de l’Encyclopédie Larousse en ligneNotices repérées le 13 juin 2018.. Selon le modèle canonique des notices biographiques d’une certaine étendue, le premier paragraphe présente une synthèse de ce qui est jugé le plus significatif :

Édith Giovanna Gassion, dite Édith Piaf

Chanteuse française (Paris 1915-Paris 1963).De son vivant, Édith Piaf s’est attiré tous les superlatifs, tant sa destinée, sa carrière et sa voix ont été exceptionnelles. Transcendant les générations, la force émotionnelle de ses chansons, servies par des textes qui magnifient la langue française, est demeurée intacte.

http://www.larousse.fr/encyclopedie/personnage/Édith_Giovanna_Gassion_dite_Édith_Piaf/138051

Varenagh Aznavourian, dit Charles Aznavour

Auteur-compositeur et chanteur français (Paris 1924).« J’ai la voix qui colle avec le genre de chansons que j’écris », reconnaît Charles Aznavour dans son autobiographie parue en 1970 (Aznavour par Aznavour, Fayard éditeur). Fils d’Arméniens ayant fui la Turquie, il a fait de cette voix parfois à la limite d’être brisée l’instrument d’un succès qui fut long à se dessiner, comme le rappelle l’une de ses chansons les plus emblématiques, Je m’voyais déjà (1960).

http://www.larousse.fr/encyclopedie/personnage/Varenagh_Aznavourian_dit_Charles_Aznavour/107001

 

Commentaires sur la structure de l’introduction des deux notices :

a) Domaine d’activité, lieu et date de naissance, et lieu et date de décès (le cas échéant) dans un chapeau.

b) Commentaire de synthèse sur la carrière de l’artiste, sur la portée de son œuvre :

– Édith Piaf: le fait que tout dans sa vie, sa carrière, son œuvre était hors du commun; l’intérêt de ses chansons.

 

 

 

 

 

 

 

– Charles Aznavour: sa voix très particulière (notamment par une citation); son origine (pertinente à cause de son engagement pour l’Arménie); amorce sur sa longue carrière.

2. Observons maintenant une mini-biographie de Charles Aznavour tirée d’un document pédagogique lié à la chanson Comme ils disent sur le site Ces chansons qui font l’histoire, du ministère de l’Éducation nationale de France :

Auteur, compositeur et interprète et comédien, Charles Aznavour est né à Paris en 1924, de parents immigrés arméniens. Il devient dans les années 1960, un artiste incontournable de la musique française malgré des débuts difficiles. Charles Aznavour est un chanteur qui se veut engagé. Dans Comme ils disent il défend et dénonce l’homophobie.

http://chansonsquifontlhistoire.crdp.ac-versailles.fr/chansonsquifontlhistoire/IMG/pdf/comme_ils_disent.pdfFoulon, P. (2014). Comme ils disent. Ces chansons qui font l’histoire. [Fiche pédagogique]. France : Ministère de l’Éducation nationale.

 

Commentaires sur la construction de cette courte biographie :

a) Domaines d’activités mis en relief en apposition devant le nom du chanteur (lequel est le noyau du sujet).

b) Date et lieu de naissance origine en prédicat de la 1re phrase, donc base chronologique (structure confirmée par l’enchaînement chronologique de la 2e phrase : Il devient dans les années 1960…).

c) Portée de sa gloire en prédicat dans la 2e phrase.

d) Deux phrases sur quatre en lien avec la chanson à laquelle la biographie est liée.

3. Observons aussi le début de la biographie du Dictionnaire des noms propres de lintern@ute et l’organisation construite par les sous-titres :

Charles Aznavour
Né à Paris (France) le 22/05/1924

Après des débuts difficiles, Charles Aznavour s’est imposé en haut de l’affiche pour ne plus jamais en redescendre. En France comme à l’étranger, il reste l’un des derniers totems de la chanson française.

http://www.linternaute.com/biographie/charles-aznavour/

 

Commentaires sur l’introduction :

a) Trame temporelle de la carrière développée sur les deux phrases : débuts /s’est imposé / reste.

b) Synthèse très expressive du succès de sa carrière : haut de l’affiche / pour ne jamais en redescendre / un des derniers totemsUsage un peu surprenant du mot totem. de la chanson française.

 

Organisation construite par les sous-titres dans la suite de la notice :

Les années d’apprentissage[…]

Les débuts difficiles d’une carrière solo

[…]

La reconnaissance internationale

[…]

Encore et toujours en haut de l’affiche

[…]

 

Commentaire sur les sous-titres

Structure qui met en lumière la progression de la carrière en écho avec la trame chronologique de l’introduction.

(Si vous ouvrez la notice, vous remarquerez aussi que les quatre sous-titres, sans être directement des balises chronologiques, permettent une structure totalement narrative dans les quatre sections. Notez aussi la mise en relief par du gras des informations les plus importantes.)

 

4. Pour finir, regardons la section de synthèse en tête de l’article de Wikipédia :

Charles Aznavour […], né Shahnourh Varinag Aznavourian […] le 22 mai 1924 à Paris, est un auteur-compositeur-interprète, acteur et écrivain français d’origine arménienne.

Au cours d’une carrière commencée en 1946, il a enregistré plus de mille deux cents chansons interprétées en plusieurs langues : en français, anglais, italien, espagnol, allemand, arménien (Yes kou rimet’n tchim kidi), napolitain (Napule amica mia), russe1. Il a écrit plus de huit cents chansons, que ce soit pour lui-même ou d’autres artistes2.

Il est l’un des chanteurs français les plus populaires, et le plus internationalement connu. Décrit comme « la divinité de la pop française » par le critique musical Stephen Holden, Charles Aznavour a été consacré « chanteur de variété le plus important du xxe siècle » par CNN et Time devant Bob Dylan, Frank Sinatra et même Elvis Presley. Selon sa maison de disques, il a vendu plus de 180 millions de disques dans le monde3.

Sans renier la culture française ni son appartenance à la France, il représente l’Arménie dans plusieurs instances diplomatiques internationales à partir de 1995, et obtient la nationalité arménienne en 2008. Il est nommé au poste d’ambassadeur d’Arménie en Suisse, son pays de résidence, et le représentant permanent de ce pays auprès de l’ONU.

https://fr.wikipedia.org/wiki/Charles_Aznavour

 

Commentaires sur l’organisation et la progression thématique :

a) Quatre paragraphes :

1) repères biographiques de base (naissance, etc.);
2) l’ampleur de sa carrière par le nombre de chansons;
3) la renommée;
4) l’engagement politique.

b) Début des phrases :

Dans 6 des 8 phrases que contient cette courte synthèse, le sujet ou le noyau du sujet est il (les 2 autres ont pour sujet Charles Aznavour).
Observez cependant par quoi la plupart des phrases commencent: soit des compléments circonstanciels devant le sujet ou encore des compléments appositifs qui font partie du sujet, mais sont antéposés devant le noyau. Ce sont ces éléments en tête qui forment le thème de chacune de ces phrases et construisent la progression thématique. Le pronom il ne constitue l’entièreté du sujet que dans 3 phrases sur 8. (L’enchaînement de deux sujets il entre la fin du 1er paragraphe et le début du 2e peut en fait être considéré comme une double maladresse : l’enchaînement même de ces deux il est un peu faible stylistiquement et surtout, le fait que le 2e il soit en tête de paragraphe et thématise tout le paragraphe est faible du point de vue de la structuration de l’information : le thème du paragraphe n’est-il que ce maigre il ?)

Étape 3

Rédaction d’une notice biographique synthétique

 

Voici deux mandats d’écriture. Avant de vous y attaquer, faites donc les deux exercices qui suivent cet encadré.

 

  1. Écrivez une notice biographique courte (150-175 mots) selon le cadre suivant :
  • Énonciateur : une ou un professeur de français du secondaire
  • Destinataires : des élèves (10e à 12e année) de français langue seconde en Ontario et au canada anglais en général
  • Support : un site (encore un !) sur la culture française pour les apprenants de français de votre institution (et de façon plus large pour quiconque est intéressé)
  • Aspects à inclure et proportions : l’engagement autant que la fabuleuse carrière
  • Longueur : de 140 à 160 mots selon le compte de MS Word (pour comparaison, les 4 paragraphes ci-dessus de l’article de Wikipédia font 206 mots selon le compte de MS WordPour compter le nombre de mots d’un passage : sélectionner le passage (sinon le compte se fait pour le texte entier) ? Menu Révision ? Statistiques (WordCount). Attention ! 150 mots, c’est court !

Conseils
a) Trouvez un moyen de rendre Charles Aznavour intéressant pour des jeunes de 14 à 17 ans.
b) Assurez-vous que le système temporel est cohérent dans votre synthèse. Si vous utilisez le présent narratif comme temps de base, faites bien attention à ne pas utiliser le passé composé dans la même valeur:
Charles Aznavour fait ses débuts comme chanteur à… Il * a aussi composé des chansons pour…
N.B. : Même dans un texte écrit au présent narratif, le verbe naître s’écrit généralement au passé composé (aspect résultatif) :
Charles Aznavour est né en… à… Il passe son enfance à… et commence à…

 

  1. Écrivez une notice biographique de 350 à 450 mots selon le cadre suivant :
  • Énonciateur : un rédacteur, une rédactrice culturelle
  • Destinataires : les francophiles canadiens anglais adultes
  • Support : une encyclopédie culturelle pour les francophiles canadiens
  • Aspects à inclure et proportions : les différentes composantes de sa carrière artistique (selon une trame chronologique ou non); des éléments d’analyse, de critique; son engagement social et politique
  • Longueur : de 350 à 450 mots selon le compte de MS  Word (pour comparaison, les 4 paragraphes ci-dessus de l’article de Wikipédia font 206 mots selon le compte de MS WordPour compter le nombre de mots d’un passage : sélectionner le passage (sinon le compte se fait pour le texte entier) ? Menu Révision ? Statistiques (WordCount).

Conseils
a) Vous pouvez mettre des sous-titres si vous désirez.
b) Ne noyez pas les lecteurs dans trop de dates et autres données chiffrées.
c) Lisez le conseil b) du sujet 1.

6. Exercices liés à l’application 5.3

 

Exercice n° 1
Désigner et caractériser un chanteur : termes, expressions et périphrases diverses

À partir des lectures que vous ferez pour rédiger votre synthèse (textes ci-dessus, article complet de Wikipédia et autres textes que vous choisirez vous-même), construisez un répertoire de termes, d’expressions et de périphrasesUne expression est plus ou moins lexicalisée (plus ou moins figée); une périphrase est une tournure qui explique, qui porte un commentaire. diverses pour désigner et caractériser Charles Aznavour. Organisez votre répertoire en tableau avec des sous-catégories en vous servant, si vous le désirez, du modèle de départ ci-dessous; comme il s’agit d’un exercice heuristique (c’est-à-dire de découverte), votre organisation peut être totalement différente : le but, c’est de de suivre une démarche active de recherche lexicale autrement que par un dictionnaire bilingue.

Ce répertoire vous aidera à ne pas avoir que des petits il tout nus en sujet et à formuler de façon précise vos prédicats.

La renommée et la carrière Les activités artistiques L’engagement social et politique
monstre sacré chanteur un chanteur qui se veut engagé
star auteur-compositeur dénoncer l’homophobie
vedette parolier
tout au long de sa carrière
une double carrière
l’une des rares vedettes françaises
au faîte de sa gloire

Vous trouverez une version MS Word de cet exercice ici

 

Exercice n° 2
Utiliser les pronoms relatifs composés

Les subordonnées relatives sont un moyen de base pour étoffer les groupes nominaux dans la phrase. Le petit exercice qui suit vous invite à revoir l’emploi des pronoms relatifs composés (lequel, auquel, duquel et leurs formes féminines et plurielles). On utilise aussi ces pronoms avec toutes les prépositions autres que à à et de : dans lequel, sur lequel, grâce auquel, en dépit duquel, etc.

Rappelez-vous de bien valider la fonction du pronom relatif dans la subordonnée relative pour choisir la bonne préposition :

Le concert auquel j’ai assisté hier soir était sublime. (On assiste À un concert).

L’agent grâce auquel elle a lancé sa carrière a été accusé de harcèlement sexuel.

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Chapitre 7 - L’écrit argumentatif : notions et terminologie de base

7

Objectifs d’apprentissage

  • Clarifier quelques notions essentielles pour l’analyse et la production de textes argumentatifs
  • Utiliser les termes français appropriés pour traiter de l’argumentation

1. Introduction : qu’est-ce que l’argumentation ?

On parle d’argumentation quand un texte, une discussion vise à convaincre quelqu’un d’adopter tel point de vue, telle représentation des choses ou encore d’agir de telle façon : la personne qui argumente peut chercher à convaincre son ou ses interlocuteurs de la vérité ou de la validité d’une analyse, du bien-fondé d’une opinion ou d’une vision idéologique ou morale; elle peut aussi viser à susciter une action particulière (par exemple voter pour tel ou tel parti politique).

L’argumentation cherche à susciter l’adhésion à une certaine position par rapport à une réalité, ce qui requiert donc que plusieurs positions soient possibles. Pour qu’il y ait argumentation, il faut qu’un débat soit possible.

Lorsqu’un texte vise à prouver scientifiquement une hypothèse, on ne parle pas d’argumentation, on parle plutôt de démonstrationDans le sens de « scientific proof ».. Il se peut que des recherches ultérieures invalident certains résultats : la compréhension de la réalité peut donc changer, mais il ne s’agit pas pour autant d’un débat; le changement résulte d’une progression des connaissances et non de l’adhésion à une position, à une opinion autre. Prenons le cas du réchauffement climatique. Affirmer que la température de la planète augmente n’est pas l’expression d’une opinion : le réchauffement global de la Terre a été observé, mesuré, analysé et il existe un consensus scientifique sur cette réalité. Affirmer que les activités humaines jouent un rôle dans le réchauffement ne relève pas non plus de l’opinion : la science ne peut déterminer dans quelle proportion les activités humaines sont responsables du réchauffement global de la planète, mais l’effet de plusieurs de ces activités a été mesuré et il n’est donc pas scientifiquement tenable de soutenir qu’elles ne jouent aucun rôle dans le réchauffement. Certes, on trouve de par le monde quelques scientifiques qui nient toute influence des activités humaines sur le réchauffement global, voire qui nient l’existence d’un réchauffement, mais ces deux réalités font consensus parmi la communauté scientifique et les grands organismes de recherche météorologique et climatologique du monde.

2. La famille lexicale du mot argument

Faisons le tour de la famille lexicale (= ensemble des mots partageant la même racine) du mot argument. On y trouvera quelques faux amis (false cognates) pour lesquels il faut savoir distinguer les différences de sens entre l’anglais et le français. À noter aussi que certains des mots de la famille s’emploient peu ou surtout dans la langue spécialisée. Le tableau qui suit ne donne pas tous les emplois ni tous les mots de la famille. Vous compléterez en consultant Antidote Toutes les références à Antidote faites dans cette fiche sont à Antidote 9; les références au Petit Robert (PR) sont faites à l’édition 2017. À noter qu’Antidote désigne ici les dictionnaires (Définitions, Synonymes, Cooccurrences, etc.) du logiciel Antidote 9 et que nous traitons par conséquent le mot comme un titre d’ouvrage et l’écrivons donc en italique comme pour le Petit Robert. et le Petit Robert.

Terme Définition Commentaires sur la valeur ou l’usage
Différences principales avec l’anglais
argument (n. m.) Raisonnement particulier (basé sur un fait, une explication, un exemple, une comparaison, etc.) visant à convaincre de la validité d’une proposition, d’une thèse. En anglais, le nom argument s’emploie de plusieurs façons, dont celles-ci en rapport avec l’argumentation :

1) pour désigner une dispute (sens dérivant naturellement du fait que l’argumentation nécessite des points de vue différents);

2) comme collectif singulier pour désigner un semble d’arguments visant à soutenir une même conclusion : She made a strong argument for a new bike path in downtown Toronto (en français, on emploie argumentation pour le collectif singulier);

3) pour désigner un argument, un raisonnement particulier.

(En littérature, argument désigne le résumé du thème. Voir Antidote ou le PR pour les autres emplois.)

argumenter (v.) Présenter des arguments. Angl. : to argue.

En anglais, to argue peut aussi signifier « se disputer », ce qui n’est pas le cas du verbe argumenter.

arguer (v.) Se servir de qqch comme argument, mais souvent plutôt comme prétexte : Elle argua d’un mal de tête pour échapper à la corvée de vaisselle. Verbe transitif indirect (ou direct avec une subordonnée complétive : Elle a argué qu’elle n’était pas au courant du travail à remettre. Verbe relativement peu employé en français.
argumentation (n. f.) Action d’argumenter.

Ensemble d’arguments appuyant une même conclusion.

Même sens en anglais.
argumentaire (n. m.) Ensemble des arguments utilisés pour soutenir une proposition, une thèse. Synonyme d’argumentation dans son 2e sens, mais contrairement à argumentation, argumentaire désigne souvent le document, le discours produit.
argumentateur/
argumentatrice
(n.)
Personne qui aime (trop) argumenter. Terme péjoratif. Quand il s’agit de qualifier les talents d’une personne à argumenter dans un débat public, on utilise de plus en plus le terme anglais debatter, francisé ou non en débatteur : Quels ont été les meilleurs débatteurs/debatters parmi les politiciens et politiciennes canadiens des dix dernières années ? Plus généralement, on parle des talents (ou non) d’orateur/oratrice : Elisabeth May est reconnue pour être une excellente oratrice. (La parole publique politique relève totalement du discours argumentatif.)
argumentatif /
argumentative
(adj.)
Qui se rapporte à l’argumentation. Cooccurrences dans Antidote (intéressantes parce qu’elles illustrent des dimensions fondamentales de l’argumentation) :

contre-argument, contre-argumentation, contre-argumenter, contre-argumentatif, contre-argumentaire L’argumentation n’étant possible que lorsqu’il y a débat possible, la dialectiqueLe nom dialectique a trois sens selon le PR (voir l’article dans le dictionnaire), qui ont en commun le fait que l’argumentation n’existe que dans sa relation à la position contraire. Dia- = séparation, distinction, à travers;
-lectique se rattache à la famille étymologique de lire (legere en latin), qui se rattache au mot grec logos, qui désigne la parole, le discours. La dialectique est ainsi la pensée, le discours qui oppose, soupèse des contraires.
entre le pour et le contre s’applique à tous les termes ou presque de la famille.
argutie (n. f.) Raisonnement compliqué dont la finalité n’est que de gagner. Toujours négatif. S’emploie généralement au pluriel et souvent dans l’expression se perdre en arguties.

 

Exercices sur la famille du mot argument

Vous trouverez les trois exercices ici en format MS Word.

Exercice no 1 Construction du verbe argumenter et synonymes

Selon Antidote (et aussi selon le Petit Robert), le verbe argumenter est intransitif (= verbe qui s’emploie sans complément d’objet) :

La rubique Cooccurrences d’Antidote donne cependant de nombreux exemples du verbe argumenter employé de façon transitive directe (= avec un complément d’objet direct) :

Si vous lisez les citations pour chacune de ces constructions transitives directes, vous verrez qu’elles relèvent toutes de domaines spécialisés (enseignement, critique, etc.). Dans la langue courante, on parlera plutôt de défendre son point de vue, soutenir sa position, sa thèse par les arguments x et y, s’appuyer sur x et y, etc. Vous noterez aussi que le complément n’est pas l’argument présenté pour soutenir qqch, mais la position, la thèse qui a besoin d’être soutenue.

Dans la rubrique Synonymes, Antidote distingue le sens neutre (présenter des arguments) des emplois dépréciatifs (ex. : Arrête donc d’argumenter sur tout !). Réemployez trois de ces mots ou expressions synonymes à valeur péjorative (=dépréciative) dans des phrases de votre cru (en choisissant ceux que vous pouvez le plus facilement réutiliser).

1.

2.

3.

 

 

Exercice no 2 – Argumenter (et le participe adjectif argumenté) / arguer

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Exercice no 3 –To argue, an argument / argumenter, un argument

Traduisez les phrases suivantes. N’hésitez pas à essayer plusieurs traductions.

  1. She argued that people performing the same functions should be paid at the same rate.

 

  1. They were always arguing, so in the end they decided it was better for them to get a divorce.

 

  1. I had an argument with my best friend last night.

 

  1. The Committee made a strong argument for a French-language university in Central and Southwestern Ontario.

 

  1. Pour être politicien ou politicienne, il faut savoir argumenter.
Cliquez ici pour voir le corrigé des exercices.

3. Quelques autres termes fondamentaux

Vous connaissez les termes suivants, vous les employez en anglais. Nous rappelons ici leur sens, puis nous vous invitions à faire un exercice sur les cooccurrences du nom « position ». Explorez aussi par vous-même les cooccurrents courants des autres termes du tableau.

 

Terme Définition Commentaires sur la valeur ou l’usage
opinion (n. f.) « Jugement, assertion que l’on émet sur un sujet et que l’on soutient. » (Antidote) Comme le permet d’inférerInférer : tirer une conséquence logique de qqch; déduire; conclure (conclure dans le sens de « déduire » et non de « finir »). la définition (même si elle ne le spécifie pas), l’opinion peut être spontanée (et n’être fondée sur rien ou rien qui n’est dit) ou peut être l’aboutissement d’une réflexion, d’un échange.

L’« opinion publique » est l’opinion dominante dans une société sur telle ou telle question.

position (n. f.) Ensemble d’idées, opinion que l’on soutient. La position est en quelque sorte plus active que l’opinion : à brûle-pourpoint, n’importe qui peut avoir une opinion sur n’importe quoi (la légalisation de la marijuana, la légalisation de l’aide médicale à mourir, l’intérêt du dernier film de la série Star Wars ou la qualité de la nourriture dans un restaurant à la mode); une position implique qu’on prend parti, qu’on prend position, qu’on fait plus que dire j’aime ou je n’aime pas. Même en l’absence d’action, la position suppose à tout le moins une réflexion, un raisonnement. L’opinion peut porter sur n’importe quoi; la position porte plutôt sur des questions liées à des décisions.
thèse (n. f.) « Proposition ou théorie particulière qu’on tient pour vraie et qu’on s’engage à défendre par des arguments. » (PR) Une thèse est en quelque sorte la conclusion d’un raisonnement, d’une hypothèse ou d’une série d’hypothèses.

(En anglais académique, on préconise un énoncé clair de la thèse (sous-thèse) défendue (ou proposition développée) dans chaque paragraphe. Le français académique varie davantage la structure des paragraphes comme nous le verrons plus loin.)

conclusion (n. f.) Aboutissement d’un raisonnement (par exemple, la conclusion d’un syllogisme) ou de toute une argumentation. La conclusion au sens argumentatif peut donc se trouver dans l’introduction d’un texte si la thèse est une opinion, un point de vue qu’on cherche à faire partager au lecteur.

 

Exercice no 4 :  les cooccurrences « verbe + position »

Vous trouverez l’exercice  ici en format MS Word.

  1. Faites un copier-coller ou une capture d’écran des 20 ou 30 premières (approx.) des 64 cooccurrences « verbe + position en complément direct » d’Antidote (position employé dans le sens d’« opinion », d’« idée »; les cooccurrences pour ce sens se trouve tout en bas de la liste).
  2. Choisissez cinq de ces cooccurrences que vous jugez courantes pour parler d’argumentation et employez-les dans des phrases simples (mais qui illustrent bien le sens) de votre cru.

1.

2.

3.

4.

5.

Cliquez ici pour voir le corrigé de l’exercice.

 

4. Argumentation et rhétorique

Les façons d’argumenter et donc de chercher à persuader varient selon les époques, selon les cultures, selon les milieux, selon l’éducation, les connaissances, la maturité, etc. Un mafioso convaincra son « client » qu’il a raison au moyen de son arme. Un esprit fin usera à l’occasion de l’ironie. Un enfant commencera par des argumentations très autocentrées avant de s’ouvrir aux besoins, aux raisons des autres.

La tradition argumentative occidentale est l’héritière de la rhétorique de la Grèce antique, en particulier d’Aristote. Dans la Grèce antique, l’argumentation était orale et pour convaincre, il fallait savoir parler avec éloquence. La rhétorique était donc l’art oratoire (art de parler), en particulier quand cet art était mis en œuvre pour persuader.

En français, le nom rhétorique pour parler de l’art du discours (surtout argumentatif) partage maintenant le terrain avec le terme argumentation, qui permet peut-être mieux de sortir du cadre d’analyse de la rhétorique ancienne, encore que ce sont aussi développées de nouvelles rhétoriques. En anglais, au contraire, le terme rhetoric est resté dominant, et les Rhetoric Studies s’intéressent aux moyens mis en œuvre pour argumenter, influencer, que ce soit directement ou indirectement, dans différents domaines, cadres ou sous l’influence de telle ou telle idéologie.

En 2009, la revue Sciences humaines (revue de vulgarisation en sciences humaines comme son titre l’indique) publiait un numéro sur « L’art de convaincre d’Aristote à Obama ». La bibliothèque de York vous permet d’accéder à l’intégralité de la revue. Nous vous invitons à consulter ce numéro pour enrichir vos connaissances.

 

Pour s’amuser : le célèbre dilemme inversé entre Tisias et son maître, le sophiste grec Corax

Un certain Tisias, ayant entendu dire que la rhétorique est l’art de persuader, s’en va trouver Corax pour se former dans cet art. Mais une fois qu’il n’eut plus rien à apprendre, il voulut frustrer son maître du salaire promis. Les juges s’étant rassemblés, Tisias eut recours, dit-on, devant eux à ce dilemme :

— Corax, qu’as-tu promis de m’apprendre ?

— L’art de persuader qui tu voudras.

— Soit, reprit Tisias : ou bien tu m’as appris cet art, et alors souffre que je te persuade de ne point toucher d’honoraires; ou bien tu ne me l’as pas appris, et dans ce cas je ne te dois rien, puis que tu n’as pas rempli ta promesse.

Mais Corax, à son tour, riposta, dit-on, par cet autre dilemme :

— Si tu réussis à me persuader de ne rien recevoir, il faudra me payer, puisque j’aurai tenu ainsi ma promesse. Si au contraire tu n’y arrives pas, dans ce cas encore tu devrais me payer, à plus forte raison !

En guise de verdict, les juges se contentèrent de dire :

— À méchant corbeau [= Corax], méchante couvée [= Tisias] !

Reboul, O. (1993). La rhétorique, Presses universitaires de France, coll. Que sais-je.

Chapitre 8 - Les fonctionnements argumentatifs : la polémique

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Objectifs d’apprentissage

  • Observer et analyser des textes polémiques
  • Définir la notion de polémique et certaines de ses caractéristiques argumentatives et linguistiques
  • Appliquer certains procédés courants de l’argumentation polémique dans un écrit personnel : formes linguistiques de la réfutation et de la concession; interrogation rhétorique, modalisations fortes et autres emphases expressives
  • Écrire des lettres polémiques

1. Introduction : les buts de l’argumentation

On argumente pour convaincre quelqu’un (ce quelqu’un pouvant être soi-même) de quelque chose. Plus précisément, selon le découpage de Céline Beaudet, dans Stratégies d’argumentation et impact social : le cas des textes utilitairesCéline Beaudet, Stratégies d’argumentation et impact social : le cas des textes utilitaires (Québec, Nota Bene, 2015), p. 16., on peut viser à :

Établir la « vérité » d’une proposition basée sur une réalité complexe. (Vérité doit se comprendre comme signifiant « en accord avec les faits, avec la réalité » et non de façon absolue.) Convaincre de la justesse ou du bien-fondé d’une opinion, d’une vision idéologique ou morale. Susciter une action.

Exemples :

Convaincre un auditoire que l’évaluation standardisée qui est pratiquée en 3e année en Ontario est inutile et devrait être éliminée. Convaincre un auditoire que le Canada devrait avoir une assurance médicaments universelle.  Convaincre un auditoire de ne plus texter au volant.

 

2. Trois fonctionnements argumentatifs de base

On distingue trois fonctionnements de base dans l’argumentation :

Défendre une thèse, une opinion : argumenter en faveur de sa position. Réfuter un point de vue adverse, contester une thèse : argumenter contre une position différente de la sienne. Délibérer : analyser des positions divergentes pour déterminer laquelle est la plus valable.

Ces trois fonctionnements se concrétisent dans des plans argumentatifs qui suivent souvent des modèles « canonisés ». Les canonsNorme, règle, comme dans le droit canon (ou canonique) des Églises chrétiennes (Église catholique romaine, Église anglicane, les différentes Églises orthodoxes et Églises catholiques d’Orient, etc.). changent au fil du temps et varient selon les cultures (ils diffèrent d’ailleurs entre les pratiques anglophones et francophones en Amérique du Nord) et les cadres de production. Ainsi, les travaux académiques que vous rédigez à l’université doivent généralement suivre des règles précises quant à leur construction. Ce ne sont pas là des règles absolues, mais des règles relatives, qui servent à guider les étudiants et à faciliter la lecture pour les professeurs.

Plans argumentatifs de base correspondant aux trois fonctionnements :

Appui à une thèse par accumulation d’arguments Réfutation/Dénigrement de la thèse adverse Dialectique mettant en relation deux positions, deux choix
Plan additif, parfois dit « plan américain », quand on le fige dans un moule très strict Plan réfutatif qui n’avance pas d’arguments « pour », mais vise à détruire les arguments « contre » Plan dialectique, souvent selon le modèle canonique « thèse, antithèse, synthèse »

Plan concessif : accord avec certains arguments adverses, mais cet accord partiel ne change pas la position

Tous les arguments vont dans le même sens pour appuyer une thèse. Tous les arguments vont dans le même sens, non pour appuyer une thèse, mais pour montrer qu’elle n’est pas valide. L’écrit polémique utilise abondamment l’argumentation réfutative. Le raisonnement dialectique soupèse des analyses contraires pour parvenir à une résolution. Le raisonnement concessif montre les limites, les lacunes de la thèse adverse.

Le plan du texte peut emprunter un seul des trois fonctionnements de base : le raisonnement (donc le texte) peut reposer entièrement sur une accumulation d’arguments en faveur de sa position, sur la « démolition » des arguments adverses ou sur une délibération. Mais souvent, et surtout dans des textes assez longs, on utilisera une macrostructure argumentative dominante (par exemple, défendre, justifier sa position), mais, sur des aspects particuliers, on cherchera à considérer le point de vue adverse (délibérer) ou à montrer ses carences (réfuter).

 

3. L’opinion et la polémique

Parfois, tout le monde ou presque est d’accord sur une question de société; parfois les opinions sont très polariséesTotalement opposées, comme les deux pôles.. Ainsi, on s’entend pour dire que le harcèlement sexuel est inacceptable : c’est une vision du monde partagée dans la plupart des cultures du XXIe siècle. Par contre, tout le monde n’est pas d’accord en ce qui concerne la légalisation de l’aide médicale à mourir, permise au Canada depuis l’amendement du Code criminel en juin 2016 : cette question demeure controversée, elle continue de faire polémiqueDébat vif et même parfois agressif..

Les sujets polémiques sont intéressants du point de vue rédactionnel parce qu’ils permettent le recours à tout l’arsenalAu sens propre : grande quantité d’armes; au sens figuré, grand nombre de moyens d’action. (Arsenal désigne aussi le bâtiment où sont entreposées les armes.) rhétorique de l’opposition, du dénigrement, de l’indignation, de la ridiculisation lorsqu’ils sont liés à une prise de position personnelle (plutôt qu’à une prise de position d’expert) ou s’intègrent dans une joute oratoire (pensez aux débats de politiciens, qui n’hésitent pas à dénigrer et ridiculiser le point de vue de leur adversaire). Le but du match, c’est le K.O. verbal ! Les métaphores guerrières sont nombreuses pour décrire la polémique; le mot vient d’ailleurs du grec, polemikos, qui signifie « relatif à la guerre ».

Pour « damer le pion » à l’adversaire, il faut des arguments solides, mais aussi et tout autant une grande force expressive : le style doit être vigoureux. Il y a en fait un côté ludique à l’écriture polémique. C’est pourquoi nous commencerons notre parcours d’écriture argumentative par des textes polémiques, qui vous amèneront à utiliser une variété de ressorts stylistiques.

 

4. Exploration d’une ancienne polémique artistique : difficile à croire !

 

Tour Eiffel, 2010

De nos jours, la tour Eiffel est l’emblème touristique de Paris. Tout voyage d’école ou excursion touristique à Paris se doit d’inclure la tour Eiffel ! C’est le must, comme disent les Français, de toute visite de la Ville Lumière. On ne se demande pas si elle est belle, merveilleuse, si c’est un chef-d’œuvre de l’architecture… elle est, c’est tout.

Regard, objet, symbole, la tour est tout ce que l’homme met en elle, et ce tout est infini. Spectacle regardé et regardant, édifice inutile et irremplaçable, monde familier et symbole héroïque, témoin d’un siècle et monument toujours neuf, objet inimitable et sans cesse reproduit, elle est le signe pur, ouvert à tous les temps, à toutes les images et à tous les sens, la métaphore sans frein; à travers la tour, les hommes exercent cette grande fonction de l’imaginaire, qui leur est liberté, puisque aucune histoire, si sombre soit-elle, n’a jamais pu leur enlever.
Roland Barthes, La tour Eiffel, 1964
http://passerelles.bnf.fr/lire/eiffel_08.php

Mais au moment de sa construction pour l’Exposition universelle de Paris de 1889, il en était tout autrement. Ainsi, un collectif de 47 artistes publiait le 14 février 1887, dans le journal Le tempsQuotidien français qui a paru de 1861 à 1942. Archives du Temps sur le site Gallica de la Bibliothèque nationale de France : http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/cb34431794k/date., une lettre ouverte, Les artistes contre la tour Eiffel, à laquelle ont répondu, par lettres publiques, le commissaire de l’Exposition universelle, Jean-Charles Alphand, et le constructeur de la tour, l’ingénieur Gustave Eiffel.

La langue de cet échange publicOn trouve l’échange de lettres sur plusieurs sites, dont celui de la tour Eiffel, et le site Monuments du monde, qui présente une analyse des lettres (avec quelques fautes) : http://www.merveilles-du-monde.com/Tour-Eiffel/Reticences-des-artistes.php. . est certes bien ancrée, rhétoriquement, dans le XIXe siècle et peut nous sembler parfois vieillotte, mais elle porte. Regardons-en quelques aspects.

4.1 Les trois lettres

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Lettre n° 1 : Les artistes contre la tour Eiffel

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Goujon, Pilon, Puget, Rude, Barye

Ces célèbres sculpteurs et architectes, dont les œuvres ornent Paris, sont évoqués par les artistes, dans la première lettre, comme les garants du bon goût classique par opposition à ce que représente la tour Eiffel.
Pour en savoir plus sur ces artistes et leurs œuvres, veuillez consulteer le document en annexe  :
Sculpteurs de Paris

 

 

Lettre n° 2 : Réponse du commissaire de l’Exposition, Jean-Charles Alphand.

Messieurs Victorien Sardou, Alexandre Dumas, François Coppée et vous tous qui avez délivré ce message chargé d’un fort ressentiment et d’une grande crainte de ce monstre d’acier, //considérez-vous que cette géante métallique imposerait le déshonneur de Paris aux yeux du monde ?

Vous me parlez d’une « tour de Babel », mais// il ne s’agit point d’un quelconque monument destiné à grimper jusqu’au haut des cieux, mais d’une œuvre architecturale destinée à imposer Paris aux yeux de la France, si ce n’est aux yeux du monde.

//Vous me dites que la commerciale Amérique n’a pas désiré un tel ouvrage ? Et bien qu’il en soit ainsi, laissons// aux sots ce qu’ils méritent : un paysage désespérément vide de tout objet apportant un tant soit peu d’intérêt pour leur morne pays : laissons ce triste pays dans l’état où il se trouve, ce qui implique un manque d’originalité et de modernité flagrant.

//Cette tour sera certes « boulonnée » mais apprenez//, ô vous qui me lisez, que tout objet décrit comme solide contient du métal, ainsi apprenez que le bois brûle et se brise, et que la pierre s’effrite au fil des âges, nous construisons, Messieurs, le souvenir de cette époque livrée aux futures générations, lorsque vos maisons et vos immeubles seront détruits par la course irréductible du temps, se dressera alors ce fier symbole qui démontrera sa solidité, et ainsi celle de Paris, aux yeux de l’univers.

C’est également pour prouver la grandeur de la France que nous bâtissons cette tour « vertigineusement ridicule » car qui osera bafouer l’honneur de Paris, la ville possédant le bâtiment le plus grand jamais construit ? Oui, certes, j’aime Paris, j’aime ses foules, ses marchés, ses monuments. J’aime tout en Paris et je donnerais tout pour elle, j’ai certes embelli Paris mais cette œuvre monumentale, aux dimensions dantesques, sera le clou de cette exposition universelle, elle sera mon chef d’œuvre. //Vous décrivez mon amour de ce qui est beau, de ce qui est grand, de ce qui est juste ; mais// alors, pourquoi ces clameurs ? Pourquoi ces cris ? Cette fougue ? Cette œuvre est créée pour démontrer qu’il n’y a pas plus belle cité que Paris ; par sa taille, cette tour fera résonner Paris jusqu’en Orient, à travers les steppes glacées, les plaines brûlantes du désert, à travers vents et marées, le monde entier retiendra son souffle lors de la découverte de cette tour gigantesque ; tous seront ébahis par la prouesse de Paris.

Enfin, pour la plus grande gloire de Paris ; et donc de la France, ceux qui auront le courage d’oser grimper au sommet de cettetitanesque dame d’acier découvriront alors un paysage à nul autre pareil, ils pourront alors admirer notre somptueuse cité dans tout son éclat, la découvrant d’un point à un autre avec son éclatante beauté qui étonnera toujours les foules. Voilà pourquoi, //chers confrères de l’esthétisme//, je m’acharne à faire aboutir ce projet detitan qui a besoin des efforts de tous, mais surtout, de l’accord de tous. Notre geste ne peut être critiqué, mais doit être encouragé, notre projet doit être placé dans l’admiration de tous les bons français.

Nous construisons l’avenir.
Nous construisons la nouvelle cité de Paris.
Nous construisons la tour Eiffel.

Argument

On observera en tout premier lieu le dialogisme :

vous me parlez de / vous me dites que… mais

certes [concession]… mais

On notera aussi la reprise de la communauté d’esprit, de l’appartenance à un groupe (avec une pointe de raillerie) :

chers confrères de l’esthétisme.

Toute la lettre fait miroir à celle des artistes. On y trouve une énumération de toutes les contrées, toutes les régions qui admireront la tour :

cette tour fera résonner Paris jusqu’en Orient, à travers les steppes glacées, les plaines brûlantes du désert, à travers vents et marées, le monde entier retiendra son souffle

Là ou dans la lettre des artistes, tous s’en moqueront :

la tour Eiffel, dont la commerciale Amérique elle-même ne voudrait pas /lorsque les étrangers viendront visiter notre Exposition, ils s’écrieront, étonnés / Et ils auront raison de se moquer de nous…

Notons enfin la reprise entre guillemets de qualificatifs négatifs de la lettre des artistes (« tour de Babel » / « vertigineusement ridicule ») pour les retourner en quelque sorte contre leurs auteurs.

VOC. ARGUMENTATIF

Quelques formulations renvoyant à la taille : cette géante, haut des cieux, dimensions dantesques, tour gigantesque, titanesque dame d’acier, projet de titan
La lettre comprend plusieurs autres mots et expressions renvoyant à la hauteur, mais celles-ci partagent une dimension mythique :
  • géante (géant) : personnage mythique
  • haut des cieux : où vivent les dieux
  • dimensions dantesques : l’adjectif dantesque vient du nom de l’écrivain Dante, écrivain italien du Moyen Âge, auteur de La divine comédie, long cycle qui commence aux enfers, d’où le sens de sombre, effroyable même et sublime à la fois. Voyez d’ailleurs les cooccurrences dans Antidote qui font ressortir toutes les connotations associées à dantesque :
  • tour gigantesque : l’adjectif est dérivé du nom géanttitanesque dame d’acier, projet de titan : dans la mythologie grecque, les Titans, sont des divinités dotées d’une puissance extrême, même si Zeus, dieu suprême de l’Olympe, finit par les vaincre. (C’est Prométhée, un des Titans, qui a, selon le mythe, donné le feu, et le savoir, aux hommes.)Comme le fait une métaphore filée, l’enchaînement de ces références à une taille, à une force mythique élève la tour Eiffel à une dimension également mythique.

SYNTAXE ET STYLE

  • nouveau, c’est l’avenir. Le parallélisme, le retour à la ligne chaque fois (présumons que le découpage existait dans la lettre) renforce la portée finale (au sens de « définitif, qui ne peut être changé ») de l’argument : on bloque la riposteRiposte : réponse vive, immédiate dans une situation de confrontation..

 

 

Lettre n° 3 : Gustave Eiffel, réponse au Manifeste contre la tourLettre publiée dans le journal Le Monde (1887).

Dans cette lettre, nous observerons principalement :

  • l’interrogation rhétorique
  • la modalisation
  • les marqueurs de cause car, parce que et puisque
Quels sont les motifs que donnent les artistes pour protester contre l’érection de la tour ? Qu’elle est inutile et monstrueuse ! Nous parlerons de l’inutilité tout à l’heure. Ne nous occupons pour le moment que du mérite esthétique sur lequel les artistes sont plus particulièrement compétents. Je voudrais bien savoir sur quoi ils fondent leur jugement. Car, remarquez-le, monsieur, cette tour, personne ne l’a vue et personne, avant qu’elle ne soit construite, ne pourrait dire ce qu’elle sera. On ne la connaît jusqu’à présent que par un simple dessin géométral; mais quoiqu’il ait été tiré à des centaines de mille d’exemplaires, est-il permis d’apprécier avec compétence l’effet général artistique d’un monument d’après un simple dessin, quand ce monument sort tellement des dimensions déjà pratiquées et des formes déjà connues ?
Et, si la tour, quand elle sera construite, était regardée comme une chose belle et intéressante, les artistes ne regretteraient-ils pas d’être partis si vite et si légèrement en campagne ? Qu’ils attendent donc de l’avoir vue pour s’en faire une juste idée et pouvoir la juger. Je vous dirai toute ma pensée et toutes mes espérances. Je crois, pour ma part, que la tour aura sa beauté propre. Parce que nous sommes des ingénieurs, croit-on donc que la beauté ne nous préoccupe pas dans nos constructions et qu’en même temps que nous faisons solide et durable nous ne nous efforçons pas de faire élégantVous aurez remarqué l’emploi d’adjectifs comme compléments d’un verbe transitif. Ô horreur !, pensez-vous. Quelle transgression des règles de syntaxe ! Il faut des noms ou des infinitifs, mon bon monsieur Eiffel ! Ou encore, s’il s’agit non de compléments d’objet direct, mais de modificateurs du verbe, il faut des adverbes, et non des adjectifs ! On construit bien, on construit solidement ! Mais faire est un verbe qui ne peut s’employer sans complément d’objet direct : vous faites quoi ? Il faut un COD, ou alors, changez de verbe, mon bon monsieur ! En portant un tel jugement, vous avez à la fois raison et tort : raison, parce qu’un adjectif ne peut être ni COD ni modificateur d’un verbe; tort parce qu’un adjectif se substitue parfois à un adverbe dans la langue publicitaire, dans les slogans pour avoir plus de punch, comme dans ce célèbre vieux slogan de la compagnie de vêtements française New Man : La vie est trop courte pour s’habiller triste. Décidément, Eiffel était moderne dans sa langue comme dans ses constructions. ? Est-ce que les véritables conditions de la force ne sont pas toujours conformes aux conditions secrètes de l’harmonie ? Le premier principe de l’esthétique architecturale est que les lignes essentielles d’un monument soient déterminées par la parfaite appropriation à sa destination. Or, de quelle condition ai-je eu, avant tout, à tenir compte dans la tour ? De la résistance au vent. Eh bien ! je prétends que les courbes des quatre arêtes du monument telles que le calcul les a fournies, qui, partant d’un énorme et inusité empattement à la base, vont en s’effilant jusqu’au sommet, donneront une grande impression de force et de beauté; car elles traduiront aux yeux la hardiesse de la conception dans son ensemble, de même que les nombreux vides ménagés dans les éléments mêmes de la construction accuseront fortement le constant souci de ne pas livrer inutilement aux violences des ouragans des surfaces dangereuses pour la stabilité de l’édifice. La tour sera le plus haut édifice qu’aient jamais élevé les hommes. Ne sera-t-elle donc pas grandiose aussi à sa façon ? Et pourquoi ce qui est admirable en Égypte deviendrait-il hideux et ridicule à Paris ? Je cherche et j’avoue que je ne trouve pas.
La protestation dit que la tour va écraser de sa grosse masse barbare Notre-Dame, la Sainte-Chapelle, la tour Saint-Jacques, le Louvre, le dôme des Invalides, l’Arc de triomphe, tous nos monuments. Que de choses à la fois ! Cela fait sourire, vraiment. Quand on veut admirer Notre-Dame, on va la voir du parvis. En quoi du Champ-de-Mars la tour gênera-t-elle le curieux placé sur le parvis Notre-Dame, qui ne la verra pas ? C’est d’ailleurs une des idées les plus fausses, quoique des plus répandues, même parmi les artistes, que celle qui consiste à croire qu’un édifice élevé écrase les constructions environnantes. Regardez si l’Opéra ne paraît pas plus écrasé par les maisons du voisinage qu’il ne les écrase lui-même. Allez au rond-point de l’Étoile, et, parce que l’Arc de triomphe est grand, les maisons de la place ne vous en paraîtront pas plus petites. Au contraire, les maisons ont bien l’air d’avoir la hauteur qu’elles ont réellement, c’est-à-dire à peu près quinze mètres, et il faut un effort de l’esprit pour se persuader que l’Arc de triomphe en mesure quarante-cinq, c’est-à-dire trois fois plus.
Reste la question d’utilité. Ici, puisque nous quittons le domaine artistique, il me sera bien permis d’opposer à l’opinion des artistes celle du public. Je ne crois point faire preuve de vanité en disant que jamais projet n’a été plus populaire; j’ai tous les jours la preuve qu’il n’y a pas dans Paris de gens, si humbles qu’ils soient, qui ne le connaissent et ne s’y intéressent. À l’étranger même, quand il m’arrive de voyager, je suis étonné du retentissement qu’il a eu. Quant aux savants, les vrais juges de la question d’utilité, je puis dire qu’ils sont unanimes. Non seulement la tour promet d’intéressantes observations pour l’astronomie, la météorologie et la physique, non seulement elle permettra en temps de guerre de tenir Paris constamment relié au reste de la France, mais elle sera en même temps la preuve éclatante des progrès réalisés en ce siècle par l’art des ingénieurs. C’est seulement à notre époque, en ces dernières années, que l’on pouvait dresser des calculs assez sûrs et travailler le fer avec assez de précision pour songer à une aussi gigantesque entreprise.
N’est-ce rien pour la gloire de Paris que ce résumé de la science contemporaine soit érigé dans ses murs ? La protestation gratifie la tour d’« odieuse colonne de tôle boulonnée ». Je n’ai point vu ce ton de dédain sans en être irrité. Il y a parmi les signataires des hommes que j’admire et que j’estime. Il y en a d’autres qui sont connus pour peindre de jolies petites femmes se mettant une fleur au corsage ou pour avoir tourné spirituellement quelques couplets de vaudeville. Eh bien, franchement, je crois que toute la France n’est pas là-dedans. M. de Voguë, dans un récent article de la Revue des Deux Mondes, après avoir constaté que dans n’importe quelle ville d’Europe où il passait il entendait chanter Ugène, tu me fais de la peine et le Bi du bout du banc, se demandait si nous étions en train de devenir les “græculi” du monde contemporain. Il me semble que n’eût-elle pas d’autre raison d’être que de montrer que nous ne sommes pas seulement le pays des amusements mais aussi celui des ingénieurs et des constructeurs qu’on appelle de toutes les régions du monde pour édifier les ponts, les viaducs, les gares et les grands monuments de l’industrie moderne, la tour Eiffel mériterait d’être traitée avec plus de considération.
Analyse de quelques aspects sur l’ensemble du texte plutôt que par paragraphe

ARG., SYNTAXE & STYLE

L’interrogation rhétorique sert de point de départ dans 3 paragraphes sur 5. (Voir la section « L’interrogation et la question rhétorique » ci-après.)

Notez aussi les interlocutionsParoles qu’échangent les interlocuteurs. : « remarquez-le, monsieur », « Je vous dirai ».

  • Eiffel s’adresse aux artistes (qui sont désignés à la 3e personne du pluriel dans la lettre) par l’intermédiaire d’un interlocuteur singulier, qu’on peut présumer être le rédacteur en chef du journal.

 

  • Les artistes, eux, s’adressaient directement à Alphand, le commissaire de l’Exposition : « C’est à vous, Monsieur et cher compatriote, à vous qui aimez tant Paris, qui l’avez tant embelli, qui l’avez tant de fois protégé contre les dévastations administratives et le vandalisme des entreprises industrielles, qu’appartient l’honneur de le défendre une fois de plus. »

 

  • Alphand à son tour répondait directement aux artistes : « Messieurs Victorien Sardou, Alexandre Dumas, François Coppée et vous tous qui avez délivré ce message chargé d’un fort ressentiment et d’une grande crainte de ce monstre d’acier, considérez-vous que cette géante métallique imposerait le déshonneur de Paris aux yeux du monde ? Vous me parlez d’une “tour de Babel” »

 

En n’entrant pas dans une interlocution directe avec les artistes signataires du manifeste, Eiffel se place dans une position supérieure : « Je voudrais bien savoir sur quoi ils fondent leur jugement. »

Observez le début du 3e paragraphe, qui sans question rhétorique, introduit tout autant une argumentation réfutative basée sur l’ironie, la condescendance :

La protestation dit que la tour va écraser de sa grosse masse barbare Notre-Dame, la Sainte-Chapelle, la tour Saint-Jacques, le Louvre, le dôme des Invalides, l’Arc de triomphe, tous nos monuments. Que de choses à la fois ! Cela fait sourire, vraiment. (Vraiment prend ici la même valeur qu’un indeedIndeed : « without any question; often used interjectionally to express irony or disbelief or surprise » (Merriam-Webster). ironique.)

Dans cette lettre, comme dans les deux précédentes, presque toutes les phrases sont fortement modalisées. (Voir la section « La modalisation » ci-après.)

Commentez vous-même la suite de la lettre du point de vue argumentatif.

 

MARQUEURS DE RELATIONS LOGIQUES

  • Car

On dit souvent que le connecteur car ne doit pas commencer une phrase. Or, c’est ce qui se produit dans les deux occurrences (le point-virgule équivaut à un point, comme vous le savez).

Mais car, comme vous le savez aussi, n’introduit pas une simple cause, comme un parce que : car introduit une justification de ce qui vient d’être dit. Cette justification a une autonomie par rapport à l’énoncé précédent (à la différence de la cause dans une phrase comme « Je ne suis pas venue au cours parce que j’ai raté l’autobus) et à ce titre, on le rencontre souvent dans des textes d’analyse ou des textes argumentatifs en tête de phrase. Les journalistes contemporains, les essayistes ne se privent pas de l’employer ainsi.

  • Parce que :

Tous les manuels disent que la cause introduite par parce que suit le fait expliqué (contrairement à la cause introduite par comme, qui précède généralement le fait expliqué. (Sauf bien sûr dans un enchaînement de type dialogal, où le fait en proposition principale n’est pas repris dans la réponse :
– Pourquoi as-tu fait cela ? – Parce que j’en avais envie.

Dans la lettre d’Eiffel, la cause introduite par parce que précède : « Parce que nous sommes des ingénieurs, croit-on donc que la beauté ne nous préoccupe pas dans nos constructions … » On est là en présence d’une construction très argumentative : l’antéposition est emphatique; elle renforce l’incrédulité, l’indignation et donc la dimension réfutative.

  • Puisque :

Pas facile de bien utiliser puisque. Puisque introduit soit un fait qui est déjà connu de l’interlocuteur, soit une cause d’évidence, que l’interlocuteur est donc obligé d’accepter; c’est comme si on bloquait une réfutation avant qu’elle ne soit formulée : « Reste la question d’utilité. Ici, puisque nous quittons le domaine artistique, il me sera bien permis d’opposer à… »

(Consultez l’annexe pour une révision des marqueurs de cause, de conséquence et de but.)

4.2 Quelques procédés argumentatifs et stylistiques récurrents dans l’écrit polémique : l’interrogation rhétorique et la modalisation

L’écrit polémique est dialogique est fortement oppositif. Les procédés qui servent à mettre en évidence les positions y sont donc dominants. L’ironie est courante, l’exagération, l’hyperbole, l’indignation outrée aussi.

Parmi les procédés stylistiques courants dans la polémique, disons quelques mots sur la question rhétorique et la modalisation.

a) L’interrogation et la question rhétorique

Une question appelle une réponse. La polémique étant un échange de vues animé (puisque les positions sont très opposées), on ne s’étonnera pas d’y voir un recours abondant à cette forme très interactive qu’est la question. Dans les trois lettres de la polémique sur la tour Eiffel, on dénombre une trentaine de points d’interrogation et donc de phrases interrogatives !

Quand la question ne vise pas à obtenir une réponse, mais sert à affirmer quelque chose, à introduire un développement, on parle de question (interrogation) rhétorique ou oratoire. Quelques exemples tirés des trois lettres sur la polémique de tour Eiffel :

  1. Allons-nous donc laisser profaner tout cela ? La ville de Paris va-t-elle donc s’associer plus longtemps aux baroques, aux mercantiles imaginations d’un constructeur de machines, pour s’enlaidir irréparablement et se déshonorer ? (1re lettre)

  2. … pourquoi ces clameurs ? Pourquoi ces cris ? Cette fougue ? (Pourquoi est sous-entendu dans la 3e question) (2e lettre)

  3. N’est-ce rien pour la gloire de Paris que ce résumé de la science contemporaine soit érigé dans ses murs ? (la question rhétorique s’accompagne d’une négation) (dernier paragr. de la 3e lettre)

Dans les trois cas, le locuteur ne demande pas à l’interlocuteur son avis sur la question; il fait la réponse aussi : dans 1) les artistes contre la tour Eiffel sont d’avis que Paris devrait refuser la tour; dans 2) Achard dit par le biais des questions que les artistes ont tort de s’énerver; dans 3) Eiffel affirme que la tour contribuera à la gloire de Paris.

L’ajout de la négation dans la 3e lettre renforce l’interaction dialogique, un peu comme le fait une question-reprise qui appelle une confirmation (cf. les tag questions de l’anglais); la construction interronégative n’est pas dans tous les cas rhétorique, mais elle l’est souvent.

Remarquez aussi que les interrogations 1 et 3 se situent en début de paragraphe et servent ainsi à exprimer le thème du paragraphe. Apprenez à vous servir de ces interrogations qui n’en sont pas pour introduire un raisonnement, qu’il soit argumentatif ou explicatif.

 

Exercice sur l’interrogation (rhétorique ou non) par inversion et sur l’interronégation rhétorique

Au besoin, révisez la construction de la phrase interrogative, par exemple à partir de la fiche théorique et de la fiche d’exercices du site Amélioration du français :

« Phrases interrogatives directe (type interrogatif) et indirecte »

https://www.ccdmd.qc.ca/media/rubri_p_25Interro.pdf

« Interrogation directe : identification de structures fautives » [exercices]

https://www.ccdmd.qc.ca/media/phr_transfo_27Syntaxe.pdf

 

Interrogez-vous aussi sur le genre des noms de villes, puisque vous en aurez besoin pour faire des interrogations avec inversion : Paris est-il ou Paris est-elle ? Consultez ces deux sources :

http://www.lefigaro.fr/langue-francaise/expressions-francaises/2017/04/30/37003-20170430ARTFIG00002-paris-est-beau-ou-belle.php

http://bdl.oqlf.gouv.qc.ca/bdl/gabarit_bdl.asp?id=1608

 

a) Transformez en interrogation en utilisant l’inversion.

  1. Paris est toujours Paris.
  2. Québec a acquis le statut de ville du patrimoine mondial.
  3. Ottawa prend toutes les mesures nécessaires.
  4. Toronto demeurera encore longtemps la métropole économique du Canada.
  5. Vancouver supplantera Toronto comme capitale économique dans quelques décennies.
  6. Vaughan poursuivra ses efforts de développement culturel.
  7. Ottawa deviendra un jour une ville officiellement bilingue.
  8. Le Caire est encore une ville très cosmopolite.

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b) Transformez en interrogation rhétorique doublée d’une négation.

  1. Paris est la plus belle ville du monde.
  2. Paris est la ville de l’amour.
  3. Paris est défigurée par les tags et les graffitis.
  4. Paris est un des grands pôles culturels du monde.
  5. La tour Eiffel constitue l’une des grandes attractions touristiques de Paris.
  6. D’autres monuments ont suscité la controverse.
  7. Montréal est la ville la plus européenne d’Amérique du Nord.
  8. Toronto est un des grands pôles culturels d’Amérique du Nord.

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Cliquez ici pour voir le corrigé.

b) L’argument ad hominem et l’argument ad personam

Dans la polémique, on s’attaque souvent à la personne. Il y a deux façons de le faire.

L’argument ad hominem fait ressortir les contradictions entre la personne (ses valeurs, sa fonction, etc.) et le geste, la décision qu’on lui reproche. C’est ainsi que dans leur lettre contre la tour Eiffel, les artistes s’en prennent au commissaire de l’Exposition, Jean-Charles Alphand, qui en raison de son amour pour Paris, de tout ce qu’il a fait pour le protéger, ne devrait pas accepter qu’on y construise la tour Eiffel :

C’est à vous, Monsieur et cher compatriote, à vous qui aimez tant Paris, qui l’avez tant embelli, qui l’avez tant de fois protégé contre les dévastations administratives et le vandalisme des entreprises industrielles, qu’appartient l’honneur de le défendre une fois de plus.

Dans l’argument ad personam, on s’attaque à la personne même, à son identité, sans relation avec le sujet débattu. C’est ainsi que dans leur lettre contre la tour Eiffel, les artistes rejettent la possibilité même qu’un ingénieur (Gustave Eiffel), un « constructeur de machines », pour reprendre leur terme, puisse construire quelque chose de beau.

Pour fallacieuxQui est destiné à tromper, à égarer. Les arguments fallacieux n’ont pas de valeur logique, ce qui n’empêche pas qu’on y recourt souvent. que soient ces arguments, ils n’en sont pas moins couramment utilisés.

 

Exercice – Argument ad hominem et l’argument ad personam

  1. Écrivez un argument ad hominem contre la position de quelqu’un qui est impliqué dans une grève.
  2. Écrivez un argument ad personam sur le droit ou non d’avoir une opinion sur les finances de l’État.

 

c) La modalisation

Le terme modalisation désigne la façon dont l’énonciateur laisse dans le texte des traces de son attitude à l’égard de ce qu’il dit, ce qu’il écrit (son propos). Or, ce qu’on dit et écrit est déterminé par notre relation à l’interlocuteur en plus de notre relation au propos (le sujet nous tient-il à cœur ? est-on expert ? a-t-on été attaqué par rapport à sujet ?, etc.). La modalisation est la manifestation des positions que le locuteur veut bien exprimer (mais parfois aussi, on les exprime aussi malgré soi et la modalisation en dit plus que ce qu’on voudrait.)Pour en savoir plus : Nathalie Garric & Michel Goldberg La modalisation dans les controverses, http://e-cours.univ-lr.fr/UNT/modalisation/co/Publication_web.html. Voir aussi : La Grammaire du sens et l’expression de Charaudeau, qu’on trouve dans toutes les bibliothèques universitaires, est une bonne ressource de base sur la modalisation et l’énonciation..

Ainsi, la question rhétorique est une forme de modalisation : dans le cadre d’une polémique, elle porte en soi une attitude de défi.

Voici les modalités les plus courantes exprimées par la modalisation :

  1. le plus ou moins certain
  2. le plus ou moins permis ou obligatoire
  3. le plus ou moins souhaitable
  4. le plus ou moins possible, faisable
  5. le statut assertif de l’énoncé (assertion, interrogation, ordre)
  6. autres modalités appréciatives et jugements de valeur : plaisir, joie, doute, incrédulité, agacement, colère, valeur morale (le bien, le mal), etc.; modalité réflexive, doute réflexif

La modalisation se manifeste dans le discours par des formes très diverses :

  1. Auxiliaires modaux : devoir, pouvoir, vouloir…
  2. Modes et temps verbaux : J’aimerais poser une question.
  3. Locutions impersonnelles : il faut, il est impératif, il est indéniable…
  4. Adjectifs et adverbes : Elle a posé une question drôlement embêtante.
  5. Certains emplois particuliers des déterminants : Tu l’as vue, la Marie ! Ça, c’est bien mon Jeannot.
  6. Affixation (suffixes, préfixes) : verdâtre, vinasse, surexposé, maladroit.
  7. Choix lexicaux en général : Quelle pluie divine ! Quel temps dégueulasse. (Cf. : Il pleut.)
  8. Choix syntaxiques (les appositions et incises sont souvent modalisatrices par nature)
  9. Ponctuation : Eh bien ! Il ne fait pas beau ! (Cf. : Il ne fait pas beau.)
  10. Types de P (phrases) : interrogative, exclamative, négative, platement déclarative.

 

Exercice – Marques de modalisation

Relevez dans les trois lettres 2 ou 3 marques de modalisation pour chacune des 8 catégories. Ne relevez pas des expressions déjà identifiées.

 

 

4.3 Applications

Le discours polémique tend par nature à être expressif. Pensez aux débats politiques, aux conflits de travail…

Les tâches de rédaction qui suivent vous invitent à vous en donner à cœur joie dans l’hyperbole, l’exagération, l’indignation et la langue figurée en général.

Sujet de rédaction n° 1

Un cousin, une cousine qui n’habite pas en Amérique du Nord, que vous aimez beaucoup et que vous n’avez pas vu/e depuis fort longtemps refuse de venir vous rendre visite à Toronto, arguant que Toronto est une ville laide, sans intérêt architectural ni culturel.

Écrivez-lui pour le/la convaincre que Toronto est une ville sensationnelle, riche en innovations architecturales et en culture (choisissez les attributs de Toronto dont vous êtes le plus capable de parler).

Conseils de rédaction :

  • Utilisez un mode réfutatif, où vous reprendrez les objections de votre cousin/cousine, comme le font Alphand et Eiffel en réponse à la lettre des artistes (inventez).
  • Utilisez un style emphatique. Modalisez! Exprimez-vous fortement.

Faites une lettre de 3 ou 4 paragraphes, qui commencera soit par « Chère cousine, » ou par « Cher cousin, ».

 

Sujet de rédaction n° 2

Variante du sujet n° 1

Dans sa célèbre chanson Les ailes d’un ange, de 1967, Charlebois disait :

J’ai passé d’belles nuits à Toronto
Mais si j’me rappelle bien, ça fermait un p’tit peu trop tôt
On peut regarder Charlebois reprenant sa chanson de 1967 au festival d’été de Québec de 2013 sur YouTube : https://www.youtube.com/watch?v=bCtg114Hzrw.On trouve une bonne présentation de la chanson sur le site du Panthéon des auteurs et compositeurs canadiens : http://www.cshf.ca/fr/song/les-ailes-dun-ange/.

Ce même cousin, cette même cousine ne veut pas venir vous rendre visite à Toronto parce qu’il ou elle trouve que la vie nocturne à Toronto est inexistante, que la nightlife y est minable. Protestez !

Conseils de rédaction :

  • Choisissez bien le pronom d’adresse et soyez constant dans les pronoms et déterminants y référant.
  • Soyez dialogique : intégrez les objections de votre cousin/cousine, mais sans discours direct. Invoquez le contenu de ses propos présumés ou rapportez-les par du discours indirect :

Ce n’est absolument pas vrai que.. Bien au contraire, Toronto…
Tu dis que… Certes… Mais…

 

Sujet de rédaction n° 3

À Paris, il n’y a pas que la tour Eiffel qui a fait polémique lors du son inauguration. Un certain nombre de réalisations du XXe siècle, qui ont suscité la controverse lors de leur apparition, font totalement partie du paysage urbain du XXIe siècle, et l’émoi qu’elles ont pu créer pendant un temps est aujourd’hui complètement oublié.

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À chaque génération sa polémique concernant des projets qui métamorphosent le panorama de la capitale française. Ces dernières années, c’est autour d’un nouveau projet architectural à la Porte de Versailles, au sud-ouest de Paris, que les esprits s’échauffent : La Tour Triangle que la mairie de Paris appelle de ses vœux, mais qui n’emporte certainement pas l’adhésion de tous. Les enjeux de ce projet de construction sont exposés dans le site suivant : https://ledrenche.fr/2014/11/pour-ou-contre-la-tour-triangle-a-paris/

 

Écrivez une lettre ouverte au maire de votre ville pour protester contre la construction d’un bâtiment ou un développement commercial qui ne s’intègre pas du tout dans la trame urbaine du quartier. Soyez virulent, virulente. Pensez à des constructions ou développements passés qui ont été controversés pour vous inspirer (par exemple le projet mort-né de grande roue et d’hypercentre commercial pour le redéveloppement du secteur du port de Toronto, ou encore le Michael Lee-Chin Crystal que les détracteurs ont qualifié de tous les noms : « protubérance vitreuse », « pinata d’aluminium », etc.).

 

Conseils de rédaction :

  • Utilisez des comparaisons et des métaphores peu flatteuses.
  • Recourez au maximum à des marqueurs de modalité lexicaux et grammaticaux.

Chapitre 9 - Les fonctionnements argumentatifs : de l'écriture polémique à l'écriture heuristique

9

Objectifs d’apprentissage

  • S’exercer à appliquer une démarche heuristique tout au long de l’écriture d’un texte argumentatif
  • Appliquer la recherche documentaire, terminologique et phraséologique nécessaire pour produire une argumentation intéressante
  • Varier les moyens d’expression de l’opinion
  • Utiliser la définition comme argument
  • Réviser l’emploi du subjonctif
  • Écrire !

1.Réfléchir et écrire sur une problématique : une démarche heuristique

Dans le chapitre 8, nous avons abordé l’argumentation sous l’angle de la polémique, de la prise de position antagoniste, du désaccord. Mais avant de s’opposer à quelque chose, on réfléchit, on pèse le pour et le contre : oui, l’érection de tour Eiffel représentait une rupture esthétique, mais la rupture en soi n’est pas un tort; les ruptures sont à la base du renouveau artistique; les remises en cause du statut quo sont nécessaires à l’évolution sociale; la science progresse par petits pas, mais aussi par changements de paradigmes.

Là où la polémique vise à gagner, la démarque heuristique vise à comprendre, à apprendre, à découvrir. Comme toute réflexion un peu poussée sur une question controversée demande de considérer les deux « côtés de la médaille », elle prend souvent une forme dialectique, où l’on fait dialoguer le pour et le contre. C’est a fortiori le cas quand on aborde une question sur laquelle on n’a pas une position bien établie : on explore les opinions et les arguments qui les fondent. L’exploration du sujet ne se fait pas qu’en amont de l’écriture (c’est-à-dire avant); elle se fait aussi par et dans l’écriture : la mise en mots, en texte des idées précise notre pensée. L’écriture heuristique n’est donc pas simplement une rhétorique, un format; c’est une démarche qui permet de faire surgir les positions.

Dans ce chapitre, vous travaillerez non pas simplement à justifier votre opinion, mais à la construire et à exposer par écrit cette construction. Le sujet qui vous est proposé pour ce faire est très polarisé et se prête à une réelle réflexion : le graffiti est-il un art de rue ou du vandalisme ?

Graffitis : art de rue ou vandalisme ?

Vue de la Tour Eiffel sous un ciel parisien, 2018 Vue de la tour Eiffel sous un ciel parisien, 2018  

Au moment de sa construction (de 1887 à 1889), la tour Eiffel a donné lieu à de très vives réactions. De nombreux artistes et Parisiens ne voyaient en effet dans cette construction métallique avant-gardiste qu’un amoncellement de ferraille qui venait polluer le paysage urbain de pierre taillée, si parfaitement aménagé par le baron Haussmann.Préfet de la région parisienne (1853-1870) responsable de grands travaux d’aménagement et d’assainissement urbains à Paris sous le Second Empire. Ce préfet du Second Empire, bâtisseur et visionnaire, a donné son nom à un célèbre boulevard parisien.

 

Collage à partir de photos du Boulevard Haussman Collage à partir de photos du boulevard Haussmann

De nos jours, l’art de rue suscite le même genre de polémique. En effet les graffitis et autres tags qui s’étalent sur les façades et sur les moyens de transports publics de nos villes reçoivent des avis contrastés. Certains y voient de l‘art original et innovant, alors que d’autres les considèrent comme du vandalisme pur et simple et n’hésitent pas à effacer même les plus admirés à grands coups de rouleau de peinture blanche.

Du simple tag à la fresque murale, ces œuvres permettent à de jeunes artistes, sous couvert d’un pseudonyme, de revendiquer une appartenance identitaire à un groupe ou de prendre parti pour une cause, comme celle de la situation des migrants à Calais ou à Brest, en France. Quelques-uns de ces artistes graffeurs, comme JR, Invader, FONKi, Scan ou Banksy (pour ne nommer qu’eux), ont aujourd’hui atteint une notoriété internationale, ce qui n’empêche pas certains d’entre eux de prendre un malin plaisir à garder le mystère quant à leur véritable identité.

Place Igor Stravinsky
Place Igor Stravinsky

Si les fresques murales sont généralement bien reçues, il n’en va pas de même des tags (graffitis calligraphiques, sortes de « signatures » utilisées comme signes de reconnaissance) ni des graffitis « new-yorkais » ou d’autres styles récents qui, même élaborés, sont loin de faire consensus. La plupart du temps, ce que dénoncent les détracteurs, au-delà de l’aspect esthétique de ces créations, c’est leur expansion tout azimut qui vient, selon eux, dégrader la façade des bâtiments, des monuments et des biens publics. Ils déplorent l’absence d’une règlementation qui restreindrait la propagation de cette « pollution visuelle » à des lieux bien délimités. Mais le graffiti et le tag ne sont-ils pas par essence destinés à être réalisés sur un support qui n’a pas été prévu pour cet usage ?

1. 1 Lire, explorer

Vous trouverez ci-dessous une sélection d’articles et de pages web sur le graffiti et l’art urbain. Promenez-vous dans ces textes pendant une heure ou deux, au gré de ce qui retiendra votre intérêt. Copiez, annotez (voir les exercices 1 et 2 dans la section 2) ou soyez simplement un « flâneur, une flâneuse dans les textesLe concept de « flâneur » vient de celui de « flâneur dans la ville » des études urbaines, lequel tire ses origines de textes du poète Charles Baudelaire et du philosophe Walter Benjamin (qui l’a développé en relation justement avec le Paris haussmannien !). Dans son article « Le flâneur comme lecteur de la ville contemporaine », Borisenkova décrit ainsi le flâneur dans la ville : « l’expérience de cet(te) ami(e) de la rue, marchant dans les villes sans raison apparente, observant tout ce qui se passe dans les quartiers et les grands boulevards, tout en portant une attention particulière aux rythmes de la vie urbaine, nous expose bien en quoi peut consister l’expérience esthétique de la ville » (Russian Sociological Review, 2017, 16 : 2). Vous pouvez lire cette phrase comme une invitation à aller explorer dans la ville les graffitis et l’art de rue pour mieux comprendre le sujet qui nous intéresse dans ce chapitre. », qui s’ouvre au plaisir de la découverte.

Des exercices d’observation et de rédaction suivent.

(N.B. Les références sont présentées en sous-thèmes et selon un ordre (subjectif !) d’intérêt dans chaque section.)

 

  • Histoire du graffiti et du tag, de l’art rupestre aux styles les plus contemporains. Cadre juridique. Réception… Tour d’horizon très instructif :

Graffiti. Wikipédia, l’encyclopédie libre. Repéré le 21 décembre 2017 à https://fr.wikipedia.org/wiki/Graffiti

  • Définitions du tag, du graffiti, de l’art urbain, ou street art :

1. Ville de Sherbrooke. (s. d.). Différence entre un tag et un graffiti. Repéré le 21 décembre 2017 à https://www.ville.sherbrooke.qc.ca/citoyen/vie-sportive-et-recreative/tags-et-graffitis/je-suis-citoyen/difference-entre-un-tag-et-un-graffiti/

Court et précis.

2. Hagoug, I. (4 mais 2016). Où s’arrête le graff, où commence le street art ? La nuit magazine. Repéré le 21 décembre 2017 à https://www.lanuitmagazine.com/ou-s-arrete-le-graff-ou-commence-le-street-art/

Discussion ancrée dans le graff et le street art à Marseille, métropole du sud de la France.

3. Nancy, D. (22 septembre 2014). Les dessous du graffiti féminin. udemnouvelles, Université de Montréal. Repéré le 23 décembre 2017 à http://nouvelles.umontreal.ca/article/2014/09/22/les-dessous-du-graffiti-feminin/

Spécificités du graffiti au féminin. Plusieurs définitions. Référence au mémoire de maîtrise de Katrine Couvrette (U de M), Le graffiti à Montréal : pratique machiste et stratégies féminines, qui comprend notamment un glossaire.

  • Valeur, statut du graffiti :

1. (s.d.). « Le cancer urbain des graffiti », rubrique « Vie de quartier », le 18h30, Radio-Canada. Repéré le 6 juin 2018 à https://ici.radio-canada.ca/info/videos/media-7899816/cancer-urbain-graffiti

Reportage sur la lutte aux graffitis [nous employons le pluriel rectifié avec un s] à Montréal. Beaucoup de vocabulaire utile.

2. Art ou vandalisme ? Le graffiti.com. Repéré le 21 décembre 2017 à http://www.le-graffiti.com/dossiers/art-vandal.html

Il s’agit d’un site voué aux amateurs de graffitis, comme le montre l’énoncé de mission du site : « Le Graffiti.com est consacré à l’art du graffiti. Vous y trouverez vidéos et photos de graffiti. Voyez des graffiteurs créer des graffiti sur vidéo. Aussi, vous en apprendrez plus sur la création de graffiti en consultant nos dossiers et nos photos de graffiti. »

Site communautaire d’amateurs de graffitis. Certaines formulations feraient peut-être sourciller votre prof de français, mais pour une fois, ce n’est pas ce qui nous intéresse.

3. Rymz (14 mars 2018). Contribution à la chronique « L’abécédaire de la résistance (g-h-i) », Plus on est de fous plus on lit, Radio-Canada. Repéré le 5 juin 2018 à http://medias-balado.radio-canada.ca/diffusion/2018/03/balado/src/CBF/2018-03-14_13_06_00_plusonestdefousbalado_0000.mp3 [Approx. de 1:24:43 – 1:45:25)

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Le rappeur québécois Rymz, qui est également travailleur social, parle du graffiti comme acte de résistance.

4. Jardonnet, E. (22 septembre 2017). Jace : un « gouzou » dans la ville. LeMonde.fr. Repéré le 21 décembre 2017 à http://www.lemonde.fr/arts/visuel/2017/09/22/street-art-jace-un-gouzou-dans-la-ville_5189860_1655012.html

Les rapports du graffeur avec la mairie n’ont pas toujours été si cordiaux. « En 1995, lorsque j’étais étudiant, la ville était sinistrée. Il y avait peu de tags, mais beaucoup de magasins fermés, recouverts d’affiches pour le 3615, le Minitel rose. » C’est dans ce paysage qu’il a commencé « à interagir » avec ses Gouzous. Finalement « ravagée » par les graffitis, la ville a engagé une politique de nettoyage au tournant des années 2000.

5. btsenil (19 février 2014). Street-art, vandalisme ou art à part entière ? [publié dans le cadre de la thématique « La ville en mutation »]. BTS Gémeau Le Blog. Repéré le 21 décembre 2017à http://bts-gemeau.fr/street-art-vandalisme-ou-art-a-part-entiere/

La discussion sur la valeur artistique n’est que le point de départ. La page présente ensuite un historique intéressant et une bibliographie comprenant quelques articles savants.

  • Du tag et du graffiti à la reconnaissance institutionnelle de l’art urbain, ou street art :

1. Mayembo, A. (Agence France-Presse). (4 octobre 2016). L’art urbain entre au musée. Le Soleil. Repéré le 21 décembre 2017 à https://www.lesoleil.com/arts/expositions/lart-urbain-entre-au-musee-400d0d851020e8618e0b3a8c93567109

2. Doucet, T. (16 juin 2016). Festival MURAL : FONKi, le graffeur qui revisite l’art cambodgien. L’outarde libérée. Repéré le 22 décembre 2017 à http://loutardeliberee.com/festival-mural-fonki-graffeur-revisite-lart-cambodgien/

Énoncé de mission de L’Outarde libérée : « webmagazine multi-formats, publié sur internet, dont la ligne éditoriale met en avant l’actualité franco-québécoise, l’actualité de la communauté française au Québec et au Canada, et l’actualité de la communauté québécoise en France, sans esprit communautaire, dans une perspective de coopération. »

  • Histoire de l’art urbain :

Art urbain. Wikipédia, l’encyclopédie libre. Repéré le 21 décembre 2017 à https://fr.wikipedia.org/wiki/Art_urbain

  • L’art urbain au service de la cause des migrants :

(S.a.). (2 janvier 2015). Les artistes se mobilisent pour la crise des migrants, Le JDD.fr, Europe 1 le JDD. Repéré le 21 décembre 2017 à http://www.lejdd.fr/International/Les-artistes-se-mobilisent-pour-la-crise-des-migrants-766705

Le très célèbre artiste chinois contestataire Ai Weiwei, Banksy et d’autres mettent leur art au service de la cause des migrants. Présentation de quelques projets en cours ou à venir en 2015.

  • Banksy, artiste anonyme, graffeur star :

Grandjean, E. (9 septembre 2016). Banksy, le graffeur que tout le monde veut démasquer, Le Temps. Repéré le 21 décembre 2017 à https://www.letemps.ch/culture/2016/09/09/banksy-graffeur-monde-veut-demasquer

  • Art urbain, œuvres éphémères :

(10 septembre2017). Calais : une œuvre de Banksy recouverte de peinture, France 3.
Repéré à https://france3-regions.francetvinfo.fr/hauts-de-france/pas-calais/calais/calais-oeuvre-banksy-recouverte-peinture-1325165.html

Le radeau de la Méduse, Musée du Louvre Théodore Géricault [Public domain], via Wikimedia Commons
Le radeau de la Méduse », Musée du Louvre Théodore Géricault [Public domain], via Wikimedia : https://commons.wikimedia.org/wiki/File:JEAN_LOUIS_THÉODORE_GÉRICAULT_-_La_Balsa_de_la_Medusa_(Museo_del_Louvre,_1818-19).jpg

Observez la reproduction de la murale dans l’article : elle fait directement écho au célèbre tableau Le radeau de la méduse de Géricault.

(S.a.). 15 octobre 2015). Une œuvre d’art effacée, au Havre… par erreur. La boulette de la brigade anti-tags. Actu.fr. Repéré le 21 décembre 2017 à https://actu.fr/societe/une-oeuvre-dart-effacee-au-havre-par-erreur-la-boulette-de-la-brigade-anti-tags_598945.html

Glad, V. (11 déc. 2014). La fresque la plus connue de Berlin s’est suicidée dans la nuit. Konbini. Repéré le 22 décembre 2017 à http://www.konbini.com/fr/tendances-2/fresque-plus-connue-berlin-suicide-dans-la-nuit/

Konbini est un site d’infodivertissement créé en France.

 

  • L’art urbain, un art mondialisé :

Bigo, C. (13 juillet 2017). Le graffeur JACE réalise un parcours à Marrakech (PHOTOS). HuffPost Maroc. Repéré le 22 décembre 2017 à http://www.huffpostmaghreb.com/2017/07/13/graff-marrakech-jace_n_17473040.html

 

  • Graffitis et copyright :

Viger, R. (4 août 2014). Une œuvre illégale est-elle protégée par les droits d’auteur ? L’émission 30 vies questionnée. Journal de la rue. Repéré le 22 décembre 2017 à https://journaldelarue.wordpress.com/2014/08/04/graffiteur-alexandre-scan-veilleux-vs-fabienne-larouche-et-radio-canada/

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https://ecampusontario.pressbooks.pub/resumersynthetiserargumenter/?p=872

2. Écrire et argumenter

Quels sont les « outils » dont vous avez besoin pour écrire, bien écrire sur la question du graffiti et de l’art urbain ? La connaissance du sujet, qui s’acquiert notamment par la lecture, et les outils linguistiques nécessaires pour en parler, à commencer par la terminologie (les termes propres au domaine) et toute la phraséologie (expressions, tournures, adjectifs…) courante.

2.1 Cerner la terminologie et la phraséologie

Comme vous vous en rendrez compte en lisant les articles et pages web proposés ci-dessus, on trouve une pléthore de termes pour parler du graffiti et de l’art urbain. Les usages varient aussi entre la France, l’Europe en générale, l’Afrique et le Canada. En lisant les textes proposés ci-dessus, construisez un tableau de termes incontournables et des variantes (ou encore, faites une carte sémantiqueLa carte sémantique, aussi appelée carte mentale, carte conceptuelle, carte heuristique (mindmapping) est une représentation de concepts ou de termes sur une carte. Plusieurs outils gratuits permettent d’en construire, notamment Mindmup, Coggle (permet aussi la collaboration en ligne), etc. de termes et d’expressions). Relevez aussi des expressions, tournures, adjectifs intéressants.

Exercice n° 1 – Terminologie et phraséologie

(Version MS Word)

Utilisez l’ébauche de tableau ci-dessous pour relever dans au moins trois articles du dossier des termes et expressions qui vous serviront pour écrire sur le graffiti et l’art urbain. Vous pouvez bien sûr ajouter des colonnes ou réorganiser le tableau différemment. (Vous pouvez jeter un coup d’œil aux sujets donnés en 2.3 pour orienter votre relevé.)

Forme Personne Action Expressions, tournures, adjectifs intéressants
graffiti graffeur/graffeuse graffer
tag
art urbain / street art (la forme anglaise étant davantage utilisée en Europe)

 

2.2 Modaliser : signaler l’expression de l’opinion / exprimer l’opinion

Comme il a été dit dans le chapitre 8, le terme modalisation désigne les traces de l’attitude du locuteur à l’égard de ce qu’il dit, ce qu’il écrit. L’écriture polémique est toujours très modalisée. L’écriture heuristique le sera aussi, mais les modalités de rejet fortes (indignation, dérision, etc.) y seront moins présentes (ou seront liées à des propos rapportés); les modalités de doute, de questionnement domineront probablement.

Dans l’exercice précédent, vous avez relevé du vocabulaire modalisé et des tournures lexicales et syntaxiques qui expriment l’opinion de l’énonciateur sur les graffitis, les tags et l’art de rue en général. L’objectif de l’exercice ci-dessous est de trouver des formulations qui produisent soit un sens plus ou moins équivalent aux expressions « je trouve que », « je crois que », « selon moi » (qui ne font qu’annoncer l’opinion sans rien dire sur ce qu’est cette opinion et deviennent très vite ennuyeuses), soit qui expriment une opinion particulière (on pourrait croire que = je ne le crois pas; il est déplorable = je trouve déplorable que…).

Exercez-vous à voir comment on souligne que ce qui est affirmé est de l’ordre de l’opinion et comment la plupart des opinions sont exprimées sans marquer qu’il s’agit de son opinion. En fait, tant que l’énonciateur (c’est-à-dire vous) n’attribue pas une opinion à une autre personne, c’est la sienne qui est exprimée… La plupart du temps, on n’a pas besoin de « poteau indicateur » pour signaler l’opinion.

Exercice n° 2 – Les marques de l’opinion

Relevez des marques de modalisation intéressantes pour signaler, exprimer l’opinion. Établissez des catégories (en faisant un tableau si vous le désirez). Consultez au moins trois articles du dossier.

2.3 Modaliser : se positionner au moyen de verbes suivis du mode subjonctif

Comme il a également été dit dans le chapitre 8, on peut modaliser en utilisant certains temps et modes verbaux. Le subjonctif est notamment un mode qui permet au locuteur de se positionner et d’exprimer ses sentiments. Vous trouverez une vidéo interactive qui vous permettra de vous remémorer les diverses règles de formation et d’emploi du subjonctif
ici .

Exercice n° 3 – Le subjonctif

Remplissez les deux écrans d’exercices suivants :

An interactive or media element has been excluded from this version of the text. You can view it online here:
https://ecampusontario.pressbooks.pub/resumersynthetiserargumenter/?p=872

 

2.4 Argumenter par les définitions

Les définitions de dictionnaires sont des définitions objectives… du moins lorsque les référents sont eux-mêmes des réalités ne se prêtant qu’à une seule représentation… ce qui n’arrive pour ainsi dire jamais. Toute définition est en fait ancrée dans un espace-temps spécifique, un cadre social et culturel particulier.

Un dessin, selon le Petit Robert (PR), est une « représentation ou suggestion des objets sur une surface, à l’aide de moyens graphiques »; dessiner, c’est « représenter ou suggérer par le dessin ». Mais une personne qui considère que les loisirs et les arts sont inutiles pourrait dire que dessiner, c’est « perdre son temps à gribouiller », que le dessin est un « mode de représentation graphique qui était utilisé autrefois avant qu’on ait la photographie et autres technologies de reproduction ».

Prenons le mot art, qui peut être défini de bien des façons, à la fois en intension (traits nécessaires pour cerner le concept) et en extension (énumération de ce qui est compris). Le PR subordonne ses trois définitions de l’art en tant que manifestation artistiqueLe mot art renvoie aussi à des techniques, des savoir-faire, la science; ces définitions sont regroupées sous le grand point I dans le Petit Robert. à l’hyperdéfinition suivante : « représentation du beauGrand point II dans le Petit Robert. ». Cette définition, qu’on retrouve dans tous les dictionnaires, a amené à dénier le statut d’art à ce qui n’est pas « beau ». Tel a été le cas pour l’expressionisme allemand, qualifié d’art « dégénéré » sous le régime nazi, de l’art abstrait et d’autres courants artistiques. (Mais qu’est-ce que le « beau » ?)

Les idéologies politiques apportent aussi des cadres particuliers à l’art : sous la Révolution culturelle en Chine, par exemple, les arts traditionnels étaient considérés comme tellement réactionnaires que bien des œuvres ont été détruites et des pratiques culturelles abandonnées.

Du point de vue ethnocentrique de l’Europe du début du XXe siècle, les sculptures africaines étaient le plus souvent considérées comme un artisanat barbare. Il aura fallu que des artistes et des anthropologues réputés européens fassent la promotion de « l’art nègreLe mot nègre, dans la tradition francophone, a été revendiqué par des penseurs noirs de l’anticolonialisme, dont Léopold Senghor, président du Sénégal de 1960 à 1980 et écrivain, Aimé Césaire, lui aussi homme politique et écrivain, et bien d’autres dans un vaste courant littéraire et politique de la négritude. » (en particulier Picasso) pour que celui-ci « accède » à la reconnaissance artistique dans le monde occidental.

Et que dire du mot religion ? Tout le monde connaît la célèbre définition de Marx : la religion est « l’opium du peuple ». Une définition objective dira qu’une religion est un « système de croyances et de pratiques qui… »; la fin de la définition variera en fonction des époques, des cadres sociaux, etc.

On pourrait multiplier à l’infini les exemples montrant que les définitions véhiculent toujours une représentation particulière des choses, s’inscrivent dans un cadre particulier (cadre juridique, par exemple). C’est donc dire qu’on peut argumenter au moyen des définitions. Qu’est-ce qu’un tag ? La définition du PR est discutable : « Signature codée formant un dessin d’intention décorative, sur une surface (mur, voiture de métro…). » L’intention est-elle vraiment décorative ? De l’avis de bien des tagueurs, taguer est davantage une expression sociale de protestation qu’une décoration.

L’exercice qui suit vise à vous faire jouer avec la dimension argumentative des définitions.

Exercice n° 4 – Définitions argumentatives

Pour chacun des mots suivants, donnez deux définitions : une première positive et une seconde négative.

Adoptez le plus possible la forme aristotélicienne pour vos définitions, c’est-à-dire la forme « genre prochain différences spécifiques » :

Ex. de définition improvisée :
chaise : siège [= genre prochain] muni de quatre pattes avec un dossier sur laquelle une seule personne s’assoit [différences spécifiques par rapport à un pouf, un tabouret, un fauteuil un divan, etc.].

Définition du PR :
« Siège à pieds, à dossier, sans bras, pour une seule personne. » [Définition un peu plus élégante que la définition improvisée ci-dessus, mais qui dit essentiellement la même chose.]

Notez que dans ce modèle les noms se définissent par des groupes nominaux sans article au début (et donc les verbes, par des groupes verbaux, les adjectifs par des groupes adjectivaux).

Inspirez-vous des lectures proposées dans la section 1.1 pour élaborer vos définitions.

  • 1. graffiti

Définition positive :

Définition négative :

  • 2. graffeur

Définition positive :

Définition négative :

  • 3. tag

Définition positive :

Définition négative :

  • 4. tagueur

Définition positive :

Définition négative :

  • 5. street art

Définition positive :

Définition négative :

 

 

2.5 Doser logos, ethos et pathos

Il y a trois dimensions dans l’argumentation : le logos, l’ethos et le pathos dont la part respective varie selon le type de texte, de sujet, de cadre, d’argumentateur.

Le logos, c’est la dimension raisonnement de l’argumentation, la réflexion. C’est ce qui vise l’intellect (cf. le mot logique). Les dimensions ethos et pathos se combinent au logos pour construire la force persuasive de l’argumentation.

L’ethos, c’est l’image de soi qu’on projette dans le texte. Cette image, ce n’est pas simplement qui on est « véritablement. En effet, l’énonciateur n’est pas simplement la personne qui parle/écrit ; l’énonciateur est une construction : écrit-on simplement comme individu, en tant que représentant typique d’une classe d’individus, en tant que représentant d’une institution, en tant qu’opposant à certaines idées reçues, etc. ? Parfois l’individu qu’on est ne joue aucun rôle dans l’argumentation ; on peut même avoir à défendre une position contraire à ce qu’on croit comme individu. La posture qu’on se donne et qu’on construit dans le texte participe pleinement à l’argumentation. D’une certaine façon, l’image de soi qu’on construit doit fonctionner comme un argument d’autorité. Les attributs du « soi » que véhicule le texte peuvent être très explicites, comme c’est le cas à plusieurs reprises dans la polémique sur la tour Eiffel, en particulier dans la première lettre (chapitre 8) :

Nous venons, écrivains, peintres, sculpteurs, architectes, amateurs passionnés de la beauté…

Sans tomber dans l’exaltation du chauvinisme, nous avons le droit… [= nous ne sommes pas des chauvins]

Ces attributs qui construisent l’image de soi sont aussi exprimés par des marques de l’énonciation moins directes et par la modalisation

À l’ethos se combine le pathos, c’est-à-dire l’attitude émotionnelle véhiculée dans le texte. Dans la langue courante, le pathos, c’est le débordement émotionnel, le drame, la gesticulation verbaleLe Petit Robert définit ainsi le mot « pathos » : « Pathétique déplacé dans un discours, un écrit, et par ext. dans le ton, les gestes. » La définition est exemplifiée par cette citation : « L'avocat général faisait du pathos en mauvais français sur la barbarie du crime commis » (Stendhal). ! Les structures emphatiques expriment souvent un pathos fort : par exemple, l’exclamation pour l’enthousiasme, l’indignation, la fureur. La polémique de la tour Eiffel, encore une fois, est un parfait exemple d’enflure pathétique (même pour l’époque où ces lettres ont été écrites). Mais le pathos n’est pas que le drame. Il réside également dans le fait de rendre vivantes, de rendre concrètes les positions, que ce soit par des exemples, des descriptions, des images fortes… Ainsi, l’art oratoire des avocats est souvent lourd de pathos quand il s’agit de causes criminelles; les discours dans les assemblées politiques et syndicales aussi… Le pathos, c’est ce qui suscite l’émotion chez l’interlocuteur, le lecteur, laquelle émotion contribue à emporter sa volonté, à le faire adhérer à la thèse défendueIl faut bien voir que l’absence d’émotions exprimées constitue aussi une posture émotionnelle : « Regardez les choses froidement, scientifiquement comme moi » dit-on à son interlocuteur, « et vous arriverez aux mêmes conclusions. ».

Bien argumenter, c’est savoir bien jouer sur les trois plans. Les sujets près de notre vécu, de nos émotions nous amènent plus facilement sur le plan du pathos que des sujets qui ne nous touchent pas; à l’inverse, comme un acteur, on peut mettre en scène une charge émotive qu’on ne ressent pas nécessairement. Comme étudiant, étudiante, on sait aussi que c’est l’analyse, la réflexion qui occupe le premier plan de l’argumentation raisonnée. En fait, pour beaucoup d’étudiants, c’est la dimension ethos qui est la plus difficile à projeter, à mettre en scène dans le texte.

Dans des textes écrits dans le cadre d’un cours de langue, ce ne sont pas tant vos connaissances, votre analyse qui sont jugées que la qualité, la force de votre écriture, et ici de votre argumentation. Or la qualité argumentative de vos textes argumentatifs est tributaire de la personnalité, de l’ethos que vous projetez : vous n’êtes pas simplement Paul ou Mary, vous êtes une personne dont les idées, l’angle d’approche sont orientés par son expérience, son travail, ses intérêts. Repensez aux lettres de la polémique sur la tour Eiffel. L’ethos des scripteurs est mis au premier plan : « nous, artistes », « moi, un ingénieur, un homme de science, un créateur ». Que l’ethos soit explicite ou non dans le texte, il doit transparaître, il doit habiter le texte. Dans les applications rédactionnelles qui suivent, efforcez-vous à construire un énonciateur public.

3. Applications

Parfois, on sait exactement ce qu’on veut dire avant d’écrire, que ce soit parce qu’on connaît à fond un sujet ou parce qu’on a des opinions très tranchées. Mais, comme il a été dit plus haut, écrire sert aussi à explorer ce qu’on pense, à y donner forme, à le construire. C’est ce que vous allez faire ici.

Rédaction n° 1

Voici quatre situations d’écriture en lien avec le graffiti, le tag et l’art urbain. Faites un remue-méninge pour chacune, notez quelques idées et écrivez sur celui des quatre sujets qui vous inspire le plus (ou sur celui que votre professeure choisira pour la classe).

 

  1. Vous habitez une petite ville ontarienne, où vous êtes rédacteur/rédactrice en chef du journal communautaire. Vous faites la première visite de votre vie à New York pour voir quelques comédies musicales, visiter quelques musées, explorer la ville : une visite touristique typique, en somme. Mais votre séjour vous fait aussi découvrir le graffiti et l’art urbain new-yorkais. Écrivez un article témoignant de votre perception des graffitis et de l’art urbain omniprésent.

 

  1. Vous êtes un ou une élève de douzième année et faites un voyage d’école à New York. Votre enseignant/enseignante de français vous a demandé d’écrire un témoignage sur votre perception des graffitis et de l’art urbain new-yorkais dans une perspective artistique (techniques, couleurs, thèmes, etc.) ou sociologique (messages véhiculés, fonction sociale, contrôle/cadre légal, etc.).

 

  1. Vous êtes directrice/directeur d’une école secondaire et vous voulez dire aux élèves que vous comprenez que le graffiti est une forme d’expression intéressante, mais que l’école ne peut permettre qu’on peigne des graffitis n’importe où. Essayez d’être empathique, d’être cool, même ! Vous aussi, vous avez été jeune et rebelle !

 

  1. Vous êtes la conservatrice / le conservateur du musée d’art d’une petite ville et vous avez organisé une exposition d’œuvres d’art urbain d’artistes réputés. Écrivez un argumentaire en vue d’attirer des visiteurs. Vous devez convaincre les gens de venir. Ajoutez des activités de graffitis pour les enfants si vous voulez. Utilisez la rhétorique habituelle des publicités de musées. Pour vous inspirer, lisez quelques argumentaires d’exposition sur des sites de musées en territoire francophone ou de musées canadiens dont les sites sont bilingues. Quelques suggestions :

Rédaction n° 2 (rédaction balisée)

Une fresque murale d’un artiste reconnu qui ornait une façade dans votre quartier vient d’être effacée à grands coups de peinture blanche.
Écrivez une lettre dans votre journal communautaire pour protester.
Écrivez ensuite la réponse du propriétaire de l’édifice qui a effacé la murale. Cette 2e lettre fera écho à la première.

Piste de structure pour la 1re lettre

Il est difficile de faire un « script » de lettre ou de texte pour une autre personne. Le script qui suit n’est pas du tout un plan que vous devez suivre. C’est une piste parmi d’autres que vous pouvez transformer à votre guise ou écarter totalement.

Titre :
Mettrez une phrase-titre ou un titre nominal très modalisé qui reflète toute l’ampleur de votre indignation. Parfois, c’est le rédacteur du journal qui ajoute des titres aux lettres ouvertes. (Si vous écrivez à deux, la deuxième personne peut tenir le rôle de rédacteur du journal.)

Introduction / 1er paragraphe :
Comme il s’agit d’une lettre, vous n’aurez pas d’introduction formelle comme dans un essai, une dissertation, mais vous devrez tout de même introduire votre les raisons de votre désaccord. Pensez au fait qu’il s’agit d’une lettre ouverte : une façon assez naturelle d’entrer en matière pourrait être de parler de l’historique de l’œuvre et de l’artiste pour les lecteurs qui ne connaîtraient pas l’œuvre : année où elle a été peinte, ce qui est figuré, ce qu’elle représente pour les habitants du quartier, etc.

Vous pouvez aussi entamer votre lettre en l’inscrivant dans un cadre narratif (Hier, comme je faisais ma promenade habituelle avec mon chien, quelle n’a pas été ma surprise de…).

Elle peut également être cadrée dans une description du plaisir de la vie quotidienne dans votre quartier (ce qu’on résume en anglais par l’adjectif vibrant, dans le sens de « cool », « authentique », etc.).

2e paragraphe :
Allez-y à fond pour dire votre stupéfaction, votre ébahissement, votre désarroi, quand vous vous êtes trouvé/e devant un mur blanc, là où auparavant, vous aviez l’habitude de contempler une scène colorée qui vous réjouissait le cœur ou un paysage sublime qui vous émouvait chaque fois que vous le voyiez – à vous d’inventer et d’étoffer.

Pensez à utiliser des structures exclamatives, des structures d’interlocution, des mises en relief pour exprimer la modalité d’indignation. Quelques exemples :

Quel a été…! Quelle n’a pas été ma surprise quand…! Quelle n’a été… Imaginez mon… quand… !

Comment peut-on… ?

Cette fresque murale, c’était…

Qu’on puisse… est inconcevable ! [subordonnée complétive utilisée en sujet]

Cette murale, je la

Utilisez des noms, des adjectifs, des verbes intensifs. Servez-vous de la section Synonymes d’’Antidote pour choisir des mots qui portent et de la section Cooccurrences pour trouver des combinaisons idiomatiques. Voici par exemple les 14 premières cooccurrences du nom art avec un adjectif descriptifL’adjectif « descriptif » s’oppose à l’adjectif classificateur, qui détermine une sous-catégorie : art contemporain, art culinaire, etc. :

Procédés Antidote

3e paragraphe :
Déplorez le manque de sensibilité artistique, de sens communautaire du vandale, du barbare, du philistin qui a pu, sans émoi, effacer un emblème, un symbole, un point focal du quartier. Interrogez-vous, peut-être, sur le peu de cas que faitFaire peu de cas de qqch : ne pas y accorder d’importance. la municipalité de la culture visuelle, sur l’absence d’une politique d’art urbain digne de ce nom. Ou encore, appelez vos concitoyens à réagir, à protester.]

Pensez à utiliser des noms, des adjectifs, des déterminants et des pronoms dépréciatifs pour désigner « ces » personnes, « ces gens-là » qui n’« ont cure  » de la culture populaire, de la vie de quartier, etc.

  • Emploi dépréciatif des démonstratifs :

Celui-là, on s’en souviendra !

« Chez ces gens-là, on ne vit pas, Monsieur. On ne vit pas, on triche. » (Ces gens-là, chanson de Jacques Brel dans laquelle il dénigre le style de vie austère et mesquin d’une famille bourgeoise des années 1960.)

  • Pronoms /Déterminants indéfinis qui peuvent contribuer à une modalisation dépréciative :

Certaines personnes n’ont aucun….

D’aucuns n’hésitent pas à…

  • Noms génériques de personnes ayant une valeur dépréciative ou pouvant en prendre une (souvent par les mots qui les accompagnent) :

C’est un individu qui… / Quel genre d’individu faut-il être pour… Il faut être un bien triste individu pour… [triste ici ne signifie pas « qui éprouve de la tristesse », mais « qui suscite la tristesse, la consternation, le mépris » (Individu est un mot essentiellement négatif en français, sauf quand on l’emploie dans un sens générique sociologique pour désigner l’unité élémentaire de la société qu’est l’être humain.)

Les sales types ne sont pas toujours ceux qu’on pense.

Quel triste personnage, vous faites ! / Vous êtes un personnage méprisable ! / Vous n’êtes qu’un personnage malfaisant…

  • Verbes exprimant un jugement négatif sur des comportements, des opinions :

Avec votre peinture blanche, vous crachez votre mépris sur la joie de vivre des habitants de ce quartier !

Je me devais de décrier publiquement votre mépris pour les habitants de ce quartier !

N.B. Ne recopiez pas simplement l’une de ces phrases. Leur but est simplement de nourrir votre base lexicale.

Chapitre 10 - Défendre une opinion, une thèse

10

Objectifs d’apprentissage

  • Comprendre les types de jugements
  • Travailler à mieux soutenir les jugements par des explications, des justifications, des argumentations
  • Utiliser différents outils de modalisation pour véhiculer son appréciation
  • Renforcer les points de langue suivants : modalisation par des adjectifs; répartition des emplois entre il est et c’est; accord des adjectifs
  • Rédiger des appréciations de chansons

1. Jugement et argumentation

Donner son opinion, c’est opérer un choix parmi plusieurs opinions possibles. C’est porter un jugement : par exemple, « telle candidate est, selon moi, meilleure que telle autre ».

L’opinion n’est véritablement intéressante qu’argumentée. D’ailleurs, même les sondages d’opinion cherchent souvent à mettre au jour les raisons derrière les choix :

Pourquoi préférez-vous tel produit à tel autre ?

Quelles sont les trois principales raisons pour lesquelles vous allez voter pour notre parti politique :

1.1 Les types de jugements

Les choix opérés reposent sur des jugements. On distingue généralement quatre types de jugements :

A priori, le jugement de fait n’a pas besoin d’être argumenté. En effet, il peut être vérifié et donc, il n’est pas sujet à controverse. « Les cours sont arrêtés à cause de la grève » est un fait. Mais dans quelle mesure ce qui est présenté comme un « fait » est-il vraiment un fait ou l’expression exacte du fait : est-ce que ce sont « les » cours (= tous les cours) ou « certains » cours ou « la plupart » des cours qui sont arrêtés ? On peut donc argumenter sur le statut de fait de beaucoup de « faits ». Par ailleurs, le choix même des faits présentés dans le contexte d’une opinion va amener ou non l’interlocuteur à partager l’opinion. Enfin, un fait n’est jamais présenté « tout nu » dans le discours. Il s’inscrit dans une trame, il est présenté sous un certain angle, et donc, au fil du discours, les faits mentionnés (et ceux qui sont tus) sont très argumentatifs.

Le jugement de préférence ne pouvant être contesté au niveau logique (« des goûts et des couleurs, on ne discute pas », dit le proverbe), il n’est pas directement argumentable, mais il peut très bien être soutenu par une explication, une justification. Si je dis qu’entre le film a et le film b, je préfère le film a, je n’affirme pas que le film a est meilleur que le film b : je dis simplement qu’il me plaît plus que le b; c’est mon droit.

Le jugement de valeur, lui, peut être contesté et donc peut faire l’objet d’une argumentation et d’une contre-argumentation (réfutation). Si je dis que le film a EST meilleur que le film b, je n’affirme pas simplement ma préférence; je dis, sur la base d’une analyse (plus ou moins développée), que le film a a de plus grandes qualités que le film b. La plupart des définitions de l’argumentation considérée du point de vue du discours incluent la dimension de confrontation de discours opposés (pas de débat, pas d’argumentation. Dans les mots de Jacques Moeschler : « Cette propriété qu’a l’argumentation d’être soumise à la réfutation me semble être une de ses caractéristiques fondamentales et la distingue nettement de la démonstration ou de la déduction, qui, à l’intérieur d’un système donné, se présentent comme irréfutablesJacques Moeschler, Argumentation et conversation, Hatier, 1995, p. 46-47. Cité dans Mariane Doury, Argumentation : analyser textes et discours, Colin, 2016, p. 14.. »

Le jugement de prescription, comme son nom l’indique prescrit quelque chose : il peut s’agit d’une recommandation, d’une obligation, d’une exhortation : il ne faut pas faire de fautes d’accord dans ses rédactions. Ce jugement de prescription repose sur une norme : « les textes pleins de fautes d’accord montrent une piètre maîtrise de la langue écrite; ils ne sont pas beaux ». Cette norme est un jugement de valeur, contestable dans l’absolu (l’écriture peut être riche en dépit des transgressions grammaticales; l’orthographe grammaticale n’est pas le style, etc.), mais pas dans le cadre d’un cours de français langue seconde… Vous n’emporteriez pas l’adhésion de votre lecteur (votre professeur). Le jugement de prescription peut aussi découler d’un jugement de fait : « il faut que cette grève se résolve » peut découler du jugement de fait « les cours sont arrêtés à cause de la grève ». Comme on le voit, le jugement de prescription est un appel à l’action, qui, lui-même, peut soutenir un jugement de valeur : terminer une critique de livre ou de film par « Lisez-le » ou « Je vous recommande ce film » est un argument (très conventionnel) en faveur dudit livre ou film.

Comprendre les types de jugement et les interactions entre eux aide à écrire une appréciation un peu étoffée, comme vous en écrirez dans les exercices d’application de la section 3.

1.2 Expliquer, justifier et argumenter ses jugements

À l’oral, on se place souvent comme point de départ pour exprimer un jugement, donner son opinion :

Je trouve que la plateforme du parti X est pleine de trous.

J’ai adoré ce film.

Je n’aime pas du tout ce chanteur.

On peut évidemment dire exactement la même chose sans je :

La plateforme du parti X est pleine de trous.

Ce film est excellent. / C’est un excellent film.

Ce chanteur est pourri/nul. / C’est un mauvais chanteur.

En d’autres mots, le jugement peut très bien s’exprimer sans je : l’énoncé demeure un jugement à argumenter.

On peut énoncer son jugement et le justifier après ou faire l’inverse : analyser, critiquer pour aboutir au jugement général. Observons ces débuts de quelques avis sur le film La ch’tite famille (2018) de Daniel Boon, publiés sur le site Sens Critique. L’opinion transparaît dès la première phrase (dès le titre aussi la plupart du temps), même sans qu’elle soit directement assertée.

La Ch’tite famille

Quasiment 10 ans pile après la sortie de Bienvenue chez les Ch’tis, Dany Boon tente de réitérer le succès de la comédie made in ch’timi en reprenant même une partie du casting. Alors, pari réussi ? Plus ou moins selon nous. […]

https://www.senscritique.com/film/La_Ch_tite_famille/critique/161078508

Jugement obligatoire à inférer detente : le réalisateur ne réussit pas son pari (du moins pas complètement).
Ou comment Dany Boon se repose un peu trop sur ses lauriers

Dany Boon serait-il en manque de succès au point de refaire un film sur les Ch’tis ? Non pas que ses dernières comédies soient des échecs commerciaux, loin de là ! Mais à bien y regarder, vous vous rendrez compte que les scores affichés par ses films diminuent peu à peu : Bienvenue chez les Ch’tis (20,5 millions d’entrées), Rien à déclarer(8,2 millions), Supercondriaque (5,3 millions) et RAID Dingue (4,5 millions). Est-ce pour cela que l’acteur-réalisateur décide de revenir à ce qui a fait sa renommée ?

https://www.senscritique.com/film/La_Ch_tite_famille/critique/141865606

Deux questions rhétoriques qui se font écho au début et à la fin du paragraphe qui expriment le même jugement négatif : rien d’original, seulement la reprise d’une recette gagnante.
Qu’est-ce qu’on a fait au bon Ch’ti ?

Si Dany Boon n’avait pas signé lui-même La Ch’tite famille, on aurait pu sans peine l’attribuer à la filmographie nauséeuse de Philippe de Chauveron, comme le troisième volet bouclant une trilogie gerbante entamée avec Qu’est qu’on a fait au bon dieu ? et A bras ouverts. Car à l’instar de ces deux points noirs du paysage cinématographique français, cette comédie jamais drôle ne fonctionne que sur une accumulation de clichés navrants, poussant la caricature à la limite du racisme social. […]

https://www.senscritique.com/film/La_Ch_tite_famille/critique/162226713

La modalité d’appréciation négative fonctionne ici à fond par l’emploi de qualifications et de caractérisations toutes plus péjoratives les unes que les autres.

Noter aussi l’argumentation par association négative (un argument d’autorité inversé).

De la tendresse

Bien sûr c’est du même tonneau que le célébrissime Bienvenue machin… Et après, si c’est aussi agréable à regarder ? […]

https://www.senscritique.com/film/La_Ch_tite_famille/critique/161111332

Qui dit concession (bien sûr), dit inversion argumentative à venir (et après) (combinaison équivalente au certes… mais).
Chassez le naturel et il revient au galop !

Avant d’aller voir La Ch’tite famille, j’avais peur d’une redite lourde dix ans après Bienvenue chez les Ch’tis et du « rire pour faire rire », à savoir une comédie efficace et passe-partout qui divertit le grand public mais qui s’oublie tout aussi rapidement. Eh bien, j’ai bien fait d’y être allé pour me faire ma propre idée, car […]

https://www.senscritique.com/film/La_Ch_tite_famille/critique/160840117

La seule raison d’énoncer une peur passée en début de critique, c’est pour dire qu’elle n’était pas fondée. « Autoréfutation » qui vise à dire qu’on n’est pas idiot, qu’on sait qu’a priori, on peut avoir beaucoup de doutes. Fonctionne ici comme une concession.

2.Points de langue autour du jugement : la modalité appréciative, l’opposition il est/c’est; l’accord de l’adjectif

2.1 La modalité appréciative

La modalité appréciative exprime tous les aspects et tous les degrés de l’opposition entre le positif et le négatif d’un point de vue subjectif : bon/mauvais, bien/mal, beau/laid, etc. Pour écrire une bonne appréciation de chanson, il est donc utile d’avoir une bonne palette de modalisateurs d’appréciation. L’exercice ci-dessous vous propose une petite exploration d’adjectifs appréciatifs utiles pour parler de chansons. (Voir la section 4.2 c sur la modalisation dans le chapitre 8 pour tour d’horizon des différentes modalités.)

Exercice n° 1

Cherchez dans Antidote une dizaine de cooccurrences adjectives appréciatives positives pour les mots chanson et musique et quelques-unes qui pourraient être dépréciatives, mais qui n’empêchent pas l’appréciation positive.

Une chanson envoûtante (très positif); une chanson fleur bleue (plutôt négatif, mais facilement inversable argumentativement : certes, c’est un peu fleur bleue, mais…)

2.2 L’opposition c’est / il est

Il est difficile pour les anglophones de maîtriser la répartition des emplois entre il/elle est et c’est (+ formes plurielles) parce que l’anglais n’a pas la même répartition entre he/she/it is et this is (+ formes plurielles).

Or, on est presque immanquablement appelé à utiliser un présentatif et une reprise par un pronom personnel lorsqu’on décrit une personne, un objet ou qu’on porte un jugement sur cette personne, cet objet :

C’est un chanteur tellement passionné.

Il a été la coqueluche des adolescentes pendant toute une décennie.

C’EST / IL EST

Pour identifier une chose ou une personne ou commenter un fait ou un événement.

N. B. Les phrases commençant par c’est ou ce sont peuvent toujours répondre à l’une des trois questions suivantes :

  • Qu’est-ce que c’est ?
  • Qui est-ce ?
  • Comment est-ce ?
EMPLOIS EXEMPLES
  • Devant un nom propre
  • Devant un nom précédé d’un déterminant (article, déterminant possessif, démonstratif, indéfini, numéral…)

N. B. Le présentatif c’est produit toujours, à différents degrés, une mise en relief. Parfois la mise en relief est mineure :
Qui est ce type ? C’est un chanteur (pour ne pas répéter et dire : Ce type est un chanteur).
Parfois, la construction vise spécifiquement à mettre en relief :
Ce sont tous les musiciens groupe qui méritaient le prix = pas uniquement le chanteur.

 

  • Devant un pronom tonique : moi, toi, lui, elle, nous, vous, eux, elles

N. B. Le verbe reste singulier lorsqu’on s’annonce à une porte, au téléphone.

 

  • Devant un adjectif ou un adverbe de commentaire.
C’est Shakira.

Ce sont Sting et Shaggy.

 

C’est un chanteur. / C’est le soliste du groupe. / Ce sont des choristes.

Ce sont nos musiciens.

C’est ce chanteur qui a remporté le trophée.

Ce sont tous les musiciens du groupe qui méritaient le prix.

Ce sont trois excellents musiciens.

C’est lui qui chante le mieux.

Ce sont eux qui ont gagné.

Ouvrez ! C’est nous ! On vient pour la répétition Ou pratique en français canadien courant (comme l’anglais practise)..

 

C’est bon, ce spectacle.

C’est bien ce qu’elle chante.

IL/ELLE EST // ILS/ELLES SONT

Pour indiquer une qualité, une nationalité ou une fonction, comme une profession…

EMPLOIS EXEMPLES
  • Devant un adjectif
  • Devant un nom de fonction, de profession

N. B. N’oubliez pas qu’en français, on ne met pas d’article devant un nom attribut. Si on veut ajouter une qualification dans la construction Il/elleêtre nom attribut, il faut utiliser le présentatif :
Elle est trompettiste / C’est une bonne trompettiste.

Ce chanteur, il est excellent.

Il est québécois, je crois.

 

Elle est trompettiste.

Elles sont musiciennes de mère en fille dans cette famille.

IL EST (pronom il impersonnel ne reprenant rien)

Pour poser quelque chose comme existant de façon ponctuelle ou générale.

EMPLOIS EXEMPLES
  • Pour introduire l’heure
  • Pour construire des locutions impersonnelles de jugement
Il est 19 h. Il est temps de partir pour le concert.

 

Il est dommage qu’elle n’ait pas fait de rappel.
N.B. Dans la langue familière, on utilise souvent le présentatif c’est dans ces constructions :
C’est dommage qu’elle n’ait pas fait de rappel.

 

Exercice n° 2

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Exercice n° 3

Phrases à traduire.

  1. He is a remarkable singer.
  2. It is a lovely song.
  3. She is a music composer.
  4. She is a famous music composer.
  5. She is a great lyricist.

 

2.3 L’accord de l’adjectif

Vous avez revu dans le point 4 du chapitre 1, la formation du féminin et du pluriel des adjectifs. L’exercice d’accord suivant ne pose aucune difficulté morphologique particulière, mais il vous forcera à vous rappeler que les adjectifs s’accordent en tout temps et surtout, il vous fera découvrir quelques classiques de la chanson française.

 

Exercice n° 4

Accordez les adjectifs entre parenthèses.

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3. Applications rédactionnelles et exercices

3.1 Rédaction courte : votre chanson d’amour préférée

Rédaction n° 1

Quelle est votre chanson d’amour préférée ? Répondez en un paragraphe (pas trop long) dans lequel vous justifierez bien pourquoi cette chanson est votre chanson d’amour préférée. La langue de la chanson n’importe pas.

Il s’agit davantage de communiquer les émotions que cette chanson suscite en vous que de chercher à convaincre de l’excellence de cette chanson. Vous faites un jugement de référence et non un jugement de valeur (section 1 de ce chapitre). Cela étant, votre jugement de préférence n’exclut pas des éléments de valeur.

  • Utilisez des constructions causales et explicatives variées.
  • Choisissez bien vos adjectifs descriptifs et appréciatifs.
  • Assurez-vous de choisir les termes exacts pour parler de la chanson.

N.B. Privilégiez la qualité de l’écriture plutôt que la longueur. Votre paragraphe ne fera sans doute pas plus d’une dizaine de phrases, voire moins.

N’oubliez pas qu’on ne dit pas une chanson par mais une chanson de : Formidable est une formidable chanson de Stromae.

 

3.2 Exercices de correction

Exercice n° 5

Accord :

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Exercice n° 6

Corrigez les phrases suivantes selon les indices donnés pour chacune.

Vocabulaire (dont prépositions) :

  1. *Ma chanson d’amour préférée s’appelle Michelle.
  2. *Michelle, par les Beatles, est ma chanson d’amour préférée.
  3. *Il exprime tant douleur dans sa voix que l’auditeur vit lui-même cette émotion.
  4. *Elle est facile d’apprendre par cœur.
  5. *C’est une vraiment jolie chanson et je recommande vivement de regarder le clip.
  6. *Cette légèreté est grâce au rythme et à l’usage du piano.
  7. *Cette chanson est à propos d’un homme qui est tombé amoureux avec une femme qu’il a connue depuis son enfance.
  8. *Elle aura toujours ses souvenirs de leur temps ensemble.

Articles :

  1. *Il est déjà reconnu comme un génie de hip-hop.
  2. *On doit avoir de courage pour laisser quelqu’un qu’on adore.
  3. *Tout le monde espère trouver une âme sœur.

Verbe pronominal / déterminant possessif :

  1. *Cette chanson fend mon cœur.

Place de l’adverbe :

  1. *Cette chanson toujours me donne la chair de poule.

Anacoluthe :

  1. *Étant l’une des chanteuses les plus aimées en Égypte, ses chansons sont devenues des classiques.

Redondance :

  1. *Si je devais choisir la meilleure version, selon moi je choisirais celle-ci.

Vous trouverez les corrigés des exercices ici.

3.3 Rédaction courte n° 2

Rédaction n° 2

En tenant bien compte de ce que vous avez appris de l’écriture et de la correction de la rédaction n° 1 (votre chanson d’amour préférée), faites le même exercice de rédaction à propos de votre chanson d’enfant préférée ou d’une chanson de langue française que vous aimez beaucoup.

Même longueur, même but, mais vous pouvez, si vous le désirez, intégrer des éléments d’analyse plus techniques sur le texte ou sur la musique.

 

 

Exercices interactifs

II

Exercices interactifs

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Points de langue

III

Points de langue

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Construction et emploi des verbes

11

adresser

adresser

to address a problem = s’occuper d’un problème/aborder un problème/ s’attaquer à un problème / remédier à un problème
to address a letter to somebody = adresser une lettre à quelqu’un
to address an audience = s’adresser à un public

Mal formé

Bien formé

  • *Il a adressé le problème.
  • Il s’est occupé du problème.
  • Il a adressé sa lettre directement au président.
  • Il s’est adressé directement au président.

 

s’agir

(s’)agir

to be about smthg = s’agir de qch / qqn (toujours à la troisième personne du singulier)

Mal formé

Bien formé

  • *Ce roman s’agit d’un personnage célèbre.
  • Dans ce roman, il s’agit d’un personnage célèbre.
    Ce roman traite d’un personnage célèbre.

approuver

approuver

to approve of smthg = approuver qqch

 

Mal formé

Bien formé

  • *Je n’approuve pas de ses méthodes.
  • Je n’approuve pas ses méthodes.

 

 

assumer

assumer

to take on a responsibility = assumer
to assume = supposer

Mal formé

Bien formé

  • *J’assume qu’il va venir.
  • Je suppose qu’il va venir.
  • J’assume les conséquences de mes actes.

 

 

attendre

attendre

to wait for sb / smth = attendre qqn / qqch
to attend = assister à

Mal formé

Bien formé

  • *J’attends pour le bus.
  • *Il attend la classe.
  • J’attends le bus.
  • Il assiste au cours.

aviser

aviser

to advise sb of thng = informer qqn de qch
to advise sb to do thng = recommander à qqn de faire qch
aviser qqn = officially notify sb
aviser = to think it over

Mal formé

Bien formé

  • *J’ai avisé mon professeur que je serai absente.
  • *On m’a avisé de consulter un avocat.
  • J’ai informé mon professeur que je serai absente.
  • On m’a recommandé de consulter un avocat.
  • Si vous quitez le territoire, vous devez en aviser les autorités.
  • On avisera, le moment venu.

(avoir) besoin

(avoir) besoin

to need smthg = avoir besoin de qqch

Mal formé

Bien formé

  • *J’ai besoin mon dictionnaire.
  • J’ai besoin de mon dictionnaire.

chercher

chercher

to look for sb /smthg = chercher qqn / qch

Mal formé

Bien formé

  • *Je cherche pour mes clés.
  • Je cherche mes clés.

continuer

continuer

to continue doing smthg = continuer à / de faire qqch

Mal formé

Bien formé

  • *Elle continue faire les choses qu’elle aime.
  • Elle continue de faire les choses qu’elle aime.
  • Elle continue à faire les choses qu’elle aime.

comprendre

comprendre

to be comprised of / to include (smthg /sb) = comprendre (qqun /qch)

Mal formé

Bien formé

  • *L’armée est comprise de 80% d’hommes.
  • L’armée comprend 80% d’hommes.
    L’armée est constituée de 80% d’hommes.

demander

demander

ask for smthg = demander qqch
ask some smthg = demander qqch à qqn
ask a question = poser une question
On ne peut pas passiver à partir du COI –> « demander à quelqu’un »

Mal formé

Bien formé

  • *J’ai demandé pour le chemin.
  • *J’ai demandé le passant le chemin.
  • *je voudrais vous demander une question.
  • *J’ai été demandé le chemin.
  • J’ai demandé le chemin.
  • J’ai demandé le chemin au passant.
  • Je voudrais vous poser une question.
  • On m’a demandé le chemin.

déranger

déranger

to bother oneself + se déranger
to disturb =déranger qqn

xxxx

xxxxxx

  • *Ne dérange pas.
  • *Ne te dérange pas ta mère.
  • Ne te dérange pas.
  • Ne dérange pas ta mère.

écouter

écouter

to listen to sb /smthg =écouter qqn/ qqch

Mal formé

Bien formé

  • *J’écoute à mon professeur.
  • J’écoute mon professeur.

enregistrer

enregistrer

to record = enregistrer
to register = s’inscrire

Mal formé

Bien formé

  • *Je me suis enregistrée dans le cours.
  • Je me suis inscrite dans le cours.
  • Tu as enregistré une chanson.

 

 

espérer

espérer

to hope for smthg = espérer qqch

Mal formé

Bien formé

  • *Nous espérons de passer une très bonne soirée.
  • Nous espérons passer une très bonne soirée.

exiger

exiger

to require smthg from sb = exiger qch de qqn
to require sb to do smthg = exiger de qqn qu’il fasse qqch

Mal formé

Bien formé

  • *Le Canada a exigé à la Chine qu’elle respecte les traités commerciaux.
  • Le Canada a exigé de la Chine qu’elle respecte les traités commerciaux.

se fier à

se fier

to depend on /se fier à

Mal formé

Bien formé

  • *Je me fie sur elle.
  • Je me fie à elle.

fournir

fournir

to provide smthg for sb = fournir qqch à qqn

Mal formé

Bien formé

  • *Je veux fournir une meilleure vie pour ma famille.
  • Je veux fournir une meilleure vie à ma famille.

hésiter

hésiter

to hesitate to do smthg = hésiter à faire qqch

Mal formé

Bien formé

  • *J’hésite de le contacter.
  • J’hésite à le contacter.

influencer

influencer

to influence sb = influencer qqn
to influence a decision = influencer une décision
to influence sb to do smthg = pousser qqn à faire qch

Mal formé

Bien formé

  • *Légaliser le cannabis influencera plus d’enfants de vouloir en fumer.
  • Légaliser le cannabis poussera plus d’enfants à vouloir en fumer.

intéresser

intéresser

to interest sb in smthg = intéresser qqn à qch
to care about smthg = s’intéresser à qqch

Mal formé

Bien formé

  • *Mon professeur m’a intéressé dans cette matière.
  • *Je suis intéressé à la peinture.
  • Mon professeur m’a intéressé à cette matière.
  • Je m’intéresse à la peinture.

manquer

manquer

to miss sb = (qqn) manquer à qqn.
to miss a target /a transportation = manquer une cible / un moyen de transport.

Mal formé

Bien formé

  • *Je manque mes amis.
  • *Julia manque les paysages montagneux des Alpes.
  • Mes amis me manquent.
  • Les paysages montagneux des Alpes manquent à Julia.
  • Ils ont manqué leur train.

obliger

obliger

to oblige / force sb to do smthg = obliger quelqu’un à faire qch
to have to do smthg = être obligé de faire qch
(voix passive)

Mal formé

Bien formé

  • *Elle oblige sa fille de manger des légumes.
  • Elle oblige sa fille à manger des légumes.
  • Je suis obligé de partir, car j’ai du travail.

participer

participer

to participate in / participer à

Mal formé

Bien formé.

  • *J’ai participé dans la compétition.
  • J’ai participé à la compétition.

payer

payer

to pay for smthg = payer qqch
to pay one’s respects = présenter ses respects

Mal formé

Bien formé

  • *Il a payé pour sa place de théâtre.
  • *J’ai payé mes respects à la famille du défunt.
  • Il a payé sa place de théâtre.
  • J’ai présenté mes respects à la famille du défunt.

permettre

permettre

to allow sb to do smthg = permettre à qqn de faire qqch

Mal formé

Bien formé

  • *J’ai permis mon frère de venir avec moi.
  • J’ai permis à mon frère de venir avec moi.

plaire

plaire

to please sb / to be appealing to = plaire à qqn

Mal formé

Bien formé

  • *Cette fille plait mon cousin.
  • Cette fille à mon cousin.

prétendre

prétendre

to claim = prétendre
to prétend = faire semblant

Mal formé

Bien formé

  • *Elle prétend qu’elle pleure.
  • Elle fait semblant de pleurer.
  • Je prétends que tout ce que je raconte est vrai.

 

 

quitter

quitter

to leave a place / sb = quitter un lieu / sb
to quit = abandonner qch / partir

Mal formé

Bien formé

  • *Il a quitté.
  • Il a abandonné le cours.
  • Il est parti.

répondre

répondre

to answer sb = répondre à qqn
to answer the phone = répondre au téléphone
to answer a question = répondre à une question

Mal formé

Bien formé

  • *Elle répond son frère.
  • *Elle répond le téléphone.
  • *Elle répond ma question.
  • Elle répond à son frère.
  • Elle répond au téléphone.
  • Elle répond à ma question.

regarder

regarder

to look at sb / smthg = regarder qqn /qch

Mal formé

Bien formé

  • *Elle regarde à son amie.
  • Elle regarde son amie.

ressembler

ressembler

to resemble sb / to look like sb = ressembler

Mal formé

Bien formé

  • *Elle ressemble sa mère.
  • Elle ressemble à sa mère.

retourner

retourner/revenir

to go back = retourner
to come back = revenir

Mal formé

Bien formé

  • *Je suis retourné ici.
  • Je suis revenu ici.
  • Je suis retournée au cinéma pour voir ce film que j’avais adoré la première fois.

 

 

risquer

risquer

to risk (+ing) = risquer de (+ infinitif)

Mal formé

Bien formé

  • *Il risque perdre son travail.
  • Il risque de perdre son travail.

 

souhaiter

souhaiter

to wish to do / to be smthg = souhaiter faire / être

Mal formé

Bien formé

  • *Elle souhaite de devenir enseignante.
  • Elle souhaite devenir enseignante.

sûr

(être) sûr

to be sure of smthg = être sûr(e) de qqch

Mal formé

Bien formé

  • *Je ne suis pas sûre ce que je veux faire plus tard.
  • Je ne suis pas sûre de ce que je veux faire plus tard.

survivre

survivre

to survive sb / smthg = survivre à qqn /qch

Mal formé

Bien formé

  • *Ils ont survécu la guerre.
  • Ils ont survécu à la guerre.

visiter

visiter

to visite a place = visiter un lieu
to visit sb = rendre visite à qqn

Mal formé

Bien formé

  • *Je visite ma grand-mère.
  • Je rends visite à ma grand-mère.

Prépositions et conjonctions

12

Prépositions et conjonctions

A B C D E F G H I J K L M N O P Q R S T U V W X Y Z

 

à

à

Lieu : Je vis à Toronto. = I stay in Toronto.
Heure : Je te verrai à six heures. = I will see you at 6 O’clock.
Bénéficiaire : Ce jouet est à Jean. = This toy belongs to John.
Contenant, finalité :
une cuiller à thé = a tea spoon
Prix :
des livres à dix dollars = ten dollar books

Mal formé

Bien formé

  • *Je vis à Canada.
  • *Je vais à Julie.
  • Je vis au Canada.
  • Je vais chez Julie.

à cause de

à cause de

Par l’action de :
(+ groupe nominal)
J’ai mal à cause d’une mauvaise chute. = I hurt because of a bad fall.

Mal formé

Bien formé

  • *J’ai mal à cause de tomber.
  • J’ai mal parce que je suis tombée.

*à cause que n’est pas attesté. La conjonction correspondante est parce que

  • *J’ai mal à cause que je suis tombée.
  • J’ai mal parce que je suis tombée.

à côté de

à côté de

Proximité : Je suis assise à côté de mon ami. = I seat next to my friend.

Mal formé

Bien formé

  • *Il y a un restaurant à côté la maison.
  • Il y a un restaurant à côté de la maison.

après

après

Postériorité temporelle :
après les vacances = after the holidays
Postériorité spaciale :
Ma maison est après la mairie = My house is after the city hall.

Mal formé

Bien formé

  • *Je vous retrouverai après finir mes devoirs.

  • je vous retrouverai après avoir fini mes devoirs.

après que
(conjonction suivie de l’indicatif)

Postériorité temporelle :
après que tu es arrivé = after you arrived

Mal formé

Bien formé

  • *La pluie s’est mise à tomber après qu’il soit rentré.
  • La pluie s’est mise à tomber après qu’il est rentré.

avant

avant / avant de

Antériorité temporelle :
avant l’été = before summer
Antériorité spaciale :
Arrête-toi avant le carrefour. = Stop before the crossroads.

Mal formé

Bien formé

  • *Je dois manger avant sortir.
  • *Je dois ranger ma chambre avant qu’il vient.
  • *Il y a un colis avant la porte.
  • je dois manger avant de sortir.
  • Je dois ranger ma chambre avant qu’il vienne.
  • Il y a un colis devant la porte.

avant que
(conjontion suivie du subjonctif)

Antériorité temporelle :
avant qu’elle parte = before she leaves

Mal formé

Bien formé

  • *Je dois ranger ma chambre avant qu’il vient.
  • Je dois ranger ma chambre avant qu’il vienne.

avec

avec

Accompagnement : venir avec qqun = come with sb
Instrument : travailler avec un outil = work with a tool
Manière : considérer qch avec prudence = consider sthg with caution

« avec » est rarement une bonne traduction pour « with» en anglais

Mal formé

Bien formé

  • *Une fille avec des cheveux noirs
  • *Couvert avec de la boue boue
  • *satisfait avec son travail
  • *Mouillé avec la rosée
  • *Qu’est-ce qui ne va pas avec toi?
  • *Malade avec l’inquiétude
  • *Aider quelqu’un avec quelque chose
  • *Il travaille avec l’ONU
  • Une fille aux cheveux noirs
  • Couvert de boue
  • satisfait de son travail
  • Mouillé par la rosée
  • Qu’est-ce qui ne va pas (chez toi)?
  • Malade d‘inquiétude
  • Aider quelqu’un à faire quelque chose
  • Il travaille pour l’ONU
  • →A girl with black hair
  • →covered with mud
  • →satisfied with his work
  • →Wet with dew
  • →What’s wrong with you?
  • →Sick with worry
  • →To help somebody with something
  • →He works with UNO

comme

comme

Représantatif d’une catégorie :
(sans article)
comme plat principal = as a main dish

Mal formé

Bien formé

  • *Comme un médecin il est formidable, mais pas comme un sportif.
  • *Comme étudiant, j’ai le droit d’emprunter des livres à la bibliothèque universitaire.
  • Comme médecin il est formidable, mais pas comme sportif.
  • En tant qu‘étudiant, j’ai le droit d’emprunter des livres à la bibliothèque universitaire.
    (relatif au statut qui confère une légitimité)

dans

dans

Intérieur d’un lieu : dans la ville = in the city
Intérieur d’un objet : dans la boîte= in the box
Intérieur d’une période : dans la vie = in life
Prospection temporelle : On part dans dix minutes. = We leave in ten minutes.

Mal formé

Bien formé

  • *Je me suis habillé dans dix minutes.
  • *Dans le matin. je déjeune.
  • *Je vis dans Toronto.
  • Je me suis habillé en dix minutes.
  • Le matin, je déjeune.
  • Je vis à Toronto.

de

de

Provenance (avec un verbe directionnel) : venir de = come from / arriver de = arrive from
Matière : gâteau de riz = rice pudding
Distance / différence : retarder de cinq minutes = to be five minutes slow
Possession: la voitue de mon ami = my friend’s car
Quantité: une bouteille d’un litre = a one-litre bottle

Mal formé

Bien formé

  • *J’ai acheté ce jouet du magasin.
  • *J’ai apris la nouvelle de Michel.
  • *Il a emprunté de l’argent de son père.
  • *C’est de cette personne dont je te parle.
  • J’ai acheté ce jouet au magasin.
  • J’ai appris la nouvelle par Michel.
  • Il a emprunté de l’argent à son père.
  • C’est la personne dont je te parle / C’est de cette personne que je te parle.

devant

devant

Qui fait face à :
devant toi = in front of you
En présence de :
parler devant des témoins = speak in front of witnesses

Mal formé

Bien formé

  • *Je dois me changer devant le dîner.
  • je dois me changer avant le dîner.

­­en

en

Lieu (pays, province, continent) : être / aller en Europe = be in / go to Europe
Durée d’accomplissement : finir en deux minutes = finish in two minutes
Matière : une montre en or = a gold watch
Moyen fermé : venir en voiture = to come driving
Manière : se reposer en dormant = to rest by sleeping
Concomitance (simultanéïté) : parler en marchant = speak while walking

Mal formé

Bien formé

  • *Je suis venu en vélo.
  • *Il passe son temps en regardant la télé.
  • Je suis venu à vélo.
  • Il passe son temps à regarder la télé.

­­par

par

Agent : Je l’ai appris par mon père. = Il learned it by my father.
Passage : Il est passé par ce lieu. = He went through this place
Moyen : Un message par courriel = an email message / a note by email
Distribution :
une tranche par personne = a slice per person

Mal formé

Bien formé

  • *C’est un roman par Victor Hugo.
  • *Donne-moi une réponse par demain.
  • C’est un roman de Victor Hugo.
  • Donne-moi une réponse avant demain.

­­pour

pour

Destination : partir pour les Caraïbes = leave for the Carabeans
But : venir pour voir qqun = come and see sb.
Durée projetée : Il a été élu pour 5 ans, mais il a démissionné au bout d’un mois.
= He was elected for 5 years, but he resigned after one mounth.
Prix :
Je l’ai obtenu pour 50 dollars. = I got it for 50 dollars.

Mal formé

Bien formé

  • *J’ai été étudiant pour deux ans.
  • Je suis étudiant depuis deux ans / J’ai été étudiant pendant deux ans.

pour que
(conjonction suivie du subjonctif)

But : pour qu’il lise = for him to read

Mal formé

Bien formé

  • *Nous sommes allés au parc pour que les enfant peuvent jouer.
  • Nous sommes allés au parc pour que les enfant puissent jouer.

­­sans

sans

Absence : sans raison = with no reason
Manque : sans amis = with no friends
Privation d’un objet déterminé : sans son chapeau = without his hat.

Mal formé

Bien formé

  • *Je bois mon café sans du lait.
  • Je bois mon café sans lait.

­­sur

sur

Surface : sur la table = on the table
Âge prospectif : Il va sur ses 6 ans. = He is about to turn 6.
Sujet : C’est un livre sur la Révolution française. = It’s a book about the French Revolution.

Mal formé

Bien formé

  • *J’ai vu une bonne émission sur la télévision.
  • *Ce concept est expliqué sur la page 29 du manuel.
  • *On doit s’arrêter sur le feu rouge.
  • *Est-ce que ce sujet sera sur le test ?
  • *Ils jouent sur la rue.
  • *Il est sur le bus / sur l’avion / sur le train.
  • *Il a grandi sur une ferme.
  • *On se verra sur le 15 juin.
  • *Elle siège sur le conseil d’administration.
  • J’ai vu une bonne émission à la télévision.
  • Ce concept est expliqué à la page 29 du manuel.
  • On doit s’arrêter au feu rouge.
  • Est-ce que ce sujet sera dans le test ?
  • Ils jouent dans la rue.
  • Il est dans le bus / dans l’avion / dans le train.
  • Il a grandi dans une ferme.
  • On se verra le 15 juin.
  • Elle siège au conseil d’administration.

L'expression des relations logiques

IV

L’expression des relations logiques

Organisateurs textuels

Les organisateurs textuels sont des mots ou des locutions qui permettent l’organisation d’un texte et de son contenu selon une structure logique et hiérarchisée.

Marqueurs de progression

Introduction Continuation Conclusion
  • premièrement
  • deuxièmement
  • finalement
  • d’abord
  • ensuite
  • enfin
  • tout d’abord
  • puis
  • en définitive
  • en premier lieu,
  • en second lieu,
  • en dernier lieu
  • au premier abord,
   
  • de prime abord
   
  • avant tout
 
  • en fin de compte
  • en conclusion
  • non seulement
  • mais encore
  • mais aussi
 
  • pour commencer
  • de plus,
  • en outre,
  • de surcroît,
  • encore,
  • ……… aussi (sauf en début de proposition)
  • Pour continuer,
  • pour terminer
  • pour conclure
  • pour finir
  • au début
   
  • Je commencerai par……..
  • J’ajouterai que ……
  • Je terminerai en disant que…

 

Ajout – addition
marqueurs exemple
  • de plus,
  • de même,
  • par ailleurs,
  • en outre,
  • au demeurant,
  • Elle est intelligente. De plus, elle est aimable.
  • également
  • je suis également très content de cette rencontre.
  • d’un autre côté
  • C’etait un beau voyage, et d’un autre côté cela m’a permis d’apprendre de nouvelles choses sur d’autres cultures que la mienne.
  • d’une part / d’autre part
  • D’une part, je suis content de vous voir et d’autre part j’ai des choses importantes à vous dire.

 

Illustration
marqueurs exemple
  • Par exemple,
  • Ainsi,
  • entre autres,
  • notamment,
  • Ainsi, je peux vous donner un exemple concret de ce que je prétends :

 

 

Synthèse
marqueurs exemple
  • Bref,
  • en bref
  • Bref, je suis ravie de notre discussion.
  • pour résumer
  • Pour résumer, voilà ce que j’avais à vous dire…
  • Au fond
  • Dans l’ensemble
  • En d’autres termes
  • En définitive
  • En somme
  • Essentiellement
  • Somme toute
  • Tout compte fait
  • Au fond, ça s’est très bien passé.

 

 

Marqueurs de cause

Expression de la cause

A. Conjonctions et locutions conjonctives (introduisant une proposition)

Locutions conjonctives suivies de l’indicatif

La cause étant considérée comme actualisée, les subordonnées de cause se construisent au mode indicatif.

 

Type d’explication Exemple
  • parce que
Introduit une réponse à une question en « pourquoi ». La cause est une information nouvelle.
  • J’ai un gros manteau parce qu’il fait froid.
  • puisque
Introduit un fait déjà connu. L’information nouvelle est dans la principale.
  • Puisque c’est ainsi, je ne viendrai plus.
  • Comme

 

Toujours en début de phrase dans la valeur causale.

 

Introduit un constat servant de cause à la conséquence exprimée dans la principale.
  • Comme je ne l’ai pas vu, je suis parti.

 

  • étant donné que

 

  • vu que

 

Introduit un constat servant de cause à la conséquence exprimée dans la principale.
  • Étant donné que tu ne me fais pas confiance, j’abandonne le projet.

 

  • Je ne viendrai pas, vu que vous n’avez pas besoin de moi.

 

  • du moment que

 

  • dès lors que
Introduit une cause suffisante pour justifier la conséquence.
  • Du moment que le travail est fait, je ne m’en mêle pas.

 

  • Dès lors que vous suivez la procédure, il ne devrait pas y avoir de problème.

 

À remarquer que la valeur temporelle est ici quasi inexistante, mais que les deux locutions peuvent aussi s’employer dans une valeur temporelle :

  • Du moment qu’il l’a aperçue,il n’a plus cessé de penser à elle.
  • Dès lors qu’on se sera mis d’accord, on pourra commencer le projet.
  • car
Introduit la justification permettant de rendre le début de l’énoncé valide.

Équivaut à « ce qui me permet de dire cela, c’est que… ».

Partons, car nous sommes en retard.

 

Heureusement que tu es là, car je craignais que tu ne viennes pas.

Ne peut se substituer à parce que que lorsque la justification est également une cause :

  • Il ne pourra probablement pas venir, car il est malade.
  • Il ne pourra probablement pas venir parce qu’il est malade.
  • pour la simple et bonne raison que
Introduit une justification causale qui se veut sans appel.
  • Je n’irai pas chez elle pour la simple et bonne raison que je ne veux plus la voir.
  • attendu que

 

  • considérant que
Langage juridique ou administratif. Introduit une cause connue, justifiant ce qui est dit ensuite.
  • Attendu que les dépenses ont dépassé les recettes l’an dernier, il est proposé d’augmenter la cotisation des membres.
  • du fait que
Introduit une justification causale de l’événement exprimé dans la principale.
  • Nous avons dû reprendre tout le travail, du fait que les clients étaient insatisfaits.
  • sous prétexte que
Introduit une justification d’une tierce personne que le locuteur juge non valide.
  • Sous prétexte qu’il y a trois centimètres de neige, certains étudiants ne viennent pas en classe.
  • d’autant plus que

 

  • d’autant moins que

 

  • surtout que
Justification d’une grande intensité qui s’ajoute à une autre qui peut être implicite..
  • Tu resteras à la maison ce soir, d’autant plus que tu as beaucoup de travail à rattraper.

 

  • Je ne te donnerai plus de conseils, d’autant moins que tu ne m’écoutes jamais.

 

  • On devrait se dépêcher, surtout qu’il nous reste beaucoup de travail à faire.

À noter que parmi les locutions de cause suivies d’une proposition à l’indicatif, il y en a une qui n’est pas conjonctive mais adverbiale.

 

  • en effet
Introduit la justification logique de ce qui précède la phrase. Toujours placé en tête de phrase.

 

N’est pas l’équivalent de in effect en anglais, mais plutôt de indeed.

  • Il ne pourra probablement pas venir. En effet, il est malade.

 

À remarquer la virgule qui suit en effet.

Locutions conjonctives suivies du subjonctif

Lorsque la cause est considérée comme non actualisée, les subordonnées de cause se construisent au mode subjonctif.

Type d’explication Exemple
  • soit que… soit que
Alternative entre deux causes incertaines. Soit qu‘elle ait oublié notre réunion, soit qu‘elle ait manqué son bus, elle n’est pas ici.

 

À remarquer que soit que… soit que peut introduire une alternative portant sur n’importe quoi, deux conséquences, deux actions possibles, etc.

  • ce n’est pas que

 

  • non que
La cause est fausse.
  • Ce n’est pas que je ne veuille pas vous accompagner au cinéma, mais j’ai beaucoup trop de travail.

 

  • Non que ton costume ne me plaise pas, mais il est trop élégant pour l’occasion.

 

B. Prépositions

Prépositions et locutions prépositionnelles suivies soit de l’infinitif, soit d’un substantif

Type d’explication Exemple
  • pour
Cause d’une récompense ou d’une punition.
  • Il a remporté un trophée pour avoir participé à la course.

 

  • Elle a été punie pour avoir fait des bêtises.

 

  • Il a été libéré pour bonne conduite.

 

À remarquer que l’infinitif qui suit un pour causal est au passé. Un infinitif présent exprimerait un but : J’étudie pour réussir.

  • sous prétexte de
Cause considérée comme non valide.

 

  • Sous prétexte d’aller se laver les mains, il a quitté la séance et n’est plus revenu.

 

  • Sous prétexte de rangement, il a jeté tous mes papiers importants.
  • faute de
Introduit une cause présentée comme quelque chose de manquant.
  • Faute d’étudier ses leçons, l’écolier risque de redoubler sa classe.

 

  • Faute de pluie, la récolte n’a pas été bonne.
  • à force de
Indique la répétition ou l’intensité de la cause.
  • À force d’insister, elle a obtenu le renseignement.

 

  • À force de volonté, il a vaincu la maladie.
  • du fait de
Introduit une origine à valeur causale.
  • Du fait d’avoir trop attendu, il n’a pas pu le rencontrer.

 

  • Du fait de sa grande taille, il lui a été facile d’attraper les verres sur l’étagère du haut.

Préposition et locutions prépositionnelles suivies d’un substantif uniquement

Type d’explication Exemple
  • à cause de
Cause négative.
  • J’ai eu des ennuis à cause de mon frère.
  • en raison de
Justification.
  • Il n’est pas venu en raison du mauvais temps.
  • grâce à
Cause positive.
  • Il a produit un superbe travail grâce à sa productivité.
  • sous prétexte de
Cause considérée comme non valide.
  • Sous prétexte de rangement, il a jeté tous mes papiers importants.
  • par manque de
Introduit une cause présentée comme quelque chose de manquant.
  • Par manque de persévérance, elle n’est pas allée au bout de son projet.
  • par
  • Elle l’a aidé par amitié.
  • à la suite de
  • Il est mort à la suite d’une longue maladie.
  • sous l’influence de

 

  • sous l’effet de
  • Sous l’influence de ses amis, il s’est mis à fumer.

 

  • Sous l’effet de l’alcool, il s’est endormi au volant.
  • vu

 

  • compte tenu de
  • Vu sa gentillesse légendaire, je suis certain qu’elle acceptera de te rendre service.
  • Compte tenu de ses résultats scolaires, elle est sûre de rentrer à l’université.

 

 

C. Cause marquée par un participe

Type d’explication Exemple
  • Participe passé
Résultat expliqué par une cause passée.
  • Parti très tôt de chez lui, Jean n’a pas vraiment profité de ses parents.
  • Les enfants partis, les vieux grands-parents sont immédiatement allés se coucher.

 

À remarquer que lorsque le sujet du participe passé est sous-entendu, il doit être le même que celui de la principale.

  • Participe présent
Justification
  • Croyant bien faire, il a mis les couteaux en bois dans le lave-vaisselle.
  • La pluie persistant, nous resterons enfermés chez nous.

 

À remarquer que lorsque le sujet du participe présent est sous-entendu, il doit être le même que celui de la principale.

  • Gérondif
Rapport de cause/conséquence lié à des événements simultanés.
  • Il est tombé en courant trop vite.

 

D. Cause exprimée par un subordonnée relative

Type d’explication Exemple
  • Surbordonnée relative explicative / appositive.
La relative à valeur causale n’est jamais déterminative et donc toujours entre virgules.
  • Jean, qui est parti très tôt de chez lui, n’a pas vraiment profité de ses parents.

 

F. Verbes introductifs d’une cause ou d’une conséquence

Verbes introduisant une cause
exemple
  • découler, dépendre, dériver, émaner, partir, procéder, provenir, résulter (de)
  • Ses résultats scolaires proviennent de sa paresse.
Verbes introduisant une conséquence exemple
  • amener, apporter, catalyser, causer, créer, déchaîner, déclencher, déterminer, donner lieu à, donner naissance à, engendrer, entraîner, faire, faire naître, former, générer, occasionner, produire, provoquer, soulever, susciter
  • Le vent amène la pluie.
Verbe conférant le statut de conséquence à ce qui l’accompagne
exemple
  • s’ensuivre
 
  • Un grand méchant loup rôde dans les parages. Il s’ensuit que plus personne n’ose sortir.

  • La grave bavure de ces policiers peut expliquer les émeutes qui s’ensuivent.

 

 

Marqueurs de conséquence

Expression de la conséquence

A. Conjonctions et locutions conjonctives en tête de phrase ou de proposition juxtaposée

Connecteurs Exemple
  • donc
La conséquence qui suit est présentée comme allant de soi.
  • Je pense, donc je suis (Descartes)

Remarque : peut aussi être placé à l’intérieur de la phrase :

  • Il a beaucoup de travail en retard. Il n’ira donc pas en vacances.
  • et
Quand et introduit une conséquence (plutôt qu’une addition), celle-ci peut être simultanée ou consécutive.
  • Je suis allée faire du ski et je me suis cassé le bras. [= pendant que je faisais du ski]
  • J’ai trop mangé et j’ai mal au ventre. [= le mal de ventre survient après]
  • ainsi
La conséquence va de soi en regard de la cause donnée (les choses étant ce qu’elles sont, la suite est inévitable)
  • Il buvait comme un trou depuis dix ans. Ainsi, il est mort d’une
    cirrhose. / Ainsi il n’est pas étonnant qu’il soit mort d’une cirrhose.


Remarque : s’accompagne d’une inversion dans la langue très soutenue.

  • aussi
En tête de phrase, « aussi » exprime « en principe » la conséquence et non l’addition comme on le fait souvent.
  • Il n’aimait pas son travail, aussi a-t-il démissionné. /
    Il n’aimait pas son travail. Aussi, il a démissionné.


Remarque : Dans la langue très soutenue, s’accompagne d’une inversion. Sans l’inversion, « aussi » est suivi d’une virgule.

  • d’où
Suivi d’un verbe de conséquence (à moins de nominaliser la phrase).
  • Elle est partie vivre au Groenland, d’où il résulte que ses amis se sentent bien seuls.
  • Il s’est fait avoir plusieurs fois. D’où sa méfiance.

Remarque : l’ellipse du verbe est très courante avec « d’où ».

  • alors
Marque la consécution (suite chronologique) plutôt que la conséquence, qui n’est qu’inférée par la chronologie.
  • Elle a terminé ce qu’elle avait à faire, alors elle est partie en avance.

Remarque : On ne peut pas utiliser alors pour des relations cause-conséquence qui ne sont pas chronologiques. Il s’emploie donc surtout dans le contexte de suites d’événements.

B. Conjonctions et locutions conjonctives ne s’employant qu’en tête de phrase ou après une ponctuation moyenne (point-virgule ou deux-points)

Connecteurs Exemple
  • C’est  pourquoi
La conséquence est présentée comme ayant besoin d’être justifiée. La cause qui précède devient un argument justifiant la conséquence.
  • Il pleut. C’est pourquoi je prends un parapluie.
  • Les études universitaires coûtent très cher. C’est pourquoi les étudiants n’ont d’autre choix que de travailler.
  • En conséquence
  • Par conséquent
  • Ils n’ont pas réussi à se mettre d’accord. Par conséquent,la décision a été reportée.
  • Le Sénat veut prendre tout le temps nécessaire pour examiner le projet de loi. En conséquence, il est peu probable que la loi entre en vigueur en juillet.

Remarque : Attention à ne pas faire une combinaison dles deux expressions. Il faut bien écrire « par » + « conséquent; « en » + conséquence.

Remarque : « En conséquence » est d’un registre plus soutenu que « par conséquent ».

 

Les quatre connecteurs suivants sont des marqueurs de provenance forts, puisqu’ils qui s’appuient sur la préposition « de » ou un dérivé de « de ».
  • Du coup
À cause du sens même du mot « coup », la conséquence a une valeur d’immédiateté.
  • Nous sommes
    arrivés trop tard pour la séance de cinéma.
    Du coup, nous sommes allés au restaurant.
  • De ce fait
Ce connecteur comprenant une reprise générique de la source (ce fait), le lien cause-conséquence est présenté comme très étroit.
  • Les gelées tardives ont fait des dommages dans les vergers. De ce fait, les fruits locaux coûteront plus cher cet été.
  • De là
Origine
  • Les étudiants ne voient pas toujours les objectifs particuliers de chaque tâche. De là vient la nécessité de mieux les expliquer. / De là la nécessité de mieux les expliquer.
  • Il a eu de mauvaises expériences. De là vient qu’il est méfiant

 

  • Dès lors
Ce qui précède est présenté comme le point de départ de la conséquence.
  • Cela risque de se terminer par un conflit. Dès lors, il vaut mieux se taire.

C. Connecteur discontinu corrélatif

Connecteur Exemple
  • Si… c’est que…
Corrélation entre une conséquence mise en avant et un fait déclencheur.
  • Si elle est directrice, c’est qu‘elle a sacrifié toute sa vie à son travail.

D. Subordonnants suivis de l’indicatif

Connecteur exemple
  • de (telle) façon que
  • de (telle) manière que
  • de (telle) sorte que
    Ces expressions suivies du subjonctif expriment le but. Lorsqu’elles sont suivies de l’indicatif, elles expriment la conséquence.
La conséquence est le résultat d’une manière de faire.
  • Il roule de telle façon que tous ses passagers ont peur.
  • Les couleurs de cette affiche sont fluorescentes, de sorte qu’on la voit de loin.
  • si bien que
  • J’ai dû faire la queue pendant des heures, si bien que j’avais les pieds complètement gelés à la fin.
  • à tel point que
  • tant et si bien que
Intensité
  • La chaleur a grimpé à tel point que les rivières sont complètement asséchées.
  • Elle adore la musique, tant et si bien qu’elle a abandonné ses études de droit pour se consacrer à son art.
  • si +adj/adv.… que
  • tellement +adv/adj… que
  • C’est si beau que j’en ai les larmes aux yeux.
  • Tu as tellement bien chanté que tu vas sûrement recevoir un prix.
  • tant de + nom que
  • tellement de + nom que
  • Il y a tant de monde que je risque de ne pas retrouver mes amis.
  • Nous avons reçu tellement de cadeaux que nous ne savons pas où les mettre.

E. Subordonnants suivis du subjonctif

  • trop de + nom… pour que,
  • assez de + nom… pour que,
Conséquence découlant d’une mesure
  • Elle a eu trop de succès pour que les critiques la touchent.
  • Il est assez prudent pour que tu puisses lui faire confiance
  • sans que
Fait ne pouvant se réaliser s’il n’est pas suivi de la conséquence présentée.
  • On ne peut rien lui dire sans qu‘il le prenne mal.

F. Subordonnants suivis de l’infinitif

Le sujet de la principale doit être le même que celui de la subordonnée.
Connecteur exemple
  • de manière à (+ infinitif)
  • de façon à (+ infinitif)
  • Je veux commencer tout de suite de manière à finir tôt.
  • trop… pour (+infinitif)
  • assez… pour (+infinitif)
  • au point de (+infinitif)
  • Tu es trop intelligent pour croire tout ce qu’on te dit.
  • Elle a étudié au point de ne plus pouvoir garder les yeux ouverts.
  • sans
  • Il s’en est sorti sans faire de dégâts.

G. Verbes introductifs d’une cause ou d’une conséquence

Verbes introduisant une cause exemple
  • découler, dépendre, dériver, émaner, partir, procéder, provenir, résulter (de)
  • Son remarquable succès provient de l’acharnement avec lequel elle travaille.
  • Ses excellents résultats résultent de son travail acharné.

Remarque : En anglais, la relation construite par le verbe « to result » fonctionne à l’inverse, de la cause à la conséquence : Her hard work resulted in excellent results.

Verbes introduisant une conséquence exemple
  • amener, apporter, catalyser, causer, créer, déchaîner, déclencher, déterminer, donner lieu à, donner naissance à, engendrer, entraîner, faire, faire naître, former, générer, occasionner, produire, provoquer, soulever, susciter
  • Le vent amène la pluie.
Verbe conférant le statut de conséquence à ce qui l’accompagne exemple
  • s’ensuivre
  • Un grand méchant loup rôde dans les parages. Il s’ensuit que plus personne n’ose sortir.
  • La grave bavure de ces policiers peut expliquer les émeutes qui s’ensuivent.

Marqueurs de but et d'intention

Locutions suivies du subjonctif
marqueurs exemple
  • pour que
  • je ferai tout pour que tu viennes.
  • afin que
  • Questionnez-le afin qu’il vous dise la vérité.
  • de peur que (ne)
  • de crainte que (ne)
  • je prends un parapluie de peur qu’il (ne) pleuve.
  • de façon (à ce) que
  • de manière (à ce) que
  • de sorte que

( ces expression suivies de l’indicatif expriment la conséquence.)

  • Il camouffle les ouvertures, de manière à ce qu’il fasse chaud dans la maison.

 

Expressions suivies de l’infinitif
marqueurs exemple
  • pour (+ infinitif)
  • Il faut beaucoup travailler pour réussir.
  • afin de (+ infinitif)
  • Je bois du café afin de rester éveillé.
  • de manière à (+ infinitif)
  • de façon à (+ infinitif)
  • Je veux commencer tout de suite de manière à finir tôt.
  • en sorte de (+ infinitif)
  • Fais en sorte de terminer ton travail à temps.
  • de peur de (+ infinitif)
  • de crainte de (+ infinitif)

( = de façon à ne pas (+infinitif))

  • Je me dépêche de peur d’être en retard.
  • en vue de (+ infinitif)
  • Je travaille à ce projet en vue d’être promu à un meilleur poste.
  • dans l’intention de (+ infinitif)
  • dans le but de (+ infinitif)
  • dans la perspective de (+ infinitif)
  • dans le dessein de (+ infinitif)
  • à dessein de (+ infinitif)
  • Elle est venue dans l’intention de nous faire céder.
  • dans le souci de
  • Je repasse une seconde couche de peinture dans le souci de bien faire les choses.
  • histoire de (+ infinitif)
    ( familier)
  • Je dis ça histoire de parler.
  • avec l’espoir de
  • avec l’idée de
  • avec l’arrière-pensée de
  • Il va à ce gala avec l’espoir d’y rencontrer des célébrités.

 

Expressions suivies d’un article + un nom
marqueurs exemple
  • pour
  • Je ferais n’importe quoi pour un sourire de sa part.
  • dans l’intention de
  • dans le but de
  • dans l’espoir de
  • Il court dans le but d’une victoire.
  • en vue de
  • Il fait tout cela en vue d’une promotion.
  • dans un souci de
  • Il prend ses décisions dans un souci de justice.
  • dans la perspective de
  • Elle se prépare dans la perspective de meilleurs jours.
  • dans l’idée de
  • Il ne produit ses films que dans l’idée d’un succès.
  • de peur de
  • de crainte de
  • Elle revoit ses leçons plusieurs fois de peur d’une mauvaise note.

 

Noms exprimant un but
marqueurs Expressions
  • ambition,
  • but,
  • détermination,
  • dessein,
  • intention,
  • objet,
  • projet,
  • propos,
  • résolution,
  • visée,
  • volonté,
  • vue.
  • Faire preuve de détermination.
  • Avoir des desseins secrets.
  • Avoir des intentions louables.
  • Manquer son objet.
  • Ce n’est pas le propos de notre réunion.
  • Être doté d’une résolution inébranlable.
  • Avoir des visées ambitieuses.
  • Avoir la volonté de faire pour le mieux.
  • Avoir des vues sur quelqu’un.

Marqueurs de condition et d'hypothèse

conjonction + subjonctif
marqueurs exemple
  • à condition que
  • pourvu que
  • « Je permets à chacun de penser à sa manière, pourvu qu’on me laisse penser à la mienne » (Diderot).
  • pour peu que
  • Pour peu qu’on veuille le faire, c’est assez simple.
  • à moins que
  • Je ne pourrai pas te voir aujourd’hui, à moins que tu viennes chez moi.
  • si tant est que
  • pour autant que
  • en admettant que
  • à supposer que
  • en supposant que
  • « Voilà de l’argent qui n’est guère propre, si tant est qu‘il y en ait qui le soit » (Mirbeau)
  • soit que… soit que
  • Soit qu’il soit en retard, soit qu’il ait mal noté l’adresse, il n’est pas ici.

 

conjonction avec si
marqueurs exemple
  • même si
  • Même si tu te presses, je ne sais pas si tu finiras avant demain.
  • sauf si
  • excepté si
  • Je ne lui parlerai pas sauf s’il s’excuse.
  • comme si
  • Elle nous regarde comme si elle voulait nous dire quelque chose.

 

conjonction + indicatif
marqueurs exemple
  • suivant que
  • selon que
  • Notre vision des événements diffère suivant qu‘on est une femme ou qu’on est un homme.
  • Selon qu’il a parlé ou qu’il s’est tu, nous sommes peut-être en danger.
  • dans la mesure où
  • Dans la mesure où elle est innocente, elle n’a rien à craindre.

 

locution + conditionnel
marqueurs exemple
  • au cas où
  • dans le cas où
  • pour le cas où
  • dans l’hypothèse où
  • J’ai préparé ton plat préféré au cas où tu passerais ce soir.
  • quand bien même
  • Quand bien même tu mettrais tes menaces à exécution, je ne marcherais pas à ton chantage.

 

locution + infinitif
marqueurs exemple
  • à condition de
  • Nous arriverons à l’heure, à condition de partir tout de suite.
  • à moins de
  • À moins de passer la nuit à réviser, je ne serai pas prête pour mon examen.

 

locution + substantif
marqueurs exemple
  • en cas de
  • En cas de panne d’électricité, nous pourrions nous éclairer à la bougie.
  • avec
  • Avec un accord signé, nous entamerions le projet.
  • moyennant
  • Moyennant une légère contribution financière, vous obtiendrez un service de qualité
  • sans
  • Sans système de sécurité, on prendrait trop de risque.
  • à moins de
  • À moins d’un miracle, nous ne finirons pas à temps.

 

Marqueurs d’éventualité
marqueurs exemple
  • éventuellement
  • Après le dîner, nous pourrions éventuellement aller au cinéma.
  • le cas échéant
  • s’il y a lieu
  • en cas de besoin
  • Nous pouvons nous voir lundi, ou la semaine prochaine, le cas échéant.
  • S’il y a lieu, nous prendrons des mesures plus sévères.
  • à l’occasion
  • si l’occasion se présente
  • Je vous montrerai mes livres à l’occasion.

 

autres procédés pour l’hypothèse
marqueurs exemple
  • gérondif
  • En insistant plus, vous parviendriez à vos fins.
  • juxtaposition
  • Vous seriez plus motivés, vous auriez de meilleurs résultats.
  • adjectif
  • Plus jeune, j’aurais réussi cela sans problème.
  • participe (passé ou présent)
  • Une sauce ratée gâcherait votre dîner.
    Un invité arrivant en retard le mettrait dans une humeur massacrante.

 

 

Concordance des temps dans les phrases
conditionnelles

 

Temps de la subordonnée introduite par «si»

 

Temps de la principale

Modalité
 

Exemples

 

Présent

 

Présent au mode indicatif

potentialité
 

Si je rentre tôt, tu peux
passer me voir

 

Présent mode impératif

rapport
de causalité + ordre
 

Si je te parle, réponds-moi!

 

Futur

éventualité
probable
 

Si j’achète une maison, je la
décorerai moi-même.

 

Futur antérieur

éventualité
probable
 

Si vous venez ce soir, j’aurai préparé
une surprise pour vous.

 

Passé composé

 

Futur

rapport
causal + supputation
 

Si elle est passée, la maison
sera rangée.

 

Futur antérieur

rapport
causal + supputation
 

S’il a pris ses gants, il n’aura
pas eu froid.

 

Présent au mode indicatif

rapport
causal + supputation
 

S’il a neigé, il faut faire
attention sur la route.

 

Impératif

éventualité
+ ordre
 

Si tu as fini ton travail, viens
me voir.

 

Imparfait

éventualité
+ assertion
 

Si je t’ai blessé, c’était
involontaire de ma part

 

Passé composé

éventualité
+ assertion
 

Si vous avez protesté, vous avez
bien fait.

 

Imparfait

 

Conditionnel présent

éventualité
 

Si tu avais vraiment faim, tu mangerais
tes légumes.

 

Conditionnel passé

éventualité
 

S’il était prévoyant, il
serait parti plus tôt.

 

Plus-que-parfait

 

Conditionnel passé

regret
 

Si tu m’avais parlé de cela, j’aurais
compris
.

 

Conditionnel présent

regret
 

Si la fiche descriptive avait été
plus claire, le magnétoscope fonctionnerait
.

Jamais de futur ni de conditionnel après « si », dans un contexte hypothétique.

Marqueurs de concession, d'opposition et de restriction

Marqueurs de concession, d’opposition et de restriction

Concession à l’interlocuteur

La concession suppose, par sa nature, une interaction argumentative. Concéder, c’est exprimer à l’autre (lecteur, interlocuteur) qu’il a raison sur le point introduit par le marqueur de concession.

Marqueurs de concession

Adverbes et locutions

Exemples

  • certes

On concède la véracité de quelque chose.

Cette expression relève d’un registre soutenu, mais elle est indispensable dans l’écriture argumentative. Elle se combine avec « mais », qui introduit une limite à la concession.

  • Certes, la taxe sur le carbone est un pas en avant, mais elle ne suffira pas à atteindre les objectifs de réduction des gaz à effets de serre que le Canada s’est fixés.
  • La taxe sur le carbone est certes…
  • sans doute

Exprime la probabilité de la validité de l’argument introduit plutôt que l’absence de doute.

  • Les résultats mettront sans doute du temps à se faire sentir, mais il est essentiel d’agir dès maintenant.
  • Sans doute, les résultats…
  • effectivement

Confirme une affirmation.

N.B. Ne pas confondre avec « efficacement », qui correspond au « effectively » de l’anglais.

  • Effectivement, nous savons que le ministre a promis d’intervenir, mais les résolutions gouvernementales prennent toujours du temps.
  • à la rigueur

Limite le champ de l’action.

  • À la rigueur, on pourra appeler un taxi, si la soirée se termine trop tard.

Propositions introductives

exemple

  • j’admets que
  • je reconnais que
  • je vous concède que
  • je vous accorde que

Introduisent un fait que le locuteur concède à la thèse adverse.

  • Je te concède qu’il fait froid, mais de là à mettre le chauffage au maximum, tu exagères.

Opposition

Les marqueurs d’opposition servent à introduire un argument inverse à un autre qui précède. Le mot mais est le connecteur de base de cette argumentation inversée; tous les autres ajoutent une dimension particulière qu’il faut bien saisir : on ne peut donc pas les substituer les uns aux autres sans changer le sens.

Connecteurs

Exemples

  • mais

Introduit un argument posé comme inverse au premier.

  • On voudrait faire des économies d’énergies, mais on est de plus en plus tributaire de la technologie dans notre quotidien.
  • or

Introduit une nouvelle donnée décisive, opposée ou non à la première, qui annonce souvent un « donc ».

  • Nous avions des décisions à prendre. Or le directeur ne s’est pas présenté à la réunion. Nous avons donc dû reporter la discussion.
  • cependant
  • toutefois

Introduisent un argument posé comme concomitant mais opposé au premier.

  • Je l’aime bien. Cependant, je ne suis pas d’accord avec ses idées.
  • néanmoins

Introduit un argument qui reconnait le premier mais qui relativise sa portée.

  • Ils se sont confrontés sur de nombreux points. Néanmoins leurs échanges sont demeurés cordiaux.
  • pourtant

Introduit une idée en contradiction avec la première posée comme avérée.

  • C’est un chasseur. Pourtant, il adore les animaux.
  • pour autant

Permet une inversion argumentative. L’une des propositions est généralement affirmative et l’autre négative.

  • J’ai besoin de vivre dans la nature. Pour autant, je ne déteste pas l’animation des villes.
  • par contre

Compare et met en miroir deux idées opposées.

  • Ils sont tous d’accord pour faire des économies d’énergie. Par contre, ils ne s’entendent pas sur les solutions à mettre en place.
  • en revanche

Introduit un argument positif qui réduit par compensation la valeur négative du premier.

  • Ils refusent d’abandonner l’énergie nucléaire. En revanche, ils s’engagent à fermer les usines les plus vétustes d’ici dix ans.
  • quand même
  • tout de même

Marque un fait ou un argument comme existant même s’il semble être en contradiction avec le premier.

  • Elle sait que ce n’est pas bon pour elle, mais elle le fait quand même.

Subordination (+ indicatif)

Marqueurs

Exemples

  • alors que

Compare deux faits en opposition.

Ne pas confondre la valeur oppositive de « alors que » avec la valeur temporelle qu’il peut prendre quelquefois dans des phrases comme : « Il s’est fait cambrioler, alors qu’il était chez sa sœur. »

  • Tu m’ignores, alors que j’ai quelque chose d’important à te dire!
  • tandis que

Marque l’opposition entre deux faits qui peuvent être concomitants ou non.

  • Il aime la campagne, tandis qu’elle aime la ville.
  • pendant que

Marque l’opposition entre deux actions concomitantes.

Le plus souvent « pendant que » marque strictement la concomitance temporelle.

  • Pendant que le monde entier essaie de réduire les émissions de gaz à effet de serre, certains continuent à investir dans le gaz de schiste.

Concession à l’argument /
Restriction argumentative

Ces marqueurs mettent en parallèle deux données, dont l’une permet de réduire la portée de l’autre.

Subordination (+ indicatif)

marqueurs

exemple

  • même si
  • alors que
  • alors même que

Restreint la validité de l’autre proposition liée. (« Alors que » est un oppositif qui peut aussi simplement restreindre, comme « même si ».)

  • Tu persistes même si tu sais que cela ne sert à rien.
  • Tu bois du café, alors (même) que tu as du mal à dormir!
  • tout +adj. + que

Marque l’inutilité argumentative du fait introduit comme avéré.
Construction soutenue, mais très économique syntaxiquement.

  • Tout gentil qu’il est /soit, il faut se méfier de lui.
  • sauf que
  • hormis que
  • excepté que
  • mis à part que
  • à cela près que

Introduit un empêchement.

  • J’adorerais venir avec vous, sauf que je ne serai pas en ville ce jour-là.

Subordination (+ subjonctif)

Marqueurs

Exemples

  • bien que
  • quoique
  • malgré que

Introduit un empêchement potentiel qui reste sans effet.

« Quoique » peut être suivi de l’indicatif quand il introduit une restriction qui arrive comme une réflexion après coup. Voir aussi « quoi que » en deux mots.

« Malgré que » est critiqué par certains grammairiens.

  • Bien qu’/ Quoiqu’il fasse beau dehors, je préfère bien me couvrir.
  • Tu peux aller poursuivre tes études en France, quoique cela me fera de la peine de ne pas te voir pendant deux ans.
  • encore que

Introduit un élément qui, en s’ajoutant au premier, restreint sa portée.

  • La situation de notre pays est sérieuse, encore que celle de nos voisins soit pire.
  • quelque +adj. + que
  • pour +adj. + que
  • tout +adj. + que

Marquent l’inutilité argumentative du fait introduit comme potentiellement valide.
Constructions soutenues, mais très économique syntaxiquement.

  • Quelque / Pour / Toutcontraignant que le défi soit, nous en viendrons à bout.
  • Cette situation toute difficile qu‘elle soit ne sera que passagère
  • si… que

Même valeur que les trois précédents, mais avec une insistance sur le degré.

  • Si importante qu’elle soit, une personne agressive ne mérite pas qu’on lui réponde.
  • quoi que
  • quel(les) que
  • qui que

Fait le parcours de toute une classe de possibilités qui ne pourront pas empêcher la restriction.

  • Quoi qu’il en dise, la situation n’est pas bonne.
  • Quels que soienttes arguments, je ne partage pas ton avis.
  • Le terrorisme et la violence sont liés et inacceptables, qui que soient leurs auteurs et leurs cibles.

Subordination (+ conditionnel)

Marqueurs

Exemples

  • quand bien même
  • quand

Introduit un cadre hypothétique qui ne permet pas plus la validité de la proposition principale que ne le feraient des faits réels.

N.B. L’emploi de « quand » seul dans ce sens est très soutenu.

  • Quand bien mêmeil serait le maître du monde, il ne m’intéresserait pas.
  • Quand vous auriez tous les pouvoirs de la terre, vous n’avez pas le droit de traiter les gens ainsi.
  • alors même que

Introduit un cadre qui pourrait empêcher la restriction mais qui n’est pas retenu.

  • Alors même qu’il serait facile de produire des voitures électriques à bas coût, on continue à polluer avec des voitures à essence.

Expression + infinitif

Marqueurs

Exemples

  • avoir beau

Locution verbale figée signifiant « s’efforcer sans résultat » ou tout simplement « même si », quand le verbe renvoie à un état ou à l’attribution d’une propriété, ou quand le processus n’est pas déclenché volontairement.

  • Elle a beau faire attention à son alimentation, elle ne parvient pas à perdre du poids.
  • La pièce a beau être grande et bien décorée, je ne m’y sens pas à l’aise.
  • Il a beau respirer, son pronostic vital est engagé.

Préposition + infinitif

Marqueurs

Exemples

  • au lieu de

Introduit l’élément rejeté ou déprécié dans une alternative.

  • Tu ferais mieux de réagir au lieu de te lamenter.
  • loin de

Rejette un cas de figure pour en proposer un autre complètement différent.

  • Loin de se limiter à proposer des actions ponctuelles, le nouveau protocole lance une politique concrète pour les trente prochaines années.
  • à défaut de

Introduit un choix impossible qu’on remplace par autre chose qui compense.
Peut aussi être suivi d’un nom.

  • À défaut d’aller en Europe cet été, nous irons quinze jours dans les Laurentides.
  • quitte à
  • au risque de

Introduit un dommage collatéral potentiel. En d’autres mots, introduit une conséquence négative potentielle à laquelle on s’expose en agissant d’une certaine façon.

  • Je dois te dire la vérité, quitte à perdre ton amitié.
  • Il a investi dans la compagnie de son frère au risque de tout perdre.
  • sans

Marque une concession obligatoire.

  • On ne fait pas d’omelette sans casser des œufs.

Préposition + nom

Marqueurs

Exemples

  • malgré
  • en dépit de

Introduit quelque chose qui pourrait empêcher, mais ne le fait pas.

  • Nous sortirons malgré la tempête.
  • Il a toujours le sourire en dépit de ses malheurs.
  • nonobstant

Même sens que « malgré que » et « en dépit de », mais ne s’emploie de nos jours que dans la langue juridique.

  • Nonobstant le nombre restreint de votants, les élections auront bien lieu le mois prochain.

Exclusion ou exception
(expression + nom)

Marqueurs

Exemples

  • sauf
  • excepté

Comme préposition, « excepté » est invariable.

  • Tout le monde est venu, sauf/excepté le président.
  • hormis

Composé de « hors » (extérieur) + participe passé de « mettre ».

Plutôt soutenu.

  • Hormis quelques contestataires, la plupart des participants ont approuvé les nouvelles mesures.
  • mis à part

Même sens que « hormis » mais plus courant. S’accorde.

  • Mises à part les conditions météorologiques, le match s’est parfaitement bien déroulé.
  • ne … que

On appelle communément cette forme négative « négation de restriction ». S’emploie plus couramment que « seulement ».

  • Elle ne mange que des produits biologiques.

Tournures de phrases

Marqueurs

Exemples

  • Il n’empêche que…
  • Cela n’empêche pas que…
  • n’empêche que
    (familier)

La forme avec le « il » impersonnel est la plus soutenue; elle est à privilégier dans les écrits académiques.

  • Il a voulu bien faire. Il n’empêche que ses initiatives nous ont créé des ennuis.
  • Je t’aime bien. N’empêche que tu exagères.
  • Il n’en reste pas moins que

Plus emphatique que les trois précédents.

  • C’est peut-être une vedette. Il n’en reste pas moins qu’il a commis un délit.
  • ne serait-ce que

Introduit un argument présenté comme mineur, mais suffisant pour convaincre du bien-fondé de la première proposition.

  • Tu devrais passer nous voir de temps en temps, ne serait-ce que pour faire plaisir à ta grand-mère.
  • inversion au subjonctif ou au conditionnel

Registre soutenu.

  • Le verrais-je de mes yeux (que) je ne le croirais pas.
  • Fût-il le plus mignon des petits chiens, je ne peux prendre un animal de plus chez moi.

 

Élements culturels

V

Élements culturels

https://ecampusontario.pressbooks.pub/resumersynthetiserargumenter/part/elements-culturels/

À propos des auteures

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Sylvie Clamageran, Henriette Gezundhajt

Sylvie Clamageran enseigne le français avancé langue seconde (FRLS), le français langue première (FL1), l’écriture professionnelle en français et la traduction professionnelle ainsi que la révision au niveau universitaire, depuis de nombreuses années. Elle a co-écrit Le français apprivoisé (Éditions Chenelière), un manuel d’écriture en français pour les étudiants francophones des collèges et des universités; une quatrième édition révisée et étendue a été publiée en 2015; cette dernière édition est complétée par une plateforme en ligne donnant accès à des fonctionnalités pour les étudiants et les enseignants. Elle consacre une large part aux activités multimédia dans ses cours et elle organise des ateliers pour former ses collègues à l’utilisation des outils technologiques dans le cadre de leur enseignement.

Henriette Gezundhajt donne des cours de langue française et de linguistique depuis plus de vingt ans. En tant que spécialiste de la linguistique énonciative, elle apporte une expertise théorique sur l’argumentation et les marqueurs grammaticaux. Saa thèse de doctorat sur les adverbes français a été publiée chez Peter Lang et elle a écrit un certain nombre d’articles sur la morphosyntaxe et l’énonciation. Par ailleurs, elle a créé Le Connectigramme, un site qui présente des synthèses utiles et pratiques sur la grammaire française dans des tableaux visuels. Elle a également codé un cours complet d’introduction sur la linguistique. Elle a toujours enseigné au moyen des technologies de l’information. Elle a participé à l’élaboration de logiciels d’exercices et de matériel d’enseignement interactif. Elle fait régulièrement de la formation auprès de ses collègues pour les aider à mieux intégrer le multimédia dans leur enseignement.

Droits d'auteurs

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